Lot phare sélectionné par la Maison de ventes.
Description
[Art]
Olivier Pichat (1823-1912) peintre et photographe, et le panorama de Jérusalem le jour de la mort du Christ (1888)
Réunion de + de 150 clichés photographiques en majorité contrecollés sur carton fort, formats et états divers, env. 22 x 28 cm
Rarissime fonds d’atelier d’un peintre-photographe
Pichat était avant tout un peintre. Ces photographies n'étaient pas des œuvres finies, mais il s’en servait comme des outils. Beaucoup de peintres de cette époque cachaient l'usage de la photographie pour ne pas "dévaluer" leur talent manuel. Le fait de conserver ces épreuves montre l'envers du décor de la création artistique industrielle de l'époque. L’artiste utilise ici la photographie de manière utilitaire et artistique, comme une "banque de données" de postures. Chaque planche photo est un document de travail, un rouage d’un puzzle immersif visant à produire l'illusion la plus parfaite possible d’un panorama réaliste, une reconstruction quasi-cinématographique basée sur l'image technique. Olivier Pichat n'était pas seulement un peintre ; il était un "metteur en scène" utilisant la photographie comme un outil de pré-production, exactement comme le feraient les réalisateurs de cinéma quelques décennies plus tard.
Le panorama de Jérusalem le jour de la mort du Christ
En 1886, Olivier Pichat se rend en Terre Sainte. Il ne part pas en touriste, mais en véritable "directeur de production". Son but est de ramener des preuves photographiques irréfutables pour peindre une toile circulaire gigantesque (environ 100 mètres de circonférence sur 14 mètres de haut). Le but était de capturer l'aspect désolé et grandiose des environs de Jérusalem. Pour un panorama, il fallait une continuité visuelle parfaite ; ces clichés permettaient de respecter la "vérité géographique" qui était l'argument de vente principal de ces spectacles.
Le panorama, inauguré le 10 juin 1888, était exposé dans une rotonde (d'abord aux Champs-Elysées, puis à Montmartre). Le public se tenait au centre, sur une plateforme, et avait l'illusion totale d'être transporté en l'an 33 de notre ère. Ces photos sont donc les "repérages" de ce que l'on pourrait appeler aujourd'hui un décor de film à 360°.
Pichat se sert alors de la photographie comme un carnet d'esquisses. Contrairement aux photographes commerciaux de l'époque (comme les frères Zangaki ou Bonfils) qui cherchaient la netteté absolue pour vendre des souvenirs aux touristes, Pichat utilise ici la photographie de manière utilitaire et artistique. L’artiste peintre cherche à capturer le mouvement de la foule et la répartition des masses dans un paysage désertique ou rocailleux. Ces clichés, véritable banque de données, servaient de base pour garantir l'exactitude des costumes et des postures dans ses futurs tableaux.
Un article paru dans la presse parisienne en juillet 1888 relate
Le panorama de Jérusalem antique dont l’inauguration récente attirait aux Champs-Elysées, carré Marigny, une foule nombreuse aussi choisie qu’empressée. L’œuvre entreprise par le peintre Olvier Pichat et sous sa direction, avec son talent habituel, et avec le concours de confrères estimés tels que MM. Fauvel, Kuvasseg, Bernard et Bassie, etc, est devenue déjà l’une des curiosités de la capitale.
MM. Dumas fils et de Lesseps ont été des premiers à répondre à l’appel des fondateurs de l’œuvre, admirant l’exactitude de l’effet, de la couleur et des différents sites, quelque modifié qu’ils aient dû être et reconstitués pour le sujet, pour le Grand Drame du Golgotha, dont les divers épisodes et figures ont été fort habilement traités par MM. Fauvel et Pichat.
Du au pinceau de ce dernier, le Christ en croix et les figures environnantes concentrent bien l’attention. La lumière et l’exécution en sont parfaites et les vigoureux nuages sur lesquels la scène se détache ajoutent encore à l’émotion générale. ( ) en bas à droite du côté où le traître Judas décampe et s’enfuit, la grotte devenue le Saint-Sépulcre. Ici c’est Kuvasseg dont je reconnais la touche ( ) Quant au paysage général dû en majeure partie à M. Pail ( ) les murailles de Jérusalem ( ) la grotte de Jérémie à gauche, le lac de Salomon, le mnt des Oliviers, la route de Bethléem, premiers plans ou lointains ( ) le talent d’Olivier Pichat aidé de Fauvel a su rendre aussi pittoresque lui-même que profondément palpitant, grâce aux nombreuses recherches, aux voyages indispensables et au long travail nécessités par l’entreprise...
Des clichés photographiques inédits
Ces tirages photographiques contrecollés sur carton fort portent pour un grand nombre la mention manuscrite Golgotha et l’attribution d’un numéro probablement d’inventaire. Certaines portent des annotations d’échelle au crayon, des traces de peinture et des trous de punaises qui confirment que ces images, accrochées à l’échafaudage, servaient de modèle au peintre.
Ce fonds documentaire se compose à la fois de tirages à l’albumine et des cyanotypes de travail, certains mis au carreau (l
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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