Rares « Ray-ographies » surréalistes de Man Ray

Mise à jour du 26 juin 2017 : l’album de Man Ray a été adjugé 120 000 euros.

Découvert au fond d’un grenier, un rare exemplaire de l’album « Champs délicieux », contenant douze tirages argentiques de Man Ray (1890-1976) sera mis aux enchères par Maître Sylvie Dagot samedi 24 juin 2017 à Montluçon. Avec cet ensemble estimé entre 15 000 et 20 000 euros, le photographe surréaliste réunit la peinture et la photographie en un nouveau procédé : la rayographie.

 

Un album signé et numéroté

C’est pour faire un peu de place chez lui que le vendeur a fait appel au commissaire-priseur. Il était alors loin de se douter, qu’au fond d’un carton, parmi des partitions et des livres des plus communs, sommeillait depuis une dizaine d’années un objet exceptionnel. Numéroté 40/40, il est accompagné d’un texte de Tristan Tzara (1896-1963) et signé de la main de Man Ray, avec un envoi autographe à l’encre rouge, daté d’octobre 1931 : « To Arthur after all these years ! Man Ray Oct. 1931 ». « Il s’agit très probablement d’Arthur Wheeler, ami proche, mécène et producteur des premiers films que Man Ray tourne en 1926 au Pays basque », explique Maître Sylvie Dagot. « D’autres exemplaires sont passés aux enchères, vendus autour de 200 000 euros. Pour celui-ci, il manque toutefois la couverture et quelques tâches sont à regretter. »

 

 

Aux origines de la rayographie

Si Man Ray s’en attribue le mérite, la rayographie exige en réalité de remonter aux origines de la photographie, jusqu’au photogramme. En 1841, le scientifique britannique William Henry Fox Talbot (1800-1877), avide d’expériences, place des végétaux sur un papier photosensible avant d’exposer le tout à la lumière. En négatif, les feuillages apparaissent, donnant naissance au calotype. Plus tard, en 1919 à Genève, le peintre et photographe allemand Christian Schad (1894-1982) reprend à son compte l’invention, qu’il nomme cette fois schadographie. En 1922, Man Ray lui donne finalement son nom – Ray-ographie. S’il le nie, il ne pouvait pourtant méconnaître la technique mise au point par ses prédécesseurs. Quelques années plus tôt, l’auteur du texte accompagnant ses propres rayographies, Tristan Tzara, avait effectivement reproduit une sélection de schadographies dans la revue Dadaphone.

 

 

Des images surréalistes

Ce portfolio publié en 1922 fait pourtant office de brevet d’invention pour Man Ray qui y réalise ses premières rayographies. A mi-chemin entre la peinture et la photographie, sa technique consiste à illuminer des objets placés sur une surface photosensible, afin d’en obtenir l’empreinte. Le procédé, proche de celui des rayons X, fascine les milieux surréalistes, qui y voient la possibilité d’accéder à l’essence des choses, au-delà de la réalité sensible. Avec lui, Man Ray s’adonne à toutes sortes d’expérimentations. Appliquant la méthode automatique surréaliste, il juxtapose fortuitement un revolver et une clé de chambre d’hôtel, et multiplie les expositions. Il donne alors à voir les objets sous un jour nouveau – surréel.

 

Lien vers l’annonce de la vente

 

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