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Attribué à Otto van Veen et à son atelier (Leiden, vers 1556…
Voir la version originale (English)
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Attribué à Otto van Veen et à son atelier (Leiden, vers 1556…
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Estimation 5 000 € - 15 000 €
Lot volontaire
Description
Attribué à Otto van Veen et à son atelier (Leiden, vers 1556 – Bruxelles, 1629)
« Allégorie du toucher »
Huile sur panneau de chêne. Vers 1600.
101 x 86 cm.
Huile sur panneau de chêne.
Représentation allégorique féminine identifiable comme la personnification du sens du toucher, l’un des thèmes les plus prisés par la culture humaniste des Pays-Bas méridionaux au cours des dernières décennies du XVIe siècle et des premières années du XVIIe.
La figure est représentée en demi-longueur devant un paysage boisé, vêtue d’une robe de couleur claire qui conserve des traces d’un délicat brocart doré et qui, avec modestie mais sensualité, dévoile un sein sous son tissu translucide. Le vêtement est froncé à la taille par une ceinture magnifiquement tissée, d’une couleur et d’une texture remarquables. Un ample manteau rouge, aux plis élégants caractéristiques de la tradition maniériste tardive, est drapé sur ses épaules.
Dans une main, elle tient un perroquet exotique aux couleurs vives, représenté en train de picorer doucement l’un de ses doigts, tandis que l’autre main adopte un geste soigneusement articulé qui contribue au caractère rhétorique et allégorique de la composition. Les mains, considérées comme le principal moyen par lequel l’humanité interagit avec le monde matériel, jouent un rôle central au sein du programme iconographique.
La richesse des bijoux, des perles et des ornements portés par le personnage rehausse le raffinement visuel de la scène tout en participant activement à sa signification symbolique, ces objets précieux étant valorisés et appréciés par le contact physique direct et la manipulation.
Il convient de noter tout particulièrement la présence d’une araignée suspendue au centre de sa toile, un élément iconographique d’une rareté et d’une sophistication intellectuelle remarquables. Dans la tradition emblématique de l’époque, l’araignée constituait une métaphore efficace de la sensibilité physique et de la perception par le contact, ce qui en faisait une image particulièrement appropriée pour la représentation du sens du toucher.
L’identification du sujet comme étant le toucher est donc étayée par la présence de ces éléments symboliques, tous étroitement associés à la sensation physique et à l’expérience tactile.
Le tableau a peut-être fait partie à l’origine d’une série consacrée aux cinq sens, un sujet jouissant d’une popularité extraordinaire dans les cercles artistiques et intellectuels d’Anvers au tournant des XVIe et XVIIe siècles.
D’un point de vue stylistique, l’œuvre présente de nombreuses caractéristiques associées à l’école de peinture anversoise vers 1600–1625 : un modelé délicat des teints de chair, une attention méticuleuse portée aux détails ornementaux, des influences maniéristes dans la construction de la figure, ainsi qu’un intérêt marqué pour les allégories à contenu moral et intellectuel.
L’élégance du visage, la sophistication du programme iconographique et la qualité de l’exécution permettent d’associer ce tableau au milieu artistique d’Otto van Veen, éminent peintre humaniste et maître de Pierre Paul Rubens. L’œuvre trouve également des parallèles dans la production d’artistes actifs au sein de son cercle, notamment Hendrick van Balen et les premiers représentants du milieu rubensien émergent à Anvers.
Bien que les représentations flamandes ultérieures du sens du toucher, en particulier celles issues des célèbres collaborations entre Rubens et Jan Brueghel, s’appuient souvent sur des compositions élaborées à plusieurs personnages, peuplées d’objets et d’animaux symboliques, l’œuvre présentée ici s’inscrit dans une tradition plus intime et intellectuelle. Son utilisation ciblée de motifs emblématiques — notamment l’araignée, l’oiseau exotique et les bijoux — la rapproche de la culture humaniste cultivée à Anvers vers 1600 et du milieu artistique d’Otto van Veen.
Conservée sur son panneau d’ chêne fin d’origine, un support caractéristique de la peinture flamande de l’époque, l’œuvre constitue un témoignage saisissant de la culture allégorique qui s’épanouissait dans les Pays-Bas méridionaux au début du XVIIe siècle.
Au-delà de sa qualité picturale indéniable, le tableau a conservé intacte sa capacité à transmettre l’univers symbolique complexe pour lequel il a été conçu. Quatre siècles après sa création, l’araignée, le perroquet, les perles et le geste expressif du personnage continuent de captiver le spectateur moderne, nous rappelant une époque où les images n’étaient pas seulement contemplées, mais aussi lues.
Otto van Veen était l’un des plus éminents peintres humanistes d’Anvers et a développé un langage visuel profondément influencé par la littérature emblématique et moralisatrice. Ses allégories sont souvent construites à partir d’un nombre limité d’éléments soigneusement choisis, destinés à être interprétés par un spectateur cultivé.
Notre magnifique tableau n’est pas simplement une Allégorie du toucher. C’est une allégorie conçue à un moment très précis de la culture européenne :
lorsque la peinture et la littérature emblématique allaient de pair ;
lorsqu’on attendait d’un spectateur cultivé qu’il déchiffre les symboles ;
lorsqu’une araignée pouvait signifier bien plus qu’une simple araignée ;
et lorsqu’une image était aussi un exercice intellectuel.
Une version de ce tableau a été mise aux enchères chez Sotheby’s, attribuée à Otto Van Veen, et la description du lot précise que le Musée des Beaux-Arts de Lille possède également un tableau vénitien présentant la même composition, peut-être de Parrasio Micheli, portant le numéro d’inventaire P939. À notre avis, Micheli serait une attribution plus probable pour le tableau de Sotheby’s, et Van Veen pour le nôtre.
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Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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