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104 - Youri Pavlovitch ANNENKOV dit Georges ANNENKOFF (Petropavlov…

Estimation 80 000 € - 120 000 €
Description
Youri Pavlovitch ANNENKOV dit Georges ANNENKOFF (Petropavlovsk, 1889 - Paris, 1974) Nature morte (circa 1928) Huile sur toile, signée en bas à gauche “G. ANNENKOFF.”. Dans son cadre d’origine. H. 90 x L. 71 cm. Exposition Exposition d’art russe ancien et moderne organisée par le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en 1928, n°510 (étiquette au dos du cadre). Provenance - Acquis en 1928 par Armand KRINGS (1898-?), le grand-père du propriétaire actuel. - Puis par descendance. Historique Chez Georges Annenkoff, la nature morte n’apparaît jamais comme un simple exercice de style ; elle constitue au contraire un espace de retrait, presque de résistance, au sein d’une œuvre largement dominée par le portrait et la représentation des figures de son temps. Formé à Saint-Pétersbourg et immergé dans les cercles de l’avant-garde russe, Annenkoff s’impose, dans les années révolutionnaires, comme un observateur aigu des visages de l’Histoire. Ses portraits, tendus et analytiques, cherchent à saisir l’individu dans toute sa complexité intellectuelle et psychologique. L’exil parisien, à partir de 1924, infléchit profondément cette position. S’il poursuit avec succès sa carrière de portraitiste au sein des milieux littéraires et politiques, de Gide à Cocteau, de Mauriac à Elsa Triolet, de Maurice Paz à Léon Blum, son œuvre s’ouvre parallèlement à des formes plus silencieuses. Les natures mortes, qui émergent alors de manière ponctuelle mais significative, traduisent un déplacement du regard. Après avoir interrogé les figures, Annenkoff se tourne vers les objets, non comme motifs secondaires, mais comme lieux d’une expérience picturale plus intériorisée. Elles offrent un terrain où la tension propre au portrait se résout, où l’analyse cède progressivement la place à une forme de méditation plastique. C’est dans ce contexte que s’inscrit la toile présentée ici, exposée en 1928 au Musée des Beaux-Arts de Bruxelles sous le titre Nature morte. La composition, centrée sur un bouquet disposé dans un pichet, s’organise autour de quelques objets usuels, une pipe, un couteau, dont la présence discrète introduit une dimension humaine indirecte. L’espace se structure par une succession de plans, rideau, garde-corps, ouverture, qui confèrent à la scène une profondeur mesurée, presque théâtrale. La palette, dominée par des bleus et des gris sourds, est ponctuée d’accents plus vifs dans le traitement floral, sans jamais rompre l’équilibre d’ensemble. La matière, travaillée par reprises et effacements, participe à cette recherche d’une forme instable, où les contours se dérobent au profit d’une perception plus diffuse. Ainsi, comme souvent dans les natures mortes d’Annenkoff, la table devient un lieu de condensation. Les objets, isolés, acquièrent une présence autonome, affranchie de toute fonction descriptive. La nature morte ne relève plus ici du registre décoratif, mais d’une réflexion plus profonde sur la permanence et la disparition, sur ce qui subsiste lorsque la figure humaine se retire. L’œuvre fut présentée en mai-juin 1928 lors de l’exposition d’art russe ancien et moderne organisée par le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, sous le numéro 510, aux côtés de quatre autres peintures. C’est très probablement à la suite de cette exposition qu’elle fut acquise par Armand Krings, avant de demeurer conservée dans sa descendance jusqu’à aujourd’hui. Né en 1898 à Mol, dans la province d’Anvers, Armand Krings appartient à une famille d’industriels du textile liée à la Lainière de la Campine. Très tôt, il développe un intérêt marqué pour l’art et évolue dans un environnement propice aux rencontres artistiques. Lors des séjours familiaux à Ostende, il côtoie notamment Constant Permeke et James Ensor, tandis que le peintre Jakob Smits compte parmi les proches de la famille. Dans les années 1920, il partage sa vie entre Bruxelles et Paris. Installé dans la capitale française, dans un appartement situé au-dessus de l’Olympia, où sa voisine de palier n’est autre que Mistinguett, il fréquente les milieux artistiques de Montparnasse et commence à constituer une collection significative. Il acquiert des œuvres de Foujita, Raoul Dufy, Vlaminck, Marie Laurencin, ainsi que d’artistes de l’École de Paris tels que Mané-Katz, Menkes ou Léon Zack. Cette insertion dans les réseaux artistiques se renforce encore par ses liens avec Geneviève Gallibert, élève de Dufy et proche de Jules Pascin, ainsi qu’avec Nico Mazaraki, marchand et collectionneur grec dont Dufy fit le portrait, aujourd’hui conservé au Centre Pompidou. Restée dans la famille jusqu’à aujourd’hui, cette œuvre témoigne non seulement de la sensibilité de Krings à la scène artistique de son temps, mais aussi de son intérêt pour la Russie des arts et des lettres, qu’il associait volontiers à l’univers des grands compositeurs qu’il écoutait avec passion. Par la convergence de ses qualités formelles, l’ampleur du format, la rigueur de la construction, la grande subtilité de la lumière et la densité de la matière picturale, ainsi que par son caractère demeuré inédit, l’œuvre n’ayant pas été présentée au public depuis 1928, cette nature morte s’impose comme l’une des réalisations les plus abouties et les plus ambitieuses de la période parisienne d’Annenkoff.
À propos de la vente ART RUSSE
Lieu de vente
Date 05/06/2026 à 11h00
Description du lot modifiée le 02/06/2026 à 16h07
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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