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Stephan DUKOVITCH (Berdiansk, 1857 - Trieste, 1926)
Aleksand…
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Stephan DUKOVITCH (Berdiansk, 1857 - Trieste, 1926)
Aleksand…
Estimation 20 000 € - 30 000 €
Lot volontaire
Description
Stephan DUKOVITCH (Berdiansk, 1857 - Trieste, 1926)
Aleksandros, Nu antique (circa 1914)
Bronze à patine verte, signé en cyrillique sur la jambe.
Reposant sur un socle en marbre gravé en grec ancien sur une face “ΑΛΕΞΑΝΔΡΟΣ” et sur l’autre “Η ΚΑΛΗ ΛΑΒΕΤΩ”
H. 88 cm (avec socle) ; H. 66 cm (bronze seul).
Exposition
Très probablement exposé à la XIe Biennale de Venise, 1914, salle 35.
Historique
Figure rare et aujourd’hui largement oubliée, Stephan Dukovitch appartient à cette génération d’artistes d’Europe centrale et balkanique formés dans le creuset austro-hongrois, entre Vienne, Trieste et Florence. Né en 1857 sur les rives de la mer d’Azov dans une famille d’origine dalmate, il se forme notamment à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne, où il reçoit l’enseignement d’Edmund von Hellmer, avant de mener une carrière discrète mais active entre Trieste et l’Italie . Son œuvre, aujourd’hui difficile à reconstituer, semble dominée par la sculpture, en particulier le portrait, où s’exprime un naturalisme attentif, parfois teinté d’inflexions Art nouveau.
Le bronze “Aleksandros” constitue l’un des témoignages les plus ambitieux de sa production. Il représente un corps masculin nu, debout, légèrement penché vers l’avant, les bras rejetés en arrière. La silhouette s’inscrit dans une ligne serpentine, accentuée par la courbe du socle, conférant à la figure une tension interne remarquable. Mais c’est surtout son caractère fragmentaire qui retient l’attention : tête tronquée, mains absentes, jambes interrompues. Cette esthétique du fragment, loin d’être accidentelle, s’inscrit clairement dans l’héritage d’Auguste Rodin, dont l’influence fut déterminante pour toute une génération de sculpteurs européens au tournant du siècle .
Comme chez Rodin, la mutilation apparente du corps ne relève pas d’un manque mais d’un choix plastique : elle intensifie la charge expressive, recentre le regard sur la dynamique du torse et fait écho à la réception moderne de la sculpture antique, souvent connue à travers ses vestiges. Le socle lui-même, évoquant un fragment d’architecture antique, participe de cette archéologie poétique du corps.
L’inscription en grec ancien ouvre quant à elle un champ interprétatif plus complexe. Le nom ΑΛΕΞΑΝΔΡΟΣ pourrait renvoyer à Alexandre le Grand, mais la formule Η ΚΑΛΗ ΛΑΒΕΤΩ (« à la plus belle ») rattache plus directement l’œuvre au mythe du Jugement de Pâris . Pâris, également appelé Alexandre dans la tradition homérique, est en effet celui qui attribue la pomme d’or à Aphrodite, déclenchant la guerre de Troie.
Dukovitch semble ainsi jouer d’une ambiguïté savante entre histoire et mythologie, entre héros et anti-héros. La posture contrainte du corps, loin de l’idéal héroïque, pourrait évoquer moins la gloire d’Alexandre que le dilemme intérieur de Pâris, saisi dans l’instant du choix. L’absence de la pomme , et même des mains, radicalise encore cette lecture : l’action est suspendue, réduite à une tension pure.
Présentée très probablement à la Biennale de Venise de 1914 sous le titre Aleksandros, l’œuvre s’inscrit dans un contexte artistique particulièrement riche, où dialoguent symbolisme, modernité sculpturale et redécouverte de l’antique . Elle témoigne, chez Dukovitch, d’une capacité rare à synthétiser les influences majeures de son temps, Rodin, le goût du fragment, l’imaginaire classique dans une œuvre à la fois érudite et intensément expressive.
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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