«J’entendais aussi la voix des arbres ; les surprises de leurs mouvements, leurs variétés de formes et jusqu’à leur singularité d’attraction vers la lumière m’avaient tout à coup révélé le langage des forêts.»
Théodore Rousseau, cité par Alfred Sensier
Dès les années 1830, des peintres las des paysages composés en atelier s’installent à l’auberge Ganne. Autour de Théodore Rousseau et de Jean-François Millet, puis de Corot, Diaz et Daubigny, ils peignent la forêt, les chaumières et les travaux des champs avec une exigence nouvelle : la vérité de la nature et de sa lumière. Porté par Rousseau, leur combat pour la forêt conduit dès 1853 à la création d’une «réserve artistique», officialisée en 1861, l’une des toutes premières protections de la nature au monde.
Dans les années 1860, les jeunes Monet, Renoir, Sisley et Bazille viennent à leur tour peindre à Chailly et en forêt. L’impressionnisme se forme ici, dans le sillage des maîtres de Barbizon.
Le concours de peinture sur le motif de l’Ecole d’Art de Barbizon, dont c’est la cinquième édition, prolonge ce geste : peindre dehors, en un jour, ce que la lumière révèle.
AVANT PROPOS
«Le beau dans l’art, c’est la vérité baignée dans l’impression que nous avons reçue à l’aspect de la nature.» Camlle Corot.
Il est des lieux où la peinture a changé de regard. Barbizon est de ceux-là? Ici, les maîtres du XIXe siècle ont appris à chercher moins le sujet que l’instant : une trouée de soleil dans les chênes, l’or du soir sur la plaine, la vérité d’une scène de vie.
Le 20 septembre 2026, pour la Fête du Patrimoine Vivant, trente-deux peintres ont renoué avec ce geste fondateur. Un seul jour, un motif, et une exigence : saisir l’irruption de la lumière. Celle qui surgit sans prévenir, embrase un mur de grès, accroche un clocher, traverse un jardin, puis se retire.
Les vingt-six œuvres réunies dans ce catalogue sont les témoins de cette journée. Chacune fixe une heure qui ne reviendra pas. Les amateurs de l’école de Barbizon y reconnaîtront la fraîcheur d’exécution, la franchise de la touche et la sincérité du regard propres à la peinture sur le motif.
C’est dans la Maison-atelier de Théodore Rousseau qu’elles se présentent aujourd’hui aux enchères. Acquérir l’une d’elles, c’est accueillir chez soi un fragment de la lumière de Barbizon, et accompagner des artiste qui font vivre, près de deux siècles plus tard, l’héritage du plein air.
Christine Lignier
Présidente de l’Ecole d’Art de Barbizon