Description
[Littérature]
Gabriele d’Annunzio (1863-1938) écrivain
L.A.S., [Paris], mars 1915, adressée à Alice Grosclaude née Kohn, veuve d’Edmond Beer, 1 page in-8 à sa devise Per non dormire (encadrée)
Madame et chère voisine, en revenant de la campagne, je trouve votre invitation gracieuse. Merci. Je viendrai demain soir. Amitiés à Grosclaude. Je vous baise les mains. Votre Gabriele d’Annunzio
Alice Grosclaude, née Kohn (1861-1936), était une figure centrale de la haute société juive parisienne, veuve d'Edmond Beer, une lignée étroitement liée à la dynastie des Rothschild. Son remariage en décembre 1913 avec Etienne Grosclaude a scellé l'union entre le monde de la haute finance aristocratique et celui de l'influence médiatique. Etienne Grosclaude (1858-1932) est journaliste, humoriste et publiciste de renom, qui occupait jusqu'en janvier 1915 la direction du prestigieux quotidien Le Journal. Connu sous le pseudonyme de Philidor, il représentait l'archétype de l'intellectuel de la Belle Epoque, maniant le calembour et la satire avec une dextérité qui lui valut l'admiration de ses contemporains, de Jules Lemaître à Léon Daudet. Membre de la Ligue de la patrie française, il incarnait un nationalisme lettré et ouvert sur les enjeux internationaux, ce qui en faisait un allié naturel pour un d'Annunzio cherchant à mobiliser l'opinion française en faveur de l'intervention italienne.
La mention « en revenant de la campagne » dans la lettre renvoie d’Annunzio à sa double existence durant ses années françaises (1910-1915). Criblé de dettes en Italie, il s'était réfugié en France, partageant son temps entre Paris et sa villa de Saint-Dominique à Arcachon. Cette « campagne » arcachonnaise était le lieu de ses créations les plus éthérées, loin des tumultes de la capitale, mais c'est également là qu'il forgeait ses arguments pour l'interventionnisme, observant avec acuité l'évolution du conflit européen.
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