Description
[MANUSCRIT - VOYAGE].
Voyage d’Italie 1700.
S.l., début XVIIIe. — 2 volumes in-folio, 422 x 270 : 332 pp., 23 planches ; pp. 330-841. Veau brun, dos à nerfs orné, roulette dorée intérieure, tranches mouchetées rouges (reliure de l’époque).
Manuscrit inédit et précieux de plus de 800 pages relatant le voyage en Italie d’un jeune homme d’une vingtaine d’années, resté anonyme. Ce récit, écrit avec une érudition remarquable, commence par une déclaration intime :
« Une de mes plus fortes inclinations, a touiours esté celle de voyager ; de tous les pays que l’Europe offroit à ma curiosité, nul ne m’a jamais parû plus capable de la remplir que Rome et l’Italie ; Les descriptions superbes et pompeuses que j’en avois lües, les idées extraordinaires dont un Pape et des Cardinaux remplissent l’esprit, et sur tout un désir ardent de voir des lieux que la lecture des auteurs et des poëtes me rendoit familiers, contribuerent beaucoup à me donner envie de faire ce voyage ; J’estois sur le point d’entrer dans ma vingtième année, mes études de philosophie et de droit finies, je crûs ne pouvoir mieux employer ces premiers temps de la jeunesse ou mon esprit incertain ne sçavoit à quoy se déterminer, que dans un voyage utile et agréable. J’esperois que les accidens auxquels on se trouve exposé quand on est hors de son pays, et la connoissance des mœurs et des genies des differens peuples chez qui je passerais, me mettroient en estat de faire de solides reflexions, et d’embrasser à mon retour un estat de vie avec plus de raison et de jugement. »
Parti de Paris le 12 janvier 1700, ce jeune voyageur traverse la France et l’Italie, passant par Fontainebleau, Nevers, Moulin, Lyon, Avignon, Marseille, Gênes, Florence, Rome, Venise, Milan, Turin, et bien d’autres villes. Chaque étape est décrite avec soin, mêlant observations sociales, historiques et personnelles.
Il consacre la part la plus importante de son récit à Rome, où il arrive le 23 mars 1700 et qu’il quitte le 1er janvier 1701. La ville, ses monuments et ses alentours y sont peints avec une grande précision, enrichis de digressions historiques qui témoignent de sa profonde culture. Il séjourne également longuement à Venise, du 25 janvier au 10 février, où il dépeint avec la même rigueur la cité des doges.
On peut noter cet intéressant passage sur la commedia dell’arte, qu’il écrit en rapport à l’étape qu’il fit à Bergame : « Le patois Bergamasque est si ridicule que tous les arlequins qui dans les comédies italiennes font les rôlles de valets, s’en servent ; cela me donne lieu de faire une petite remarque sur les Comédies, ce sont toujours les mêmes acteurs, et chacun y parle son langage particulier ; le Docteur se sert du Bolonois ; Le Pantalon affecte le venitien ; Le Scaramouche est napolitain ; Les Amants et Les maîtresses romains ; Arlequin Bergamasque, et le polichinelle genois ; en sorte qu’on ne peut bien entendre une comédie italienne si l’on ne possède tout à la fois ces différens langages ; Il est vray que tout est italien, mais il y a la même différence que celle qui se trouve entre la manière dont on parle parmi le beau monde de Paris, et celle dont on parle en Gascogne, ou dont le menu peuple de Normandie se sert pour s’exprimer » (pp. 806-807).
Son périple s’acheva le 21 mars 1701.
L’auteur a enrichi son récit de 44 très belles gravures dépliantes, issues de divers recueils de la fin du XVIIe siècle, dont 32 sont collées sur toile. Ces gravures concernent surtout Rome et ses alentours.
Sur la provenance et l’identité de l’auteur, on trouve cette note sur la première garde du premier volume : « Ce récit provient de la bibliothèque de Madame de Paillot, née Hélène de l’Horme veuve du colonel Anatole de Paillot, décédée au château de Ternan, près Pont-de-Vaux (Ain) le 10 mars 1926. Elle le tenait pour avoir été rédigé par un membre de la famille de Paillot. Il m’a été donné par elle en […]. Joseph Roserot de Melin. »
Joseph Roserot de Melin (1879-1968) était archiviste paléographe, membre de l’École française de Rome de 1919 à 1921.
Frottements aux reliures, fentes à deux charnières, coiffe de tête du premier volume abîmée avec manques, coins émoussés. Déchirures sans manques à plusieurs gravures, certaines présentant des mouillures. Salissures à plusieurs feuillets.
Provenance :
famille Paillot. - Joseph Roserot de Melin.
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