Record mondial à Vannes : une toile de Raden Saleh adjugée 7,2 millions €

Retrouvé dans une cave, un tableau majeur du peintre indonésien Raden Saleh (1811-1880) a été adjugé 7,2 millions d’euros sous le marteau de Maître Jack-Philippe Ruellan samedi 27 janvier 2018 à Vannes. Un record mondial pour l’artiste et une adjudication jamais atteinte dans l’histoire des ventes aux enchères en Bretagne.

 

Estimée entre 150 000 et 200 000 euros, La Chasse au taureau sauvage de Raden Saleh a créé la surprise samedi 27 janvier 2018 à Vannes. Sous le marteau de Maître Jack-Philippe Ruellan, elle a été adjugée 7,2 millions d’euros, dépassant le précédent record de 1,6 million enregistré pour l’artiste en Allemagne en 2011.

« Je ne m’attendais pas à une si belle adjudication, s’enthousiasme le commissaire-priseur. D’autant plus qu’il s’agit d’un triple record : pour l’artiste, pour un tableau indonésien vendu aux enchères et pour les ventes publiques en Bretagne. Jusqu’alors, la toile la plus chère adjugée en Bretagne était une œuvre du peintre chinois Zao Wou-Ki (1921-2013) vendue 1,3 million d’euros le 26 mars 2013 à Nantes sous le marteau de Maîtres Couton, Veyrac et Jamault. »

 

Acquise par des collectionneurs indonésiens

Il faut dire que l’événement arrivait à point nommé. A l’autre bout du monde, la National Gallery de Singapour présente jusqu’au 11 mars 2018 une grande rétrospective consacrée à cet artiste romantique du XIXe siècle. « Je suis allé à Singapour une quinzaine de jours pour présenter l’œuvre et j’y ai rencontré une dizaine d’enchérisseurs d’Asie du Sud-Est qui ont pu ainsi se positionner en toute confiance. Ils étaient déterminés à récupérer cette œuvre majeure de leur patrimoine. Parmi eux, le musée Pasifika de Bali, seule institution indonésienne à conserver trois œuvres de l’artiste, s’est bien battu face à des enchérisseurs qui, présents en salle et au téléphone, ont rapidement poussé les enchères jusqu’au million. Ils étaient encore trois à se battre jusqu’à 6,5 millions d’euros et c’est finalement un groupe de collectionneurs indonésiens présent en salle qui a acquis la toile. Elle rejoindra donc son pays d’origine. »

 

 

Retrouvée dans une cave

L’adjudication est à la hauteur de la découverte. Au cours de l’été 2017, un habitant d’Auray en Bretagne contacte Maître Jack-Philippe Ruellan, avec l’espoir de se débarrasser d’un tableau trop encombrant. Il était loin de se douter qu’il avait entre ses mains une œuvre majeure du peintre indonésien Raden Saleh. « Le tableau lui avait été transmis par son père qui l’avait lui-même reçu en héritage par sa grande tante, mariée à un riche diplomate, explique le commissaire-priseur. Le couple était très fortuné et voyageait dans le monde entier, jusqu’en Asie du Sud-Est. »

 

 

Attribué à Friedrich Carl Albert Schreuel (1773-1853), Portrait du peintre Raden Saleh, huile sur toile, vers 1840, 106,7 x 85,3 cm, Rijksmuseum, Amsterdam.

Une œuvre majeure du « Delacroix indonésien »

Raden Saleh est peu connu en France. Pourtant, c’est une figure majeure de l’art romantique du XIXe siècle. « C’est un héros en Indonésie. Un monument funéraire a été érigé en son honneur près de Jakarta. Sa popularité est comparable à celle de Delacroix en France. »

Né à Semarang sur l’île de Java en Indonésie, ce peintre d’origine aristocratique fut formé en Europe, à l’époque où l’Indonésie faisait partie des colonies néerlandaises d’Asie du Sud-Est contrôlées par les Pays-Bas de 1800 à 1945. Il séjourna à Paris où il rencontra son compagnon de route, le peintre romantique Horace Vernet (1789-1863).

« Après plus de vingt ans en Europe, il retourne en Indonésie en 1851 accompagné de son épouse, une riche néerlandaise. Il est nommé peintre du roi et reçoit de nombreuses commandes de l’aristocratie javanaise. C’est à cette époque, en 1855, qu’il réalisa le tableau que nous avons vendu à Vannes. Celui-ci fait ainsi la synthèse de ce qu’il a appris en Europe. »

 

 

 

 

 

Un autoportrait en chasse

Saleh est surtout connu pour ses représentations d’animaux exotiques et ses chasses qui ont fait son originalité et sa renommée. « Notre tableau d’1,10 par 1,80 mètres représentant une chasse au taureau dans la steppe Alang-Alang de Java était donc une découverte spectaculaire à ajouter à son corpus. » On y retrouve le dynamisme des combats d’animaux de la sculpture antique, l’énergie des chasses de Rubens ou Delacroix et la majestuosité des vastes compositions en frises d’Horace Vernet.

« Mais Saleh a su réinterpréter ces références à l’aune de son héritage javanais.» Ainsi, des personnages pourvus de chapeaux coniques tressés prennent place dans ce paysage exotique baigné d’une douce lueur dorée. « Ce ne sont pas des reconstitutions fantaisistes. Il s’agit d’événements auxquels Raden Saleh a réellement pris part. »

Au centre de cette scène mouvementée, ce n’est autre que l’artiste lui-même qui s’élève, enturbanné et chevauchant un étalon brun, épée à la main. « En plus de représenter une chasse exotique, sujet phare de sa production, le tableau figure un autoportrait du peintre. Tous les ingrédients étaient réunis. Nous avons également retrouvé une esquisse de l’œuvre, aujourd’hui conservée dans une collection privée en Allemagne. Quand le tableau sera nettoyé, on découvrira encore davantage la beauté de cette composition dynamique et la couleur des ciels de l’Indonésie… »

 

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