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Lot n°71
Estimation : 2,000 - 2,500 €
DELACROIX Eugène (1798-1863).L.A.S. «EDelacroix», Plombières 28 août [1857], à Joséphine de FORGET; 4 pages in-8. Belle lettre amoureuse lors du séjour de Delacroix à Plombières, et sur sa prochaine installation rue de Furstenberg. [Lointaine cousine de Delacroix, la baronne Joséphine de FORGET, née Lavalette (1802-1886), intelligente et cultivée, avait, à l'âge de treize ans, donné une rare preuve de vaillance en participant à l'évasion de la Conciergerie de son père, l'ex-directeur des Postes impériales, à la veille de son exécution. Elle avait épousé en 1817 le baron de Forget, auditeur au Conseil d'État, mais vivait séparée de lui à l'époque où Delacroix entra dans sa vie. Une liaison ne tarda pas à se nouer entre eux; amants puis amis, cette liaison dura jusqu'à la mort du peintre. Delacroix, malade, est alors en cure à Plombières (10-31 août 1857); il emménagera le 28 décembre dans son nouvel appartement et atelier de la rue de Furstenberg (maintenant Musée national Eugène Delacroix).] Il a tardé à répondre à sa «chère amie [...] moins on est chargé d'affaires moins on veut faire: ma paresse est extrême ici et le plaisir d'y céder est pour beaucoup dans le bon effet que je ressens de mon séjour. En sera t'il de même à Paris, même en suivant le même régime, je parle du manger du dormir et aussi de l'exercice que l'on peut y prendre si on le veut bien ? Je suis résolu, autant qu'on peut être résolu, à tenter de mener une vie fainéante autant que possible, jusqu'à ce que j'aie vu se rétablir chez moi une espèce de santé: mais les affaires, les amis même le permettront-ils ? [...] Si vous aviez le larynx ou peut-être l'esprit fantasque comme j'ai le malheur de les avoir, vous ne rechercheriez pas plus que moi les gens aimables ou non. On m'a beaucoup sollicité ici pour me mêler à des parties charmantes: c'étaient des ânes chargés de mangeaille pour aller dîner sous la feuillée en société d'hommes et de femmes également charmans: en un mot, se laisser vivre n'est pas la devise des gens de Paris qui viennent ici soigner leur santé. Ils dansent le soir jusqu'à minuit en grande toilette de bal, après avoir couru toute la journée pour éviter l'ennui. Moi je n'ai pas ouvert un livre ni un journal et je ne m'ennuie pas. Il est vrai que j'ai voulu mettre mes yeux au régime comme le reste: j'en ai abusé depuis six ou huit mois que je suis malade et que j'ai lû beaucoup trop. [...] Je regrette bien de ne pouvoir aller à la campagne, en revenant à Paris: mais il faut absolument en finir avec cette maison du faubourg St Ger­main. Son plus grand tort pour moi, malgré ce que vous m'en dites, est de m'éloigner de vous: car j'y trouve de grands avantages de toute espèce. Quand elle sera décrassée, ce sera une habitation comme une autre. Personne ne me verra dans mon jardin, attendu qu'il est plein d'allées couvertes qui en font le tour: je suis à deux pas de toutes les promenades et dans une bonne exposition. &c. Je pars au commencement de la semaine prochaine et aurai donc bientôt le plaisir de vous embrasser. Nous causerons de tout cela. Vous m'encouragerez, j'espère, dans le désir que j'ai de mener une vie propre à consolider les bons effets des eaux, ou de l'air, ou du régime qu'on trouve ici. Adieu chère amie, recevez toutes mes meilleures tendresses et dévoue­mens»... [La lettre a été publiée par Achille Piron à la fin de son livre Eugène Delacroix, sa vie et ses oeuvres (1865, p. 528), sauf les deux derniers paragraphes qu'il a biffés ici d'un trait de plume.] Correspondance générale (t. III, p. 408).
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