Art déco : 7 meubles exceptionnels de Printz vendus au château de Vaux-le-Vicomte

Provenant d’une seule et unique collection, des meubles du célèbre décorateur Eugène Printz (1889-1948) ont été mis aux enchères par Maître Matthias Jakobowicz dimanche 26 novembre 2017 à Maincy, dans l’enceinte du prestigieux château de Vaux-le-Vicomte. Un événement inédit pour le marché des arts décoratifs du XXe siècle, au sein duquel les pièces de l’ébéniste français, sobres et luxueuses, sont rares.

 

« Deux tables de salon « Éventail », un ancien meuble radio-phonographe, une table ronde, quatre chaises, une desserte roulante, une table de bridge : réunir autant de pièces de cette qualité et provenant toutes de la même collection était un événement tout à fait exceptionnel, s’enthousiasme Emmanuel Eyraud, expert en arts décoratifs du XXe siècle. Une telle vente n’était pas arrivée en France depuis plus de dix ans.» Jamais présentés sur le marché, ces sept meubles furent achetés dans les années 1930 par Henri (1884-1961) et Julie Adelski (1886-1969), un couple de commerçants fortunés, qui détenaient le magasin et l’atelier de fourrure « A l’Ours blanc », situé au 21 boulevard Montmartre à Paris. « Les meubles de Printz étaient déjà très chers à l’époque. Ils étaient destinés à des clients aisés et initiés. » Après le décès du couple Adelski, la collection resta entre les mains des héritiers.

 

 

Des meubles d’une qualité rare

Les meubles d’Eugène Printz sont rares sur le marché. « Dans les années 1930, ils étaient édités en séries limitées, à une vingtaine d’exemplaires pour la plupart. Printz a toujours considéré que la fabrication en série appauvrissait le modèle initial. » Et si les œuvres de Printz sont peu nombreuses sur le marché, sa production en placage de bois de palmier l’est encore davantage. « Sur les sept pièces adjugées, quatre sont réalisées avec ce riche matériau. Avec le laiton patiné, ce bois exotique est typique de sa production. C’est sa signature. »

 

 

 

 

Un artiste inclassable entre modernité et tradition

Daté de 1928 à 1932, cet ensemble mobilier témoigne des plus belles heures de la production de l’ébéniste français, qui épouse entre 1928 et 1935, la mouvance moderniste. « Le meuble d’entre-deux, adjugé 70 000 euros et qui faisait auparavant office de radio-phonographe, dévoile un travail d’une grande exigence, avec un dessin très moderne. De même, les deux « Éventail », adjugés 72 000 et 80 000 euros et qui une fois dépliés forment de petites bibliothèques, traduisent les nombreuses études que Printz entreprit pour rendre ses meubles transformables. » A la recherche de nouvelles solutions techniques et fonctionnelles, cet acteur majeur de l’Art déco invente notamment un procédé décoratif d’oxydation à l’éponge qu’il applique à ses meubles en laiton, à l’instar de sa desserte adjugée 27 000 euros.

 

 

Rare desserte roulante, formant bar, sur roulettes, en bronze et laiton patinés. Vers 1930. Adjugée 27 000 euros.

 

Moderne, Eugène Printz n’en reste pas moins inclassable. Formé à la copie de meubles anciens dans l’atelier parisien de son père, il demeure résolument attaché au savoir-faire de la grande tradition française. « Au contraire de nombreux concepteurs modernistes de cette époque qui offrent parfois un travail sommaire, Printz produit des œuvres haut de gamme et raffinées.» Cet héritage le conduira progressivement à adopter une veine baroque déjà perceptible dans l’usage de piétement à volutes. « Il est l’un des seuls à avoir su teinter le modernisme d’une extrême rigueur d’exécution, à avoir rendu le baroque presque minimalisme et à avoir redonné à la grande tradition française de l’ébénisterie la possibilité de servir la modernité. »

 

 

Suite de quatre chaises de salon. Vers 1930. Adjugée 67 000 euros.

 

Un des maîtres de l’Art déco

Collaborant avec le designer Pierre Chareau à l’occasion de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925, Eugène Printz participa aux plus grandes manifestations artistiques de son temps, du Salon des artistes décorateurs au Salon d’automne. Il reçut également de nombreuses commandes d’aménagement d’intérieur, concevant notamment le bureau de la couturière française Jeanne Lanvin à Paris. « Son travail faisait l’objet de nombreux reportages photo. Il ne se passait pas un semestre sans qu’une revue d’art présente quelques-unes de ses œuvres. » Figure majeur de l’Art déco, il envoûte encore aujourd’hui les acheteurs du monde entier. « Il est un des maîtres du mobilier des années 30. Ses œuvres séduisent par leurs qualités techniques, leur raffinement. Mais ce sont surtout des pièces qui ont beaucoup de charme.»

 

 

Les commentaires sont fermés.