Un collier royal de l’ordre du Saint-Esprit au Crédit Municipal de Paris

[Mise à jour du 30 janvier 2018] : En moins de cinq minutes, le collier royal s’est envolé à 99 000 euros sur le Live d’Interencheres, soit près de deux fois son estimation fixée entre 25 000 et 30 000 euros.

Pendant deux siècles et demi, les cent chevaliers de l’ordre du Saint-Esprit étaient choisis par le souverain parmi les plus hauts dignitaires du royaume. Leurs membres portaient un collier en or émaillé autour de leur cou pour les cérémonies officielles de l’organisation. Mardi 30 janvier 2018, le Crédit Municipal de Paris mettra l’un de ces emblèmes aux enchères. Pour cet événement retransmis en direct sur le Live d’Interencheres, l’institution a choisi de présenter uniquement ce lot lors de la vacation. En exclusivité pour Interencheres, le commissaire-priseur et les experts nous présentent ce trésor historique.

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Conservé dans son écrin d’origine, en maroquin rouge orné des Armes de France dorées au fer, ce collier en or émaillé long de 172 centimètres appartenait à l’un des 100 chevaliers de l’ordre du Saint-Esprit. Véritable garde rapprochée du roi de France, l’organisation rayonna pendant deux siècles et demi, de 1578 à 1830. Ainsi, d’Henri III à Charles X, les souverains pouvaient compter sur l’indéfectible soutien de cet ordre de chevalerie composé des plus hauts dignitaires du royaume, dont Richelieu, le duc d’Orléans et le Grand Condé. Mis aux enchères par le Crédit Municipal de Paris en direct sur le Live d’Interencheres mardi 30 janvier 2018, l’insigne date du XIXe siècle, et plus précisément du règne de Charles X.

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Après l’interruption de l’ordre du Saint-Esprit pendant la Révolution, Charles X souhaite lui redonner toute sa splendeur. « Le 30 mai 1825, se déroule dans la cathédrale de Reims la première fête de l’ordre depuis la Restauration, elle marqua sa véritable renaissance et permit la réception des nouveaux chevaliers. Mais plus aucun collier n’était disponible, ceux de l’Ancien Régime ayant pratiquement tous disparu dans la tourmente révolutionnaire. Il fallut donc en refabriquer car les membres de l’organisation devaient impérativement en porter lors des célébrations officielles », explique Jean-Christophe Palthey, expert en ordres de chevalerie, décorations et médailles. Notre exemplaire fait partie de ceux réalisés à cette occasion, d’après le modèle en vigueur pendant l’Ancien Régime, par les bijoutiers Armand Ouizille et Guillaume Lemoine, auteurs de nombreuses commandes royales.

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Il appartenait à la famille de Bourbon-Parme

En plus des symboles royaux, fleurs de lys et lettres « H » pour Henri, le collier présente sur l’un des côtés de la croix une colombe blanche la tête en bas représentant le Saint-Esprit. « Lorsque Henri III créa cet ordre de chevalerie en 1578, dans un pays en proie aux guerres de religion, il voulut le placer sous l’égide du Saint-Esprit. Le monarque vouait en effet une vénération particulière à la Pentecôte, qui célèbre la venue du Saint-Esprit, en mémoire de son élection au trône de Pologne en 1573 et de son accession à la couronne de France en 1574 qui survinrent toutes deux en ce jour de fête », poursuit Axel Louot, expert en militaria. Sur le revers de la croix, Saint-Michel est représenté terrassant le démon, car tous les membres de l’ordre du Saint-Esprit étaient également faits chevaliers de l’ordre de Saint-Michel et portaient donc le titre de « chevaliers des ordres du roi ».

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Le collier appartenait en effet à la famille de Bourbon-Parme, une dynastie toujours active et présente en Europe. « Peut-être qu’un membre ou un proche de cette lignée aura donc envie de se porter acquéreur de ce souvenir historique, envisage Maître Olivier Collin du Bocage, le commissaire-priseur qui dirigera les enchères. Ou éventuellement un musée ? Peut-être même une institution étrangère puisque la portée de ce trésor est internationale. En effet, plusieurs dignitaires de par le monde ont été nommés chevalier de l’ordre du Saint-Esprit et possédaient donc leur emblème, comme Alexandre Ier de Russie et Frédéric-Guillaume III de Prusse. »

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Une vente avec un seul lot pour ce trésor historique

Maître Collin du Bocage a recensé uniquement deux colliers de l’ordre du Saint-Esprit mis aux enchères depuis 2009. « Depuis la dissolution de l’ordre à la fin du règne de Charles X, en 1830, ces insignes sont pieusement conservés par les grandes familles héritières des chevaliers d’antan. Ainsi, lorsque nous avons appris que l’un d’eux était conservé au Crédit Municipal de Paris et que nous étions chargés de le vendre, nous avons été stupéfaits ! Réputée pour sa très grande discrétion, cette institution a toujours attiré des objets de grande qualité, à l’image de la montre que le fils du roi Louis-Philippe déposa ici. Pour ne pas dire à sa mère qu’il l’avait mise en gage pour honorer ses dettes de jeu, le prince de Joinville prétexta l’avoir oubliée chez l’une de ses tantes. De là vient d’ailleurs la célèbre expression « aller chez ma tante » ! »

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« Pour le collier, trésor historique de près de plus de 550 grammes d’or estimé de 25 000 à 30 000 euros, nous avons décidé de ne présenter aucun autre objet lors de la vacation, poursuit le commissaire-priseur. Une vente aux enchères avec un seul lot est un événement inédit pour le Crédit Municipal de Paris. Mais c’est aussi une grande première dans ma carrière car je n’en avait jamais organisée et même jamais vue auparavant ! »

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Découvrez le collier royal de l’ordre du Saint-Esprit en vente mardi 30 janvier 2018 au Crédit Municipal de Paris et sur le Live d’Interencheres

 

 

 

Crédit photo Pierre-Olivier Deschamps / VU’

 

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