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44 - BEHN (Aphra). Oronoko traduit de l’anglois de Madame Behn.

Estimation 2 000 € - 3 000 €
Description
BEHN (Aphra). Oronoko traduit de l’anglois de Madame Behn. Amsterdam : Aux dépens de la Compagnie, 1745. — 2 parties en un volume in-16, 144 x 94 : (1 f.), xv, 104 pp. ; (2 ff.), 168 pp. Veau havane moucheté, triple filet doré en encadrement et pièce d’armes dorée aux angles sur les plats, dos lisse orné à la grotesque, roulette dorée intérieure, tranches dorées (reliure de l’époque). Édition originale de la première traduction française par Pierre-Antoine de La Place (1707-1793), de ce roman majeur dans l’histoire de la littérature. Publié pour la première fois en 1688, Oronoko est considéré comme l’un des premiers romans modernes anglais mais surtout l’une des premières fictions occidentales à aborder la traite et l’esclavage, dénonçant, avant l’heure, la cruauté de ce système. Dans un mélange de réalisme colonial et de tragédie amoureuse, l’autrice raconte l’histoire d’Oronoko, prince africain, qui s’éprend d’Imoinda, fille du général favori de son grand-père. Mais le roi, épris de la jeune femme, exige qu’elle devienne son épouse. Refusant ce mariage forcé, Imoinda préfère risquer la mort. En représailles, le roi la fait vendre comme esclave au Suriname, déclenchant ainsi la tragédie. Aphra Behn (1640-1689), figure pionnière de la littérature anglaise, est reconnue comme l’une des premières femmes à vivre de sa plume en Grande-Bretagne. Originaire des environs de Canterbury, elle a séjourné au Suriname, colonie anglaise dédiée à la culture de la canne à sucre, une expérience qui inspira profondément son roman Oronoko, son œuvre la plus célèbre. À sa sortie en 1688, l’ouvrage passe inaperçu. Il faut attendre 1696 pour une réédition, et c’est après la mort d’Aphra Behn que le roman trouve son public. Le vrai tournant vient en 1695 avec l’adaptation théâtrale du roman par Thomas Southerne, qui en fait un mélodrame à succès mais en y apportant deux changements majeurs : Imoinda devient blanche (alors qu’elle est noire dans le roman) et l’accent est mis sur les scènes tragiques, comme le meurtre d’Imoinda par Oronoko. C’est cette version qui dominera les XVIIIe et XIXe siècles. En France, le roman connait sa première traduction en 1745 par Pierre-Antoine de La Place, qui reprend les choix de Southerne, avec une Imoinda blanche. Le livre, réédité à sept reprises avant 1800 (parfois illustré de gravures érotiques), deviendra l’un des best-sellers des adaptations anglaises en France. Précieux et rarissime exemplaire enrichi d’un envoi autographe signé de La Place : Pour Monsieur Le Prince // de Robecq, de la part de son // très humble serviteur // De La Place L’ouvrage sortit en février 1745 (voir Mercure de France de cette période), il y a donc tout lieu de penser que cette dédicace est adressée à Anne-Auguste de Montmorency, sixième prince de Robech, né en 1679 et mort le 27 octobre 1745. Issu d’une illustre lignée militaire, il commence sa carrière comme mousquetaire en 1695 avant de s’illustrer dans les guerres de la fin du règne de Louis XIV. D’abord comte d’Ester, il gravit rapidement les échelons : capitaine en 1697, major en 1698, puis colonel du régiment de Normandie en 1700. Durant la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714), il se distingue en Italie, en Espagne et en Roussillon. Blessé à plusieurs reprises, il participe à des batailles décisives comme Chiari, Luzzara, Turin et Barcelone, où son audace lui vaut des promotions successives. En 1711, sa victoire à Gérone lui vaut le prestigieux titre de chevalier de la Toison d’or. Après la guerre, il hérite du titre de prince de Robech en 1716. Nommé lieutenant général en 1720, il sert encore lors de la guerre de Succession de Pologne (1734), avant de se retirer. Cet exemplaire présente une particularité très intéressante : il révèle l’identité de la destinataire de l’épître, désignée sous le nom énigmatique de « Madame la M. P. d’I… ». Une annotation contemporaine propose une identification : « Ma(?)alle Pe d’Isenguin », une mention qui semble indiquer la « Maréchale Princesse d’Isenghien », c’est-à-dire à cette époque Margaretha Camilla Grimaldi (1700 - 1758), épouse de Louis de Gand de Mérode de Montmorency (1678 - 1767), prince d’Isenghien et de Masmines, nommé maréchal de France le 11 février 1741. L’épître, composée en vers, révèle dès les premiers mots que cette dame refusa en réalité l’honneur qu’on lui offrit de lui dédier ce livre. Exemplaire en élégante reliure de l’époque arborant un joli dos orné à la grotesque, et sur les plats quatre alérions, pièces d’armes de la famille Montmorency. Légers frottements aux coiffes, petit manque à la coiffe inférieure, coins émoussés. Une tache rousse dans la marge de la page 59 de la seconde partie. Provenance : Anne-Auguste de Montmorency, avec envoi autographe du traducteur, l’ex-libris de la famille Montmorency et les pièces d’armes sur les plats.
À propos de la vente ENLUMINURES, LIVRES ANCIENS et MODERNES
Lieu de vente
Date 17/06/2026 à 14h00
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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