Description
[Littérature]
Trophime-Gérard, marquis de Lally-Tollendal (1751-1830), homme politique, grand orateur de la Révolution et de la Restauration, Pair de France et membre de l’Académie française
Lot de 4 pièces autographes (2 L.A.S. et 2 billets)
Fils du célèbre et malheureux général Lally, exécuté sous Louis XV et dont il passa sa jeunesse à réhabiliter la mémoire, Lally-Tollendal fut un membre actif des Etats généraux de 1789 (partisan d'une monarchie à l'anglaise) avant d'émigrer sous la Terreur. De retour en France, il devient pair de France et est élu à l'Académie française en 1816.
Ces lettres illustrent parfaitement son caractère : un homme d'une immense culture (polyglotte, citant Virgile, la Bible en latin et l'histoire britannique), doté d'une sensibilité exacerbée (il souffre "des nerfs"), d'une tendance assumée à la procrastination ("le démon de la procrastination" qu'il partage avec Gibbon) mais d'une profonde fidélité en amitié.
L.A.S., Auteuil, 30 octobre 1819, adressée à François-Just-Marie Raynouard, Secrétaire perpétuel de l'Académie française, 1 page ¼ in-4 ; Lally-Tollendal, élu au fauteuil 31 en 1816, y discute de sa participation aux séances de l’illustre institution. Emigré de la première heure en Angleterre, il propose de lire à ses confrères des morceaux choisis traduits par ses soins durant son exil, à la demande de ses illustres amis britanniques (l'homme d'Etat Charles James Fox et Lord Glenbervie). Il mentionne ses traductions en vers de la Prière universelle d'Alexander Pope et, de manière très précieuse, de la fameuse scène d'Othello et d'Iago de Shakespeare, témoignant du rôle majeur joué par les émigrés dans la diffusion du théâtre shakespearien en France à l'aube du Romantisme. La lettre s'achève sur une savoureuse digression érudite et celtique sur les origines de sa famille irlandaise.
L.A.S., Auteuil, 26 mai 1822, un noble suisse mon jeune et aimable protecteur , 4 pages in-4
Longue lettre écrite dans un style vibrant et passionné, rédigée dans un moment de deuil politique et personnel intense, quelques jours seulement après la mort soudaine du Premier ministre, le Duc de Richelieu (survenue le 17 mai 1822). L'auteur y exprime sa douleur intime face à la perte de cet ami fidèle (« nous le pleurons aujourd'hui en larmes de sang ») et fustige la « coalition la plus infâme » (l'alliance des Libéraux et des Ultra-royalistes) qui a renversé le gouvernement modéré. Plongé dans un abattement profond (« Je suis devenu un végétal morne & silencieux »), il détaille néanmoins à son protecteur son combat politique de l'ombre auprès du nouveau ministre Villèle pour obtenir justice et pensions financières pour les survivants des Gardes Suisses massacrés aux Tuileries le 10 août 1792. Lally-Tollendal y annonce également la publication imminente de son Journal de Suisse et de son édition sur l'officier Pfyffer d'Altishofen (instigateur du célèbre Monument du Lion de Lucerne).
P.A.S., s.d., 1 page in-8
J'obéis respectueusement à mon Vice-Président et à mon Président sans vice, en lui envoyant ce sommaire bien court de mes idées, car je suis bien plus dans le cas de prendre de lui des leçons que de lui donner des avis. Quoiqu'il en soit je lui soumets ce qui sera peut-être mon codicille politique, et j'ai l'orgueil sentimental de vouloir déposer dans sa bibliothèque ce que je puis appeler un testament plus étendu. Sa Seigneurie veut-elle bien agréer l'hommage de tous les sentiments que lui a voués dès longtemps son fidèle serviteur...
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