[VIDEO] Retrouvé dans une cave, un tableau exceptionnel de Raden Saleh mis en vente

Entreposée depuis plusieurs années dans une cave en Bretagne, une toile majeure du peintre indonésien Raden Saleh (1811-1880) a été découverte par Maître Jack-Philippe Ruellan. Estimée entre 150 000 et 200 000 euros, cette scène de chasse, pourvue d’un autoportrait et digne des plus grands musées, sera mise aux enchères samedi 27 janvier 2018 à Vannes. Un événement qui arrive à point nommé, alors qu’à l’autre bout du monde la National Gallery de Singapour présente jusqu’au 11 mars 2018 une grande rétrospective consacrée à cet artiste romantique majeur du XIXe siècle.

 

 

Au cours de l’été 2017, un habitant d’Auray en Bretagne contacte Maître Jack-Philippe Ruellan, avec l’espoir de se débarrasser d’un tableau trop encombrant. « Je lui ai proposé de m’envoyer une photo, explique le commissaire-priseur. A sa réception, je me suis empressé de me rendre à son domicile. Le propriétaire des lieux m’a conduit à la cave et a alors sorti la toile d’un magasinier. J’ai lu la signature et j’ai tout de suite compris qu’il s’agissait d’une œuvre exceptionnelle. » Deux heures plus tard, la pièce rejoignait les entrepôts de la maison de ventes.

 

 

Huile sur toile mise en vente par Maître Jack-Philippe Ruellan samedi 27 janvier 2018 à Vannes

 


 

 

Un pont entre l’Indonésie et la Bretagne

A l’origine, la toile fut commandée dans les années 1850 par Jules Stanislas Sigisbert Cézard, un riche négociant français spécialisé dans le commerce du sucre et installé à Batavia (actuelle Jakarta) en Indonésie. L’œuvre est mise aux enchères le 1er mai 1859 avec l’entier mobilier du riche commerçant alors en partance pour la métropole. Un siècle et demi plus tard, elle élisait finalement domicile à Auray, une petite commune du Morbihan. « L’actuel propriétaire ne se doutait pas qu’il était en possession d’un tel chef-d’œuvre, poursuit Maître Jack-Philippe Ruellan. Le tableau lui avait été transmis par son père qui l’avait lui-même reçu en héritage par sa grande tante, mariée à un riche diplomate. Le couple était très fortuné et voyageait dans le monde entier, jusqu’en Asie du Sud-Est. »

 

 

Attribué à Friedrich Carl Albert Schreuel (1773-1853), Portrait du peintre Raden Saleh, huile sur toile, vers 1840, 106,7 x 85,3 cm, Rijksmuseum, Amsterdam.

Un artiste formé en Europe

Raden Saleh est peu connu en France. Pourtant, il est une figure majeure de l’art romantique du XIXe siècle. « Né à Semarang sur l’île de Java en Indonésie, ce prince d’origine aristocratique fut envoyé à Batavia par son oncle, le régent de Semarang, pour étudier auprès du peintre naturaliste belge Antoine Payen (1792-1853). » A cette époque, l’Indonésie faisait partie des colonies néerlandaises d’Asie du Sud-Est que contrôlèrent les Pays-Bas de 1800 à 1945. « Raden Saleh obtient alors une bourse du gouvernement néerlandais en 1829, afin de compléter sa formation à Amsterdam avec le portraitiste Cornelis Kruseman (1797-1857) et le paysagiste Andreas Schelfhout (1787-1870). »

Il reste en Hollande jusqu’en 1839, avant d’entamer un voyage d’étude de six mois en Europe, parcourant la France, la Suisse, l’Angleterre, l’Ecosse et l’Allemagne, pour finalement s’installer à Dresde durant quatre ans. « A la cour de Saxe, il est considéré comme un personnage particulièrement fascinant, cultivé et exotique », détaille le commissaire-priseur. En 1845, il rejoint Parisil expose au Salon et reçoit notamment des commandes du roi Louis-Philippe. Là, il rencontre celui qu’il admire tant et qui deviendra un compagnon de route, le peintre romantique Horace Vernet (1789-1863). « Après plus de vingt ans en Europe, il retourne en Indonésie en 1851 accompagné de son épouse, une riche néerlandaise. Il est nommé peintre du roi et reçoit de nombreuses commandes de l’aristocratie javanaise. C’est à cette époque, en 1855, qu’il réalise le tableau mis en vente. »

 

 

 

Un autoportrait en chasse

Saleh a peint des portraits (dont plusieurs sont conservés au Rijksmuseum d’Amsterdam), des marines, mais ce sont surtout ses représentations d’animaux exotiques et ses chasses qui ont fait son originalité et sa renommée. « Notre tableau d’1,10 m. sur 1,80 m. représentant une chasse au taureau dans la steppe Alang-Alang de Java est donc une découverte spectaculaire à ajouter à son corpus. » On y retrouve le dynamisme des combats d’animaux de la sculpture antique, l’énergie des chasses de Rubens ou Delacroix et la majestuosité des vastes compositions en frises d’Horace Vernet. « Mais Saleh a su réinterpréter ces références à l’aune de son héritage javanais.» Ainsi, des personnages pourvus de chapeaux coniques tressés prennent place dans ce paysage exotique baigné d’une douce lueur dorée. « Ce ne sont pas des reconstitutions fantaisistes. Il s’agit d’événements auxquels Raden Saleh a réellement pris part. » Au centre de cette scène mouvementée, ce n’est autre que l’artiste lui-même qui s’élève, enturbanné et chevauchant un étalon brun, épée à la main. « En plus de représenter une chasse exotique, sujet phare de sa production, le tableau figure un autoportrait du peintre. Tous les ingrédients sont réunis, d’autant plus que nous avons retrouvé une esquisse de l’œuvre, aujourd’hui conservée dans une collection privée en Allemagne»

 

Une œuvre rare estimée à 150 000 euros

Les scènes de chasse de Raden Saleh sont très rares. Une œuvre similaire passée en vente à Singapour avait ainsi été adjugée à plus d’1,5 million d’euros en 1996. « De nombreux tableaux de l’artiste ont été détruits au cours de guerres successives, notamment ceux conservés en France. Ils sont de ce fait très recherchés des collectionneurs d’Asie du Sud qui souhaitent récupérer ce témoignage national. Ces derniers sont d’ailleurs déjà nombreux à avoir manifesté leur intérêt.» Estimée entre 150 000 et 200 000 euros, cette œuvre majeure du peintre indonésien devrait donc réserver une belle surprise…

 

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