Archets et violons vendus à Vichy : une des plus belles collections au monde

Une centaine d’archets, violons et violoncelles étaient mis aux enchères par Maître Etienne Laurent mercredi 29 novembre 2017 à Vichy et sur le Live d’Interencheres. Provenant de la collection de Bernard Millant (1929-2017) qui fut l’un des plus grands spécialistes d’archets, cet ensemble d’une qualité exceptionnelle réunissait parmi les plus beaux instruments et pièces d’archèterie du monde. Un événement majeur qui a attiré les collectionneurs et musiciens du monde entier.

 

 

Bernard Millant est un nom qui résonne dans le monde de la musique. Décédé en 2017, il fut l’un des plus grands experts d’archets au monde et collectionna pendant cinquante ans des modèles prestigieux.

Avec cette vente, sa fille accomplissait son vœu le plus cher : voir sa collection d’archets et de violons « qui a fait le grand bonheur de sa vie, éparpillée sous les coups de marteau du commissaire-priseur. » Une façon pour le spécialiste de communiquer aux collectionneurs et musiciens partageant sa passion le plaisir qu’il eut à acquérir chacune de ces pièces.

« Ainsi va la vie des œuvres d’art, commente aujourd’hui sa fille Catherine Millant. Elles vont de main en main, de maison en maison, des salles de concert d’un continent à l’autre… c’est leur destin. Ces instruments sont là pour être joués, aimés et admirés. Ces violons et archets feront de nouveau le bonheur d’un musicien, d’un collectionneur. »

 

 

 

Une sélection des archets français les plus prestigieux

« Toute sa vie, Bernard Millant a réuni l’excellence et sélectionné avec soin ce qui se fait de mieux en archets, la pièce phare de la collection étant certainement l’archet de violoncelle de François Xavier Tourte (1747-1835) », explique Maître Etienne Laurent qui a dirigé les enchères mercredi 29 novembre 2017. Ce modèle a finalement été retiré de la vente car il est susceptible d’être classé trésor national. Il fut réalisé autour de 1815-1820 par celui que l’on considère comme l’inventeur français de l’archet moderne. « Il a révolutionné l’archèterie à tel point qu’il fut surnommé le ‘Stradivarius de l’archet’. C’est lui qui a préconisé l’utilisation du bois de Pernambouc, un bois du Brésil que l’on considère encore aujourd’hui comme le matériau idéal pour les archets de par ses qualités techniques et esthétiques. » Travaillant en étroite collaboration avec les musiciens, il mit également au point une bague métallique appelée le passant, pour maintenir le crin et offrir une meilleure adhérence sur les cordes, améliorant considérablement le son de l’instrument. « Ses archets sont très rares sur le marché et ceux pour violoncelles le sont encore davantage, car moins nombreux.»

 

 

 

Cent ans après, les archets de Tourte inspirent encore les archetiers les plus importants, à l’instar d’Eugène Sartory (1871-1946), connu notamment pour avoir travaillé pour la reine Elisabeth de Belgique et qui présenta à l’Exposition universelle de 1931 une copie de Tourte, adjugée 150 000 euros. « Bernard Millant avait acheté cet archet à une famille de grands luthiers, les dénommés Français. C’est une très belle pièce, montée en écaille et or. » Ces matières luxueuses ornaient également un archet de violon de Dominique Peccatte (1810-1874), l’un des plus importants archetiers du XIXe siècle. « C’était une pièce très rare que Bernard Millant décrivit de ‘très grande classe’ dans ses notes personnelles. Elle a été adjugée 110 000 euros. »

 

 

 

Des instruments rares des écoles françaises et italiennes

Figure incontournable de l’archèterie, Bernard Millant s’imposa également comme l’un des plus grands connaisseurs d’instruments anciens. « Ce fils de luthier a reçu une double formation de luthier et d’archetier, ce qui n’est pas courant. Sa collection comprenait donc des archets, mais aussi des violons et violoncelles, tous d’une qualité extraordinaire, tant par leur état de conservation, que par leur qualité de jeu. »

 

 

 

Parmi eux, un violon de Jean-Baptiste Vuillaume (1798-1875) fait à Paris autour de 1840-1845 appartint au célèbre violoniste belge Eugène Ysaÿe (1858-1931). « Cet instrument adjugé au prix record de 260 000 euros était très recherché car il permet de faire tous types de musique. Vuillaume fut l’un des plus grands luthiers français du XIXe siècle, rendu célèbre pour ses réalisations modernes inspirées des plus illustres violons italiens. » Ces derniers occupent d’ailleurs une bonne part de la collection de Bernard Millant. Ainsi, un violon de Giovanni Grancino (1637-1709) adjugé 190 000 euros et fait à Milan vers 1700 témoignait des plus belles heures de l’école de lutherie italienne, marquées par le travail de Stradivarius.

 

 

Un événement majeur pour le monde de la musique

La dispersion de cet ensemble exceptionnel d’archets et instruments était certainement l’un des événements les plus importants de l’année pour les collectionneurs et musiciens. Ils ont été nombreux à faire le déplacement. « La vente a suscité un engouement international, commente Maître Etienne Laurent. J’ai reçu des appels et des visites tous les jours. C’était un moment très important pour le marché des archets et instruments anciens. J’ai vécu certainement l’une des plus belles ventes de ma carrière. »

 

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