Lot phare sélectionné par la Maison de ventes.
Premium Saint Paul Auction
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IANNONE Dorothy (1933-2022) Stool, 1975.
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IANNONE Dorothy (1933-2022) Stool, 1975.
Estimation 8 000 € - 12 000 €
Lot volontaire
Description
IANNONE Dorothy (1933-2022)
Stool, 1975.
Tabouret en bois polychrome, plumes colorées et coussin en cuir.
(usures)
Hauteur : 90 cm
Provenance : Collection privée, Saint Jeannet (Alpes-Maritimes).
Note :
Artiste née en 1933 aux Etats-Unis, Dorothy Iannone a régulièrement séjourné sur la Côte d’Azur autour des années 1960-70 avant de s’établir à Berlin. Son art va se caractériser par une liberté des formes et un aspect protéiforme : tableaux, dessins, sculptures, gravures mais également vidéos et enregistrements sonores. Ses œuvres sont animées de personnages qui se mêlent sur fond coloré et ornemental avec la caractéristique d’être présentés nus et l’accent mis sur leurs organes sexuels. Cela lui vaudra plusieurs censures lors d’expositions en Europe au début de sa carrière (notamment en 1967 à Stuttgart et en 1969 à Berne). Mais lors de l’exposition consacrée à l’artiste à Paris en 2019, le Centre Pompidou la reconnaîtra comme la « peintre de la libération du corps féminin ».
Dorothy Iannone et les artistes de la Côte d’Azur
En 1966 à Antibes, elle rencontre Robert Filliou (1926-1987), artiste et poète proche du mouvement Fluxus, chez le sculpteur Albert Féraud (1921-2008), spécialisé dans le travail de l’inox. Elle réalisera à cette occasion le tableau Cap d’Antibes (130 x 162 cm ; coll. particulière) ainsi que la chanson Antibes automatic. Filliou lui fera rencontrer par la suite l’artiste conceptuel George Brecht (1926-2008) ou encore Daniel Spoerri (1930-2024) et Ben Vautier (1935-2024) présents également sur la Côte d’Azur.
Artistes proches du mouvement Fluxus, ces interactions sont de véritables témoignages de l’effervescence artistique en place au cours des années 1960 sur la Côte d’Azur et montre l’importance des relations amicales qui jouent le rôle d’émulateurs. Les artistes se retrouvent autour notamment du « Festival Fluxus » organisé par Ben en 1963 à Nice suite à sa rencontre avec George Maciunas (1931-1978), fondateur du mouvement, ou encore au sein du « Centre international de création permanente » surnommé également « La Cédille qui sourit » et mis en place à Villefranche-sur-Mer par Robert Filliou et George Brecht entre 1965 et 1968. Fluxus veut alors se détacher des formes traditionnelles de l’art en explorant des voies plus libres et moins élitistes sous la forme de performances.
Emulation artistique au village de Saint Jeannet
Au début des années 1970, Robert Filliou est présent dans le village de Saint Jeannet sur les hauteurs de Nice où il fonde le « Territoire n°2 de la République géniale », une utopie sociale mettant l’art au cœur du quotidien. Il y retrouve Dorothy Iannone et George Brecht et le groupe participe alors à la revue arTitudes sous la direction du critique d’art François Pluchart (1937-1988). Créée en 1971 dans le village de Saint Jeannet, la revue sera diffusée jusqu’en 1977 et met à l’honneur l’art corporel avec des artistes comme Michel Journiac (1935-1995) ou Gina Pane (1939-1990).
C’est d’ailleurs dans le double numéro 30/31 de la revue, paru à Saint Jeannet au premier trimestre 1976, que Dorothy Ioannone nous éclaire sur la genèse de l’œuvre que nous présentons aux enchères. Dans l’entretien « Le cul dans les plumes », l’artiste explique que George Brecht l’a incitée à faire sortir du cadre les motifs de ses tableaux et notamment celui du tabouret, que l’on retrouve à la fois dans des compositions mais aussi dans des dessins isolés au sein d’une série dédiée au mobilier. C’est avec l’aide d’un architecte du village, Jean-Pierre Giovannelli, que l’idée prendra forme en trois dimensions en 1975 : exécuté à partir de bois cintré, le tabouret sera ensuite peint puis agrémenté de plumes. Evidemment, cette performance n’est pas sans évoquer les célèbres « Chair events » de Brecht transformant un objet du quotidien en véritable œuvre d’art.
Comme l’explique Dorothy Ianonne dans ce même entretien, la fabrication de ses chaises a nécessité de grandes prouesses techniques, ce qui explique que peu d’exemplaires aient été créés, apparemment seulement cinq ou six. Peu de sièges réalisés par l’artiste elle-même sont en effet répertoriés : un exemplaire similaire au notre est conservé dans les collections du Centre Pompidou (Stool, 1975, n° d’inventaire AM 2015-375), tandis qu’un fauteuil reprenant le même piètement est conservé par la galerie Air de Paris qui représente l’artiste (Armchair, 1975).
Un mobilier inédit de Dorothy Iannone aux enchères à Saint Paul de Vence
La présentation aux enchères d’un mobilier réalisé par Dorothy Iannone est un évènement inédit sur le marché de l’art. En effet, les œuvres d’habitude rencontrées sont ses gravures comme la fameuse Lady Liberty ou des scènes érotiques colorées, ou encore ses petites sculptures de la série « People » en bois peint et figurant toute une série de personnages, et plus rarement des peintures. Jamais aucun meuble n’avait été présenté aux enchères et cette découverte permet de dévoiler un pan plus méconnu de cette artiste grandement mise en lumière ces dernières années par les institutions muséales.
Dorothy Ianonne a en effet fait l’objet d’une exposition monographique au centre Pompidou sous le titre « Toujours de l’audace » en 2019 ou encore en 2022 au Lousiana Museum à Copenhague. En 2023, l’artiste a également fait partie du projet « Lady Dior Art » en customisant l’iconique sac à main de la maison de couture. Encore actuellement, en 2026, elle fait l'objet d'une exposition à Madrid au centre d’art Dos de Mayo.
Description du lot modifiée le 22/05/2026 à 00h43
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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