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Utagawa Kuniyoshi (1797–1861)
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Utagawa Kuniyoshi (1797–1861)
Estimation 1 200 € - 1 500 €
Lot volontaire
Description
Utagawa Kuniyoshi (1797–1861)
Nissaka 日坂 – La Pierre qui pleure la nuit
Sayo no Nakayama Yonaki-ishi 小夜の中山夜啼石
De la série Tōkaidō gojūsan tsui 東海道五十三対
Les Cinquante-trois parallèles du Tōkaidō
Japon, époque Edo, vers 1845
Estampe polychrome nishiki-e, encre et couleurs sur papier
Signée Ichiyūsai Kuniyoshi ga 一勇斎国芳画
Éditeur Ibaya Sensaburō
Format ōban tate-e
36,3 × 24,9 cm
Bibliographie
Robert Schaap, Heroes and Ghosts, Hotei Publishing, Leiden / Amsterdam / Philadelphia, p. 73, no 48.
Cette estampe appartient à l’une des séries les plus originales consacrées à la grande route du Tōkaidō reliant Edo à Kyoto. Publiée vers 1845, Tōkaidō gojūsan tsui fut conçue collectivement par trois des principaux maîtres de l’école Utagawa — Kuniyoshi, Hiroshige et Kunisada. Plutôt que de représenter simplement les paysages des cinquante-trois relais, les artistes associent chaque station à une légende, une anecdote historique ou littéraire, transformant le voyage le long du Tōkaidō en une succession de récits et d’énigmes visuelles.
Pour la station de Nissaka, Kuniyoshi choisit la célèbre légende de la Yonaki-ishi, la « pierre qui pleure la nuit », située au col de Sayo no Nakayama. Dans une clairière éclairée par la lune, un voyageur reçoit un nouveau-né des mains de l’apparition spectrale d’une femme. La pâleur irréelle du fantôme contraste avec le kimono bleu du guerrier et avec les deux flammes surnaturelles, hito-dama, qui ondulent au premier plan.
Selon le récit reproduit dans le cartouche supérieur de l’estampe, une femme enceinte voyageait sur cette route tandis que son mari se trouvait dans l’est du pays. Attaquée dans la lande de Kutsukake, elle fut assassinée par un brigand. Son enfant survécut cependant et fut nourri grâce à l’intervention miraculeuse de Kannon. Lorsque le mari revint, il entendit parler de la mystérieuse pierre dont provenaient des lamentations nocturnes. À proximité de celle-ci, l’esprit de son épouse lui apparut, lui révéla les circonstances de sa mort et lui remit leur enfant.
Une autre version de la légende raconte que le nouveau-né fut recueilli et élevé par un moine avant de devenir forgeron. Des années plus tard, le meurtrier lui aurait apporté son sabre endommagé lors de l'agression ; reconnaissant ainsi involontairement son crime, il permit au fils de venger la mort de sa mère. La pierre, imprégnée du sang de la victime et habitée par son esprit, aurait continué à pleurer chaque nuit.
Kuniyoshi privilégie ici moins l’horreur que la dimension tragique et affective du récit. Le yūrei féminin ne surgit pas pour attaquer le voyageur. Son geste est celui d’une mère qui remet son enfant à son père avant de pouvoir disparaître. Son corps translucide, progressivement effacé dans sa partie inférieure, appartient déjà à l’autre monde, tandis que les flammes spectrales matérialisent la présence surnaturelle.
L’œuvre constitue ainsi un remarquable exemple de l’art narratif de Kuniyoshi. Le fantastique, le paysage nocturne et le drame humain s’y conjuguent dans une composition particulièrement théâtrale, caractéristique de l’intérêt de l’artiste pour les héros, les légendes et le monde surnaturel.
À propos de la vente
Art Animation VII : Monstres, Méchants et Antagonistes
Lieu de vente
Date
18/10/2026 à 15h00
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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