Description
[Seconde Guerre Mondiale]
Henri Patte (1920-2006), parcours d’un jeune étudiant résistant poitevin
Importante réunion de correspondances et de documents produits durant la Seconde Guerre Mondiale
Exceptionnel ensemble de + de 200 lettres et pièces autographes, 1935-1945, écrites et reçues par Henri Patte, jeune étudiant en sciences à Poitiers engagé à l'âge de 20 ans dans la lutte clandestine. De la fabrication solitaire de tracts patriotiques à son arrestation par les forces de Vichy, de son long parcours carcéral à son rôle d'agent de liaison P2 au sein du secret réseau de renseignement de la France Libre « Cohors-Asturies », ces écrits constituent une source documentaire de première importance sur l'histoire de la résistance de la jeunesse française durant l’Occupation.
Né à Paris le 16 juillet 1920, Henri Patte grandit au sein d'une famille d'intellectuels et de scientifiques. Son père, Etienne Patte (1891-1987), est un illustre géologue, paléontologue, préhistorien et anthropologue, professeur d'université à Poitiers où il terminera sa brillante carrière académique et sa vie.
A la veille du conflit mondial, la famille s'établit à Poitiers. Reçu bachelier en sciences au lycée de Poitiers en juillet 1939, Henri Patte manifeste un intérêt passionné pour la radio-électricité et la télégraphie sans fil (TSF). Sa correspondance active de l'automne 1939 et de l'été 1940 atteste ses démarches auprès de l'Ecole Centrale de TSF à Paris pour suivre les cours de sous-ingénieur radio. Dès 1939, son père l'encourage activement dans cette voie technique, lui confiant par lettre son grand espoir de « l'avoir pour élève » à l'université après la guerre. Cette compétence technique, loin de se limiter à une ambition académique, jouera un rôle déterminant dans la suite de son parcours clandestin en orientant ses futures responsabilités vers les transmissions militaires.
Refusant la défaite et l'Occupation, le jeune étudiant entreprend dès le début de l'année 1941 une action de résistance individuelle en rédigeant et en imprimant ses propres tracts patriotiques qu'il distribue dans la région de Poitiers. Cette activité artisanale attire rapidement l'attention de la police de Vichy et des forces occupantes. Le 20 juillet 1941, Henri Patte est arrêté et incarcéré à la prison de la Pierre Levée à Poitiers. Cet établissement pénitentiaire est alors le pivot de la politique de répression dans la Vienne, les autorités allemandes du tribunal militaire 677 y faisant régner une discipline de fer avec le concours de la SIPO-SD installée rue des Ecossais. Durant ce premier internement, le jeune homme partage sa cellule avec Lambert et Bernard, deux jeunes résistants originaires de Civray avec lesquels il est jugé. Malgré la sévérité des conditions d'incarcération, ses lettres à sa mère s'attachent à minimiser la rigueur du quotidien pour préserver le moral de sa famille.
L'itinéraire carcéral sous l'Occupation : Loudun et Angoulême (1941-1942)
Transféré le 26 août 1941 à la prison de Loudun, qualifiée de "maison d'accueil", l'étudiant découvre un régime nettement plus libéral que celui de la Pierre Levée. Il y partage une vaste chambre avec quatre autres détenus et bénéficie d'un parloir quotidien sans laissez-passer restrictif. Faisant preuve d'un sens pratique remarquable, il y organise un petit commerce de revente de cigarettes et d'effets personnels auprès de ses codétenus, réussissant à amasser une somme de 310 francs. Ses lettres révèlent qu'il met ce temps de relative liberté à profit pour parfaire son instruction scientifique et linguistique, étudiant quotidiennement les mathématiques, l'électricité et l'allemand.
Ce répit est de courte durée. Le 17 octobre 1941, il est transféré à la maison d'arrêt d'Angoulême. D'abord affecté à l'infirmerie en raison de sa constitution de convalescent, il y jouit d'une relative tranquillité jusqu'au 12 avril 1942. Ce jour-là, une fouille de routine sur le jeune Titiveau, un servant de messe local, révèle un pli clandestin contenant des lettres et du tabac que le curé de la paroisse Saint-Martial tentait de faire parvenir à Henri Patte. Immédiatement sanctionné par le gardien-chef, l'étudiant perd son poste d'infirmier et est affecté au travail disciplinaire de l'atelier de fabrication de chaussons. Il y demeure jusqu'au 28 juillet 1942. Libéré à midi avec un an d’avance vu son état de santé, il sort de cette expérience de prison avec une détermination intacte et un statut de réfractaire qui va accélérer son entrée dans les réseaux d'action directe de la capitale.
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