Description
[Royauté - Chouannerie]
Louis Stanislas Xavier de France, comte de Provence (1755-1824), futur Louis XVIII roi de France
Lettre Autographe Signée « Louis », Gosfield Hall (Essex, Angleterre), 14 février 1809, adressée à son fidèle secrétaire et confident, le Comte [de Blacas], 1 page in-4° sur papier vergé au filigrane britannique aux armes de Britannia
J’ai reçu, mon cher Comte, votre lettre d’hier. Vous eussiés beaucoup mieux fait de ne pas recevoir un paquet que M. de Puisaye a l’audace de mettre sous mon couvert. Comme je soupçonne cependant que ce paquet renferme les prétendues preuves qu’il veut me soumettre, mon intention est que vous fassiez sans délai la convocation des personnes de la commission pour que l’enveloppe soit ouverte et tout ce qu’elle contient, lu et examiné par elles. Vous aurez soin de prévenir M. de Puisaye d’y envoyer quelqu’un, afin qu’il puisse y assister. ne perdez pas de vue d’ailleurs qu’il est temps de mettre un terme à tant d’impudence. Vous connoissés, mon cher Comte, tous mes sentimens pour vous.
En février 1809, la France est au sommet du Premier Empire sous Napoléon Ier. Le futur Louis XVIII vit en émigration depuis 1791. Après avoir erré à travers l'Europe (Vérone, Mittau, Varsovie), il trouve refuge en Angleterre à partir de 1807. La lettre est datée de Gosfield Hall, un château situé dans le comté d'Essex, mis à sa disposition par le marquis de Buckingham. Il y résidera avec sa petite cour de dévots royalistes de 1807 à l'été 1809, avant de s'installer à Hartwell House.
Dans cette lettre d'une grande fermeté, le souverain en exil exprime sa profonde irritation face aux démarches insistantes de Joseph de Puisaye (1755-1827). Ce dernier, ancien commandant en chef de la chouannerie et organisateur du tragique débarquement de Quiberon en 1795, cherchait alors par tous les moyens à blanchir son honneur face aux accusations de trahison et de lâcheté portées par le parti ultra-royaliste.
Le comte de Provence reproche à Puisaye d'avoir fraudé la correspondance royale pour lui faire parvenir ses mémoires justificatifs : « Vous eussiés beaucoup mieux fait de ne pas recevoir un paquet que M. de Puisaye a l’audace de mettre sous mon couvert. » Soupçonnant que l’envoi renferme les « prétendues preuves » de son innocence, le Roi ordonne à son ministre de réunir d'urgence une commission officielle pour ouvrir le pli. Soucieux de justice malgré son agacement, il exige une procédure contradictoire : « Vous aurez soin de prévenir M. de Puisaye d’y envoyer quelqu’un, afin qu’il puisse y assister. » Il conclut toutefois de manière lapidaire : « ne perdez pas de vue d’ailleurs qu’il est temps de mettre un terme à tant d’impudence. »
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