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22 - Paire de jícaras ou tasses à chocolat (coco chocolateros). M…
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Estimation 2 500 € - 4 000 €
Description
Paire de jícaras ou tasses à chocolat (coco chocolateros). Mexique. XVIIIe siècle Montées dans des montures en argent d’une finesse exceptionnelle. 11,5 x 9 x 6,5 cm et 10,8 x 9 x 6,5 cm. Pour leur pertinence, nous incluons trois œuvres dans lesquelles ce type d’objet apparaît, illustrant la manière dont il s’intégrait dans la société : deux gravures représentant des tasses à chocolat tirées de l’ouvrage de Philippe Sylvestre Dufour, *Traités nouveaux & curieux du café, du thé et du chocolat*, Lyon (Girin et Rivière), 1685 (Bibliothèque John Carter Brown) ; ainsi que le tableau *Alacena* d’Antonio Pérez de Aguilar, daté vers 1769, aujourd’hui conservé au Museo Nacional de Arte, à Mexico. La récente publication de Juan de Lara, « El Coco de Vigo : el coco chocolatero de la Batalla de Rande, 1702 », présente un intérêt particulier, car elle souligne l’importance de la tasse à chocolat : Les récipients utilisés pour boire le chocolat ont une histoire fascinante qui remonte à plusieurs siècles, jusqu’aux anciennes civilisations mésoaméricaines. La boisson au chocolat, ou xocolatl, était une boisson rituelle et épicée préparée en mélangeant du cacao à de l’eau, puis aromatisée avec des graines, des racines, des fleurs, du piment et de la vanille. Elle était très prisée par les élites mayas et aztèques et devint même la boisson préférée de Moctezuma II. Ces cultures utilisaient des coques de fruits et des calebasses comme tasses pour cette boisson spéciale. L’arrivée des Espagnols en Amérique marqua un tournant dans l’histoire des récipients à chocolat, ou jícaras. Avec l’introduction du sucre, du miel et de la cannelle, pratiques issues de l’Espagne arabe, les Créoles espagnols adaptèrent la recette traditionnelle du xocolatl à leur goût, en remplaçant également l’eau par du lait. Le chocolat devint rapidement une boisson populaire en Espagne et dans ses territoires américains, en particulier dans les régions correspondant aux actuels Venezuela et Mexique. Boire du chocolat n’était pas seulement un passe-temps, mais aussi un art et un symbole de statut social. Les invités des palais de la Nouvelle-Espagne étaient accueillis avec du chocolat, et il devint d’usage pour les femmes d’en boire l’après-midi dans les jardins ou dans des pièces spéciales appelées « salones de estrado », régies par un protocole strict. La consommation de chocolat devint une activité prestigieuse parmi l’élite de la Nouvelle-Espagne, ce qui conduisit à la création d’objets raffinés destinés à sa préparation et à sa dégustation. Malgré l’influence espagnole, la coque de noix de coco traditionnelle resta le récipient principal pour boire le chocolat, en raison des bienfaits magiques et pour la santé qu’on lui attribuait. Avec l’arrivée de nouveaux artisans dans les Amériques, des orfèvres venus d’Europe et d’Asie ont commencé à ajouter des montures, des anses et des socles en argent aux coques de noix de coco, en y incorporant des éléments décoratifs baroques tels que des feuilles de vigne et des motifs d’acanthe. Ces applications d’argent rehaussaient à la fois l’élégance et la valeur des objets, tandis que les coques elles-mêmes étaient sculptées et gravées de motifs géométriques et végétaux complexes. Le « coco chocolatero », comme on en vint à appeler ces récipients, devint un symbole de raffinement dans les Amériques, en particulier dans des régions telles que le Mexique, le Guatemala et le Venezuela. Cette tradition ne se développa pas dans la même mesure dans d’autres vice-royautés, comme le Pérou ou La Plata, où le maté était la boisson principale. Au-delà de leur attrait esthétique, ces objets revêtaient une importance culturelle considérable. Ils étaient très prisés par l’élite de la Nouvelle-Espagne et faisaient souvent partie de la dot des femmes de la noblesse, comme en témoigne le cas de María Luisa Álvarez de Toledo Carreto, marquise de Melgar de Fernamental. On en trouvait également dans d’autres régions, telles que les îles Canaries, où elles figuraient parmi les biens de valeur ; citons par exemple une coupe en noix de coco sertie d’argent, qui appartenait en 1618 au capitaine Pedro de Ponte y Vergara et était estimée à 40 réaux. Contrairement à d’autres noix de coco montées sur support, collectionnées dans l’Europe moderne principalement pour leur attrait exotique, le « coco chocolatero » représente une fusion unique de deux produits américains : la noix de coco et le chocolat. Son importance culturelle en fait un objet-témoignage essentiel pour comprendre à la fois l’histoire de la consommation du chocolat et la richesse des échanges interculturels dans la culture matérielle des Amériques. Aujourd’hui, on en trouve plusieurs exemplaires dans de grands musées, notamment au Museo Franz Mayer, au Museo de América, au Denver Art Museum, au Museum of Fine Arts de Boston et au Museo de Arte Colonial Quinta Anauco, ainsi que dans des collections privées telles que la collection Patricia Phelps de Cisneros, le Museo Amparo et le Museo Soumaya-Fundación Carlos Slim. Un exemplaire comparable est également conservé au LACMA, à Los Angeles (n° d’inv. M.2015.69.2), catalogué comme provenant du Mexique ou du Guatemala, XVIIe-XVIIIe siècles. Bibliographie sélective : - Juan de Lara, Université d’Oxford, Centre de recherche Khalili, Institut d’archéologie, Royaume-Uni. « El Coco de Vigo : el coco chocolatero de la Batalla de Rande, 1702. » - An. Inst. Investig. Estét vol. 46 n° 125, Mexico, septembre 2024, publication électronique du 28 janvier 2025 - Anales del Instituto de Investigaciones Estéticas.
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À propos de la vente Dialogues avec le passé : Vestigia
Lieu de vente
Date 02/07/2026 à 19h00
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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