La Suite Vollard de Picasso adjugée 1,55 million € : retour sur une vente hors norme

A l’occasion de la 50e et toute dernière dispersion de la collection du célèbre marchand d’estampes Henri Petiet (1894-1980), la maison de ventes Ader-Nordmann organisait les 25 et 26 novembre 2017 une vente atypique, sans téléphone ni Internet, dans l’enceinte du majestueux Opéra-Comique parisien. Un défi audacieux auquel les collectionneurs du monde entier ont répondu présent, poussant les enchères jusqu’à 1,55 million d’euros pour un ensemble de 100 gravures signé Picasso.

.

Ce week-end du 25 et 26 novembre, l’Opéra-Comique accueillait un spectacle pour le moins étonnant : la vente aux enchères des quelques 600 dernières pièces de la prestigieuse collection d’Henri Petiet. Sur scène, Maître David Nordmann dispersait ainsi des estampes des plus grands maîtres de l’art moderne tels que Picasso, Renoir, Gauguin, Matisse, ou encore Bonnard. « Pour marquer le coup, nous avons décidé d’organiser une vente sans téléphone ni Internet. Nous souhaitions faire de cette dernière vacation de la collection Petiet, un événement où les amateurs et spécialistes pourraient se rencontrer et rendre un dernier hommage à cet acteur majeur du marché de l’art du XXe siècle. C’était un pari risqué. Nombreux sont ceux qui le jugeaient un peu fou. Mais il a fonctionné ! Plus de 400 personnes emplissaient l’orchestre, les loges et le balcon de l’Opéra, soit cinq fois plus que lors d’une vente classique.»

 

 

« Les collectionneurs, conservateurs, marchands et curieux sont venus du monde entier pour assister à la vente et se retrouver tous ensemble. Il régnait une ambiance festive et la salle était très dynamique, autant de facteurs qui m’ont permis de créer une connivence avec les acheteurs et d’aboutir à ce résultat exceptionnel : 94 % des lots ont été vendus avec des estimations largement dépassées.» Une lithographie d’Henri Toulouse-Lautrec s’est envolée à 32 000 euros, tandis que Le Chapeau épinglé de Renoir a doublé son estimation pour atteindre 35 000 euros. « Les œuvres de Picasso et de Renoir ont fait deux fois le prix qu’elles font généralement à New York à qualité égale. »

 

 

100 gravures de Picasso adjugées 1,55 million d’euros

Parmi elles, la très attendue Suite Vollard signée Picasso a été adjugée 1,55 million d’euros samedi 25 novembre. « C’était la première fois qu’une suite complète et entièrement signée passait dans une vente Petiet.» Ces œuvres commandées par le marchand Ambroise Vollard à Picasso entre 1930 et 1937 sont exceptionnelles et abordent les différents thèmes clés de l’artiste, tels que la tauromachie, le viol, le minotaure ou encore Rembrandt. C’est lors du rachat du Fonds Vollard à la mort de celui-ci en juillet 1939, qu’Henri Petiet acquiert ce chef-d’oeuvre gravé du maître espagnol. « Les épreuves signées de l’artiste sont très rares et seul un cercle restreint de musées possède un jeu complet de ces eaux-fortes : la National Gallery of Art à Washington, le Museum of Modern Art de New York, le Musée Picasso à Paris et le British Museum, qui en récemment fait l’acquisition.» 

 

 

Trois enchérisseurs se sont ainsi disputés cet ensemble inédit, dont deux présents en salle. « Les enchères sont montées très rapidement, raconte le commissaire-priseur. C’était ma toute première enchère millionnaire, mais j’ai à peine eu le temps de m’en rendre compte. En une minute, un collectionneur américain remportait le lot. Lorsque j’ai prononcé l’adjudication, il y a eu un tonnerre d’applaudissements qui s’est poursuivi assez longuement. Le public est sorti ravi, comme s’il quittait une salle de spectacle ! Cette vacation à l’ancienne rappelle à quel point une vente aux enchères est d’abord un événement qui doit marquer les esprits. »

 

 

Photos et vidéo : © Ader-Nordmann

Les commentaires sont fermés.