Redécouverte d’un tableau inédit de La Hyre

Cette œuvre du maître de la peinture française du XVIIe siècle était connue des historiens de l’art, mais seulement grâce à une reproduction photographique. Redécouverte par Maître Mathilde Sadde-Collette dans une propriété de la région de Moulins, « L’Assomption de la Vierge » sera mise aux enchères jeudi 28 septembre dans l’hôtel des ventes moulinois et en direct sur le Live d’Interencheres.

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Si Laurent de La Hyre était déjà reconnu de son vivant, et figurait parmi les douze membres l’Académie royale de peinture et de sculpture ; s’il est aujourd’hui considéré comme l’un des maîtres incontestés de la peinture française du XVIIe siècle et que ses œuvres tutoient celles d’Eustache Le Sueur, Charles Le Brun et Georges de La Tour sur les murs du musée du Louvre, l’artiste était totalement délaissé et méprisé il y a encore 40 ans. « Dans les années 70 les musées ne prêtaient même plus attention à ses toiles, si bien qu’un jour l’un de ses grands formats a été retrouvé fortement abîmé et totalement irrécupérable dans un musée lyonnais.

Cette histoire me vient de l’historien de l’art Jacques Thuillier, dont je suivais fidèlement les cours au Collège de France à Paris, détaille Patrice Dubois, expert en tableaux anciens. Thuiller est l’un de ceux qui a permis la redécouverte du peintre. Avec le conservateur du Louvre Pierre Rosenberg, il est l’auteur de « Laurent De La Hyre, L’homme et l’œuvre » paru aux éditions Skira en 1988, considéré encore aujourd’hui comme la monographie la plus complète réalisée sur l’artiste ».

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Dans cet ouvrage de référence figurait une photo en noir et blanc d’un tableau intitulé « L’Assomption de la Vierge ». Si cette œuvre était donc connue des historiens de l’art, personne n’avait eu l’occasion de la voir, et nul ne savait où elle se trouvait… Jusqu’au jour où Maître Mathilde Sadde-Collette fit sa redécouverte, à l’occasion d’un inventaire de succession dans une propriété près de Moulins. « Cette huile sur toile de 58,4 par 44 centimètres (les dimensions sont importantes car elles n’étaient pas mentionnées dans la monographie) était conservée dans cette famille depuis fort longtemps. Je leur ai demandé s’ils savaient de quelle manière leur toile avait pu se retrouver photographiée dans la publication de Thuiller et Rosenberg ? Ils se sont alors souvenus d’un appel téléphonique reçu par leur grand-mère, et qui aurait pu venir d’un musée ? Mais leur souvenir était vague… Il y a encore beaucoup à découvrir sur ce tableau, et notamment l’attribution des armoiries sur le cachet en cire rouge apposé au revers de la toile : sont-elles celles du commanditaire ? », s’interroge la commissaire-priseur, encore émue de cette redécouverte toute proche de son hôtel des ventes moulinois.

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Le tableau n’a subi presqu’aucune restauration, sa toile et son châssis sont d’origine. « La matière a ainsi pu conserver toute sa vérité et sa fraîcheur, car la peinture n’a pas été écrasée ni aplatie à l’occasion d’un rentoilage. Il est ainsi possible, grâce à cette redécouverte, de mesurer la touche de La Hyre, à la fois spontanée, libre mais parfaitement maîtrisée. L’œuvre est caractéristique de la production du dernier tiers de son activité, dans les années 1650. Son style s’est discipliné avec le temps, il a infléchi vers un classicisme qui rappelle l’influence du statuaire antique dans le travail de Raphaël. On le voit notamment dans la figure des apôtres présents dans la partie inférieure du tableau, et leurs drapés devenus strictes. Mais la composition de ce peintre spécialiste des sujets religieux reste avant tout totalement vivante », s’exclame Patrice Dubois, avant de confier que cette « Assomption de la Vierge » de qualité muséale, et estimée de 15 000 à 20 000 euros, devrait intéresser les institutions françaises et les collectionneurs de peinture ancienne.

Lien vers l’annonce de vente du tableau

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