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8 - Armure moro des Philippines, de type « kurab-a-kulang », réa…
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Estimation 2 500 € - 5 000 €
Description
Armure moro des Philippines, de type « kurab-a-kulang », réalisée en corne de buffle d’eau et en cotte de mailles métallique. Mindanao ou archipel de Sulu, Philippines. XVIIIe-XIXe siècles. Armure défensive composée de plaques en corne de carabao reliées par une cotte de mailles en laiton ou en fer. Un exemple important d’armure traditionnelle philippine appartenant au type connu sous le nom de « kurab-a-kulang », caractéristique des peuples moro musulmans du sud des Philippines. Cette forme de protection corporelle représente l’une des expressions les plus distinctives de l’armement et de l’armure philippins, remarquable tant par sa fabrication que par les riches influences culturelles reflétées dans sa conception. L’armure est composée de plaques en corne de carabao, un matériau disponible localement et apprécié pour sa résistance et sa souplesse, reliées entre elles par de petits anneaux en laiton ou en fer. Dans certains cas, ces vêtements de défense étaient encore enrichis de fermoirs en argent et d’éléments décoratifs ornés de motifs issus de la tradition « ukkil », caractérisée par des formes en volutes, un feuillage stylisé, des plantes grimpantes et des motifs végétaux fluides. Le caractère unique de ces armures réside dans leur synthèse de multiples traditions artistiques et technologiques. Leur construction en cotte de mailles rappelle les modèles islamiques transmis par des réseaux commerciaux établis de longue date reliant le sud des Philippines à l’Asie du Sud, tandis que certaines solutions structurelles peuvent également refléter une familiarité avec les armures européennes rencontrées pendant la période coloniale espagnole. Dans certains cas, les détails décoratifs révèlent en outre l’influence des traditions artistiques chinoises et japonaises, illustrant les échanges culturels intenses qui caractérisaient le monde maritime de l’Asie du Sud-Est. Contrairement à d’autres groupes philippins, ce type d’armure était étroitement associé aux communautés moros. Les artisans locaux ont adapté des modèles défensifs connus par le commerce et la guerre aux matériaux disponibles dans leur environnement, en remplaçant les plaques de métal par de la corne de carabao et en créant une forme de protection à la fois légère et durable, tout en restant fermement ancrée dans les traditions locales. Au-delà de sa fonction défensive, cette armure revêt une importance historique et anthropologique considérable. Elle témoigne d’un monde façonné par le commerce maritime, les interactions culturelles et la résistance, où la guerre, l’artisanat et l’identité étaient profondément liés. Chaque plaque, chaque maillon et chaque élément décoratif témoignent d’une technologie adaptée à son environnement et d’une société capable d’assimiler des influences extérieures tout en préservant un langage artistique qui lui est propre. L’ouvrage de H. W. Krieger, *The Collection of Primitive Weapons and Armor of the Philippine Islands in the United States National Museum* (Smithsonian Institution, *United States National Museum Bulletin* 137, Washington, 1926), reste une référence fondamentale pour l’étude des armes et armures traditionnelles philippines. Bien plus qu’un simple équipement militaire, cette armure conserve la mémoire matérielle des peuples moros du sud des Philippines : une culture qui a su transformer la corne, le métal et les ornements en une puissante expression de défense, d’identité et de résilience. On trouve des exemples comparatifs particulièrement pertinents dans les armures kurab-a-kulang conservées dans la collection du Musée national d’anthropologie de Madrid (inv. CE1639, CE1640, CE1576 et CE2391), issues de la culture maranao de Mindanao. Le musée décrit ces armures défensives comme des objets utilisés exclusivement par les peuples moros du sud des Philippines, soulignant leur « origine espagnole évidente » tout en mettant en avant la manière dont les artisans locaux ont adapté les modèles défensifs européens en utilisant des matériaux disponibles dans leur propre environnement, notamment la corne de carabao reliée par une cotte de mailles métallique. Le musée souligne en outre la présence de motifs décoratifs ukkil caractéristiques — volutes, feuillages et formes végétales grimpantes — dans les ornements en argent repoussé. L’armure conservée au Musée national d’anthropologie, datée des XVIIe et XVIIIe siècles et fabriquée dans la région de Lanao del Sur (Mindanao), présente une construction très similaire à celle de l’exemplaire présenté ici, composée de plaques de corne de carabao reliées par des maillons en laiton et ornées de ferrures métalliques décorées. Elle constitue donc une référence muséale importante pour comprendre cette catégorie remarquable d’armures philippines. Tout aussi significative est l’observation du musée selon laquelle les mailles de chaîne étaient déjà connues dans l’archipel philippin depuis au moins le Xe siècle, ce qui démontre la complexité des traditions technologiques locales et relativise toute interprétation de ces armures comme de simples adaptations de modèles européens. Plutôt que d’être considérés comme de simples copies d’armures européennes, ces objets remarquables doivent être perçus comme le fruit d’échanges technologiques et culturels. Les observations consignées par le Musée national d’anthropologie suggèrent un processus bien plus complexe, dans lequel les traditions locales, les techniques de travail des métaux établies de longue date et les influences étrangères ont convergé pour créer une forme d’armure distinctive, propre aux peuples moros du sud des Philippines.
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À propos de la vente Dialogues avec le passé : Vestigia
Lieu de vente
Date 02/07/2026 à 19h00
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