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Claude Perreau (ou Perrault) ( - 1678)
Allégories des quatre…
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Claude Perreau (ou Perrault) ( - 1678)
Allégories des quatre…
Estimation 40 000 € - 60 000 €
Lot volontaire
Description
Claude Perreau (ou Perrault) ( - 1678)
Allégories des quatre saisons : Le Printemps et l’Été ; L’Automne et l’Hiver
Paire de groupes sculptés en marbre
Restaurations et tête de l'Automne et de l'Hiver rapportées, accidents et usures
Signés "CLAUDIUS PERREAU PARISIENSIS F." sur la tranche de la terrasse
Bon état général
H. 130 cm ; L. 78 cm ; l. 43 cm
Littérature en rapport
Paola Rossi, « « “Claudius Perreau Parisinus“ a Venezia », », dans Arte Veneta, Rivista di Storia dall’Arte, n°43, p. 92-97
Bibliographie
Jules Guiffrey, Comptes des bâtiments du Roi sous le règne de Louis XIV. Tome premier, Colbert, 1664-1680, Paris, Guyffrey éd., 1881, p. 832 ;903 ;964 ;973 ;1049 pour Claude Perreau et p.1049 ;1161 ;1289 pour Veuve Perreau
Cette paire de figures allégoriques enlacées, l’une représentant le Printemps et l’Été, tenant respectivement un bouquet de roses et une gerbe de blé, l’autre l’Automne et l’Hiver, porte la signature Opus Claudius Perreau Parisini.
Cette signature et l’allure générale de l’œuvre nous permettent de rapprocher ces figures allégoriques d’un corpus d’œuvres de la main du sculpteur Claude Perreau. Parmi ce corpus la première œuvre donnée à cet artiste est le monument funéraire de René de Voyer d’Argenson (1623-1700) dans l’église San Giobbe à Venise et signé CLAUDIUS PERREAU PARIGINUS FACIEBAT.
La localisation de cette première œuvre en Italie permet de comprendre les influences stylistiques de ces allégories : celles d’un artiste français formé à Rome et travaillant ensuite à Venise puis à Versailles.
Quelque peu tombé dans l’oubli avec le temps, Claude Perreau semble pourtant avoir été un sculpteur renommé et reconnu de son temps. Les œuvres identifiées de sa main sont peu nombreuses, mais elles manifestent toutes une maîtrise technique aboutie dans le traitement des
drapés et un style nourri à la fois de la manière baroque italienne et du classicisme français. Son passage à Venise d’une dizaine d’années, entre 1653 et 1663, nous offre un ensemble d’œuvres sur lequel fonder notre attribution. Elles sont toutes identifiées par la spécialiste de l’artiste Paola
Rossi, grâce à des rapprochements stylistiques, prenant aussi en considération les signatures et la correspondance de Perreau. Ces oeuvres attestent du succès de ce sculpteur appelé par la famille Voyer d’Argenson à Venise où il intervient sur des chantiers prestigieux, notamment pour le décor de la basilique Santa Maria della Salute sous la direction de l’architecte Baldassare Longhena.
Parmi ces œuvres, il faut citer les deux anges en haut-relief signés Claudius Pierreau Parisinus ornant la voussure de l’autel dédié à saint Antoine dans la basilique Santa Maria della Salute, les quatre bas-reliefs allégoriques représentant la Clémence, la Foi cachée, l’Humilité et la Foi
évidente, conservés dans cette même basilique, enfin, le saint Jean-Baptiste ornant l’autel dédié à saint Lorenzo Giustiniani dans l’église San Pietro di Castello.
L’on retient de ces sculptures un cheminement stylistique du baroque vu et étudié à Rome vers le classicisme inspiré de l’Antiquité des sculpteurs contemporaines de Perreau. Parmi eux, Nicolas Cordier dont les œuvres revisitent l’art antique et présentent de fortes similitudes avec l’art de
Perreau. Les corps sont d’un goût classique, au modelé puissant et aux chairs rondes, les visages sont traités par un profil rigoureux sans expression dramatique. Les deux artistes sculptent des figures pleines de justesse et de mesure classique.
L’évolution de l’art de Perreau vers plus de classicisme est d’ailleurs visible dans les œuvres de sa période vénitienne. L’autel pyramidal de Voyer d’Argenson traduit encore entre 1653 et 1655 l’influence du Bernin dans l’exécution du putto et des deux lions. En 1656, les deux anges de la basilique de Longhena évoluent déjà vers plus de classicisme dans le modelé des chairs et des profils ; seuls les drapés gonflés font encore écho à l’art baroque romain. Les quatre figures allégoriques – la Clémence, la Foi cachée, la Modestie et la Foi évidente – créées pour cette même basilique laissent déjà entrevoir un apaisement des attitudes et des drapés. Enfin, à la fin de son séjour vénitien, la figure de saint Jean-Baptiste à l’église San Pietro di Castello semble être l’aboutissement de ce cheminement vers une sculpture classique.
Le saint Jean-Baptiste ainsi que nos Saisons reflètent bien un art plus apaisée, à la composition harmonieuse savamment étudiée, sans exubérance baroque. Il n’y a pas d’emphase dans les drapés, mais ceux-ci viennent magnifier la gestuelle de ces figures féminines, dont le mouvement
des bras rend bien une impression générale de douceur et de mesure. Si les têtes de l’Automne et l’Hiver sont rapportées, les visages préservés (à l’exception des nez ?) du Printemps et de l’Été, rappellent encore ceux des anges de Santa Maria della Salute. Les paupières s’étirent vers les
tempes et sont à fleur de visage, les joues sont pleines et le menton assez prononcé. Les coiffures stylisées, relevées en un chignon au-dessus des oreilles, font également écho au travail des coiffures des deux anges. Enfin, le traitement des drapés est typique des effets recherchés que
l’on retrouve dans les sculptures signées ou attribuées à Claude Perreau. L’artiste fait alterner sur le corps des figures précitées des étoffes à fleur de peau sur le ventre ou les cuisses, grâce à des plis rendus avec finesse. Ceux-ci contrastent avec des zones où le tissu devient plus épais et creusé
pour un effet plus en relief, donnant du dynamisme à l’allure générale.
Comme sur les allégories de la Foi cachée ou de la Clémence, le drapé vient ici se glisser à terre et recouvrir délicatement les pieds. L’impression donnée est celle d’une grande fluidité, d’un drapé qui s’écoule lentement
le long des corps retenus par une fine attache sur l’épaule (comme sur le saint Jean-Baptiste), prétexte à ces jeux savants sur le traitement des étoffes.
Nos quatre Saisons s’inscrivent donc vraisemblablement dans cette évolution vers un art classique. Le léger contrapposto, le traitement
des drapés, la rigueur classique des profils, la mesure des gestes nous permettent d’inscrire ces œuvres à la fin ou juste après le séjour vénitien de Perreau, à partir du milieu des années 1660.
Nos quatre Saisons sont plus proches d’iconographie italienne que française pour ce thème. En 1643 Ripa fixe en effet dans son ouvrage Iconologie la représentation des quatre Saisons : ce sont quatre figures féminines, tandis que dans le modèle défini par Le Brun en 1673, l’Automne et l’Hiver sont des figures masculines. Le succès décoratif des quatre Saisons se fixe dès la Renaissance et les commandes se multiplient avec les grands projets de jardin. Leur thème est particulièrement apprécié pour les décors extérieurs dont ils viennent animer les espaces. Pour le promeneur, ces sculptures jalonnent le doux cheminement au sein du jardin et agrémentent la promenade. Dès
le début du XVIIème siècle, Leone Strozzi commande ainsi au jeune Gian
Lorenzo Bernini quatre figures allégoriques des Saisons pour orner les jardins de sa villa romaine. Nous pouvons envisager une destination similaire pour nos Allégories et imaginer ainsi leur contexte de création.
La carrière de l’artiste est encore à préciser par l’histoire de l’art. Mais notre œuvre pourrait être un jalon important entre son succès vénitien, période faste pour l’artiste, et les commandes moins prestigieuses que Perreau reçoit à Versailles dans les années 1670 et jusqu’à sa mort à Paris en 1678 (voir Guiffrey, 1881). Les comptes du bâtiment du roi ne mentionnent en effet le nom de Perreau que pour de simples réparations de figures de fontaines dans les jardins de Versailles. Les signatures inscrites sur les bases indiquant précisément son origine, « Parisinus », nous indiquent que les œuvres ont été sculptées en Italie. Ainsi, la signature, les qualités stylistiques, les choix iconographiques et les grandes dimensions de ces figures allégoriques laissent envisager une commande prestigieuse dans la lignée de son succès vénitien.
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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