Description
DAMAS (Léon-Gontran).
Pigments.
Paris : GLM, 1937. — In-12, 192 x 142 : (28 ff. premier et dernier blancs), couverture imprimée. Broché.
Édition originale devenue très rare, préfacée par Robert Desnos et illustrée d’un frontispice gravé sur bois par Frans Masereel.
Ce recueil est l’œuvre de Léon-Gontran Damas (1912-1978), poète guyanais et l’une des figures majeures de la négritude aux côtés de Senghor et Césaire. Pigments, son premier volume de poésies, vitupère contre l’assimilation qu’impose depuis trois siècles la puissance coloniale, et stigmatise la colonisation, l’exotisme, le racisme et la bourgeoisie, exhortant les anciens combattants sénégalais à se démystifier. Quelques poèmes avaient déjà paru dans Esprit (1934) et les Cahiers du Sud (1936).
Publié par Guy-Lévis Mano, l’ouvrage fut interdit par la censure dès la déclaration de guerre de 1939, en raison de ses appels à la conscience critique — voire à la rébellion — des enrôlés noirs, que Damas considérait comme de nouveaux esclaves, peu concernés, selon le poète, par des conflits internes à l’Europe.
La gravure est intéressante, parfaitement analysée par Yves Bergeret : « Masereel, dans un style assez géométrisé typique du style « moderniste » de cette époque, fait jaillir un jeune Noir, nu, d’un énorme col de chemise amidonné, symbolique de la puissance financière du monde riche. À gauche, la grande ville moderne s’écarte en s’inclinant ; à droite, les arbres tropicaux, plus souples, s’écartent aussi. Le corps noir au centre se dresse comme une forte nuée sombre au sortir d’un volcan.
Frans Masereel ne grave pas ce bois sans se rappeler les Ballets Nègres, Joséphine Baker, ou encore l’engouement alors nouveau pour le jazz. Mais sa gravure ne cherche pas la séduction exotique. Elle clame la révolte nue, corps noir se découpant sans transition (ce que la technique du bois gravé permet bien) sur une lumière blanche qui est celle d’une explosion. »
Il ajoute : « L’espace montré par la gravure est significatif : comme la bouche d’un volcan, le col empesé dont naît l’homme noir, est ceint d’un nœud papillon, luxe du monde blanc ; le symbolisme est évident, même naïf. Mais le géant blanc est décapité. Dans son dos se lève, encore peu visible, un peuple noir, bras parfois levés, exultant ou dansant. L’espace est rapproché, la gravure étroite et serrée : on étouffe dans ce monde. Les grands arbres tropicaux ondoient sous le souffle de l’explosion, les immeubles partent en oblique. Mais l’explosion de la naissance de la négritude ne les détruit pas : Masereel indique que la négritude participe au monde moderne, où elle revendique toute sa place ; et même elle va l’enrichir. » (Yves BERGERET, « Pigments de Léon Gontran Damas », Histoire par l’image [en ligne], consulté le 30/08/2026. URL : http://histoire-image.org/etudes/pigments-leon-gontran-damas.)
Un des 270 exemplaires sur vélin (n° 204), enrichi d’un envoi autographe de l’auteur adressé au poète et romancier René Arcos (1881-1959) :
A René Arcos // avec les vives sympathie de // l’auteur // Mai 1937 // L. G. Damas
Couverture décollée du dos.
À propos de la vente
Bibliothèque Claude Mozis - Afrique Noire et diaspora africaine
Lieu de vente
Date
21/10/2026 à 14h00
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