FR EN
une peinture orientale représentant un oiseau survolant un plan d'eau
Premium FRANCOIS EPIN ART & DESIGN CONSULTING

3 - Yūrei (fantôme) tenant une tête coupée

Estimation 6 000 € - 8 000 €
Description
Yūrei (fantôme) tenant une tête coupée Anonyme Japon Fin de l’époque Edo – début de l’époque Meiji, XIXe siècle Rouleau vertical, encre et couleurs sur papier, montage en soie H. 130,5 (194) cm × L. 54,3 (63,5) cm Cette peinture représente un yūrei, l’un de ces esprits de défunts que l’imaginaire japonais conçoit comme retenus dans le monde des vivants par une mort violente, un attachement passionnel ou un désir de vengeance. Le fantôme d’une femme surgit ici dans une apparition presque immatérielle. Son corps se dissout progressivement dans l’espace tandis que son visage crispé et sa longue chevelure dénouée concentrent toute la tension de l’image. Dans sa main, elle tient une tête coupée dont le visage demeure étonnamment vivant. Quelques rehauts rouges figurent le sang qui s’écoule du cou et du visage, accentuant la violence de la scène. Le contraste est saisissant entre cette tête traitée avec une certaine précision matérielle et le corps spectral de la femme, dont les contours semblent s’effacer dans le papier. Seule sa chevelure, tracée avec une extrême minutie par d’innombrables lignes d’encre, acquiert une présence presque physique. Pour un regard occidental, cette vision d’une femme tenant une tête coupée peut naturellement évoquer l’iconographie de Salomé présentant la tête de saint Jean-Baptiste. Le rapprochement est cependant uniquement formel. Rien dans l’œuvre ne permet d’établir une relation avec le récit biblique, et la scène s’inscrit pleinement dans l’univers japonais des yūrei, des morts violentes et des récits de vengeance surnaturelle. Cette analogie révèle néanmoins la puissance universelle de l’image de la tête tranchée, à la fois trophée, preuve de mort et manifestation extrême de la violence. La chevelure féminine possède au Japon une forte charge symbolique. Longue, soigneusement entretenue et ordonnée, elle fut longtemps associée à la beauté, à la féminité et au rang social. À l’inverse, la chevelure défaite ou désordonnée pouvait signaler la perte de contrôle, le deuil, la folie, la possession ou l’irruption du surnaturel. Cette opposition joue un rôle essentiel dans l’iconographie des fantômes et se retrouve également dans le théâtre nō, où la disposition des cheveux contribue à caractériser certains personnages féminins dominés par la jalousie, la souffrance ou le ressentiment. Le mot japonais kami peut désigner, selon le caractère employé, les cheveux 髪 ou les divinités 神. Cette homophonie a parfois nourri des rapprochements symboliques, mais les cheveux possèdent surtout, dans les récits et les pratiques anciennes, une relation étroite avec la personne, le corps et la puissance vitale. Dans le Kojiki, le peigne intervient notamment dans l’épisode où Izanagi tente d’échapper au monde des morts, le Yomi, soulignant la capacité de certains objets liés à la chevelure à acquérir une fonction protectrice ou magique. Dans les représentations de yūrei qui se développent particulièrement à partir de l’époque Edo, la longue chevelure noire et défaite devient ainsi l’un des signes visuels les plus immédiatement reconnaissables du fantôme féminin. Associée à la pâleur du visage, à l’effacement du corps et à l’absence apparente de jambes, elle exprime le passage incertain entre présence et disparition. Cette convention iconographique demeure profondément ancrée dans l’imaginaire japonais et continue d’être exploitée par le cinéma fantastique contemporain, notamment dans Ring (Ringu, 1998), où la chevelure dissimulant le visage constitue à elle seule un puissant signe d’apparition spectrale. Dans cette œuvre, le raffinement presque obsessionnel avec lequel sont peints les cheveux contraste avec l’économie du paysage et l’évanescence du corps. La violence de la tête coupée n’est donc pas seulement narrative. Elle oppose la matérialité sanglante de la mort à l’existence incertaine du fantôme, condamné à demeurer entre le monde des morts et celui des vivants.
À propos de la vente Art Animation VII : Monstres, Méchants et Antagonistes
Lieu de vente
Date 18/10/2026 à 15h00
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
Vous aimerez aussi