Un Botticelli dérivé de La Madone à la Grenade des Offices adjugé 500 000 euros

Une œuvre exceptionnelle du maître du Quattrocento Sandro Botticelli (1445-1510) et de son atelier a été adjugée 500 000 euros par Maîtres Pierre Emmanuel Audap et Fabien Mirabaud mercredi 29 novembre 2017 à Paris. Elle provenait de collections prestigieuses et découle directement de La Madone à la Grenade conservée à la Galerie des Offices de Florence.

 

 

Si cette œuvre vous semble familière, ça n’est pas uniquement parce qu’elle évoque la grâce avec laquelle Sandro Botticelli excella dans son art. C’est surtout pour ses nombreux points communs avec l’un de ses chefs-d’œuvre, La Madone à la Grenade, conservée aujourd’hui à la Galerie des Offices de Florence.

On y découvre sous une lumière douce et cristalline, une même Vierge, gracieuse et mélancolique, tenant dans sa main gauche une grenade ouverte, qui par sa couleur rouge, annonce la Passion du Christ. Sur ses genoux, l’enfant Jésus y lève quant à lui la main droite en signe de bénédiction.

 

 

 

 

 

 

Un dérivé du tondo des Offices

La comparaison n’est pas anodine : le tondo des Offices figure parmi les œuvres majeures que Botticelli peint à l’apogée de sa carrière. Réalisé en 1487, il fut commandé par la magistrature florentine des Massai di Camera pour orner la salle des audiences du Palazzo Vecchio. A la vue de tous alors qu’elle est exposée dans ce lieu public, l’œuvre est copiée et donne lieu à plusieurs versions plus petites, dont une conservée à la Gemäldegaleri – la Pinacothèque – de Berlin. « De la même manière qu’on voulait un tableau du Caravage au début du XVIIe siècle, ou que l’on s’arrache aujourd’hui les œuvres de Jeff Koons, Botticelli était le grand nom à avoir à la Renaissance, commente Stéphane Pinta, expert en peinture ancienne. Il avait un atelier très important qui, pour satisfaire la demande des collectionneurs, produisait non des pures copies, mais des dérivés de ses plus beaux tableaux, destinés à la dévotion privée. Notre panneau est certainement l’un d’eux. »

 

Sandro Botticelli (1445-1510), La Madone à la Grenade, vers 1487, tempera sur bois, 143,5 cm de diamètre, Galerie des Offices, Florence (Italie).

 

Un chef-d’œuvre du maître et de son atelier

Attribué à « Botticelli et son atelier », le tableau qui a trouvé preneur mêle ainsi à la main du maître, celles de ses exécutants. « L’idée pour l’atelier était de différencier les versions, tout en conservant des poncifs. Le dessin sous-jacent, caractéristique des œuvres de Botticelli et que l’on distingue par exemple sur le corps du Christ, est repris et couramment pratiqué par l’atelier. De même, les attitudes physiques et le visage de l’enfant sont très proches de l’original. » Toutefois, les six anges représentés en arrière-plan sont remplacés par un fond paysagé et architecturé, révélant une lecture nouvelle du tondo. « Ce type de paysage se retrouve rarement dans les œuvres du peintre et les éléments d’architecture, très structurés, évoquent certains tableaux que l’on attribue à un exécutant conventionnellement appelé depuis les années 1920 ‘le maître des buildings gothiques’. »

Mais ce jeu des ressemblances et différences a ses limites. Il est difficile de déterminer avec précision la part de l’atelier et celle du maître. « A la Renaissance, l’atelier ne fonctionne pas comme celui de Rubens par exemple où les exécutants préparaient les fonds, réalisaient l’essentiel du tableau, avant que le peintre ne le termine. Les mains sont moins marquées que dans des tableaux des XVIIe ou XVIIIe siècles. Tout est plus diffus. Finalement la question n’est pas tant de savoir ce que Botticelli a réalisé ou non. Il faut retenir qu’il donne l’essentiel de l’œuvre et que sa main est en quelque sorte un peu partout. »

 

 

Une tempera avec des rehauts de peinture à l’huile

Sur cette détrempe, l’opalescence des coloris laissent poindre l’hypothèse d’éléments peints à l’huile. « On observe notamment dans le paysage des rehauts bruns transparents qu’il serait difficile à obtenir avec la tempera, qui est une matière beaucoup plus opaque, qui ne permet pas de faire de telles modulations. »  C’est autour des années 1485 que le peintre florentin commence à recourir à cette technique de la peinture à l’huile. Elle trouvera son plein épanouissement dans des œuvres telles que La Calomnie d’Apelle de 1495 conservée à la Galerie des Offices, ou La Nativité mystique de 1500-1501 aujourd’hui exposée à la National Gallery de Londres.

 

 

 

Pour la première fois sur le marché depuis 1913

Sa provenance initiale reste un mystère, mais sa qualité d’exécution ne laisse aucun doute : l’œuvre devait résulter d’une commande prestigieuse, destinée à un client fortuné. « Les tableaux de Botticelli valaient déjà très cher à la Renaissance », note l’expert. La trace de l’œuvre ne réapparaît qu’au XIXe siècle. « Notre panneau a appartenu à deux collectionneurs passionnés de la Renaissance florentine, qui possédaient plusieurs tableaux attribués à Botticelli. Ainsi, après avoir été la propriété de Frederick R. Leyland, il rejoint, au début du XXe siècle, la Collection Édouard Aynard, un banquier près de Lyon, Président de la Commission d’acquisition des Musées de la ville de Lyon. Il est finalement présenté aux enchères pour la dernière fois en 1913 et avait depuis disparu de la circulation, conservé dans une collection privée. Tous les historiens qui en ont parlé ne l’ont vu que par le biais de reproductions. » La vente de ce tableau historique constituait ainsi un véritable événement pour le marché français, au sein duquel les œuvres du maître du Quattrocento sont extrêmement rares.

 

 

Les commentaires sont fermés.