Asta Enchères - Maison de ventes aux enchères Corse-Paris
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[SIGNOVERT Jean - FAUTRIER Jean]
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[SIGNOVERT Jean - FAUTRIER Jean]
Estimation 200 € - 300 €
Lot volontaire
Description
[SIGNOVERT Jean - FAUTRIER Jean]
Manuscrit autographe de Jean Signovert.
Ensemble de deux feuillets manuscrits recto-verso (trois pages de texte conservées, format A4), rédigés à l'encre bleue sur papier, portant en tête la mention manuscrite « Sur Fautrier ».
Texte inédit consacré à Jean Fautrier, rédigé sous la forme d'un portrait personnel mêlant souvenir, admiration et réflexion sur la personnalité du peintre.
Dès les premières lignes, Signovert s'interroge sur la difficulté même d'écrire sur Fautrier :
« Écrire sur Jean Fautrier, et quoi dire, quoi ? qu'attendez-vous que l'on dise, que je vous dise ? »
Le manuscrit prend rapidement la forme d'une évocation profondément incarnée de l'artiste. Signovert raconte sa première rencontre avec Fautrier, dont la personnalité lui apparaît immédiatement hors du commun :
« J'ai pensez tout de suite à Don Quichotte, au docteur Faust, à je ne sais quel alchimiste ou quel grand conquérant. »
Le texte accumule les images et les comparaisons pour tenter de saisir un personnage que l'auteur juge inclassable. Fautrier devient tour à tour Don Quichotte, Faust, alchimiste, conquérant, avant d'être comparé à Gérard Philipe, à Louis Jouvet ou encore à un danseur de flamenco.
Signovert insiste sur la puissance intellectuelle de l'artiste, qu'il considère comme appartenant à « une autre race », à « un autre monde », vivant en avance sur son époque :
« Il était d'une autre race que la nôtre, d'un autre monde, d'un monde cent ans, mille ans en avance, plus grand, plus beau, plus vrai. »
Le texte atteint une dimension presque lyrique lorsque l'auteur évoque l'influence exercée par Fautrier sur ceux qui l'ont approché :
« Moi, j'ai eu de la chance de connaître Fautrier et je crois que j'ai attrapé la Fautriere. »
Cette mystérieuse « Fautriere » devient sous sa plume une sorte de fièvre spirituelle :
« Ça gratte, ça démange, ça vous bouffe et ça vous corrompt. Ça vous brûle, ça vous ronge. »
Plus loin, Signovert livre l'un des portraits les plus saisissants du peintre :
« Je n'ai retrouvé ce regard perçant que chez Picasso. »
Avant d'opposer les deux hommes :
« Mais si Picasso a l'œil mobile et attentif de la chouette, Fautrier c'était un regard d'aigle dur et royal. »
Le manuscrit s'achève sur une description particulièrement émouvante de la personnalité profonde de Fautrier, où derrière l'ironie, le sarcasme et la force de caractère apparaissent l'inquiétude, la timidité et une profonde bonté :
« le tellement bon, celui qui se cache. »
Important témoignage inédit sur Jean Fautrier vu par l'un de ses proches collaborateurs dans le domaine de l'estampe. Ce texte relève du portrait littéraire et du souvenir personnel. Il éclaire la personnalité de l'artiste à travers le regard d'un praticien qui l'a connu directement et qui livre ici un témoignage d'une rare intensité humaine. L'écriture très libre, proche de l'oralité, confère au document une authenticité particulière et en fait l'un des textes les plus personnels actuellement identifiés dans le fonds Signovert.
Retranscription :
"Écrire sur Jean Fautrier, et quoi dire, quoi ? qu'attendez-vous que l'on dise, que je vous dise ?
La première fois que je l'ai vu j'ai pensez tout de suite à Don Quichotte, au docteur Faust, à je ne sais quel alchimiste ou quel grand conquérant, oh conquérant de rien et pour rien, comme ça pour la gloire et pour le panache.
Puis le flot intarissable de ces mots est sorti de sa bouche c'était devenu un Don Quichotte en fontaine, dont l'eau s'écoulait en un petit torrent mais après tant d'eau boueuses ; quelle limpidité et quel étanchement de soif depuis longtemps contenue.
J'ai tout de suite aimé Fautrier et était pris par lui.
J'ai tout de suite senti qu'il suffisait de gratter un peu cette corne. d'aller plus loin que ces habits disposé dans la nonchalance et une élégance rare et le mot de Cézanne lui allait bien : « Peur qu'on lui mette le grappin dessus ».
Il était d'une autre race que la nôtre, d'un autre monde, d'un monde cent ans, mille ans en avance, plus grand, plus beau, plus vrai, il le savait et doucement, doucement par petits accoups il nous le faisait connaître et s'il sentait que vous le compreniez, cela d'ailleurs fut très rare ceux qui comprire[nt], pour les compter trop des doigts d'une main alors il vous rassurait. Cela n'était ni grave ni bizarre, c'était comme cela et il fallait l'accepter. Pas la peine d'en faire une maladie, d'ailleurs ce n'était nullement contagieux.
L'avait qui devait d'avoir et depuis deux mille ans très peu l'on eut, lui et … ceux là eu le temps, le temps seul dira, dira qu'ils avaient raison lui et eux, et qu'ils eurent beaucoup de chance et beaucoup de déboires d'être nés ainsi sans le vouloir et sans s'être choisis.
Moi, j'ai eu de la chance de connaître Fautrier et je crois que j'ai attrapé la Fautriere sa gratte, ça démange, sa vous bouffe et ça vous corrompt.
Sa vous brûle, ça vous ronge.
C'est pire que la peste mais que je plains ceux qui n'ont pu l'attraper pour apercevoir un être d'une bonté d'une sensibilité et d'un amour extrême, beau il l'était, comme un Jouvet, un Gérard Philippe, un danseur de Flamenco, toujours en transe.
Le jartet tendu prêt à bondir et l'œil aux aguets.
Je n'ai retrouvé ce regard perçant que chez Picasso.
Mais si Picasso a l'œil mobile et attentif de la chouette, Fautrier c'était un regard d'aigle dur et royal ne se posant que là où il voulait, capable d'une immobilité d'acier et prompt comme la lame la plus acérée et la plus experte.
L'homme c'était tout, tout un monde, tout le monde. Il avait en lui tous les siècles. Il aurait pu vivre à n'importe quelle époque, il avait partout sa place et s'il était là en ce moment c'est que s'était comme cela, uniquement comme cela.
Railleur, moqueur souriant d'un sourire sarcastique , voltairien et pour cela bon et cherchant partout en vous la faille où il allait s'agripper pour pouvoir vous aider, et s'aider lui même car c'était aussi et bien sur l'inquiet et le timide, le tellement bon, celui qui se cache."
Provenance : fonds d'atelier Jean SIGNOVERT.
À propos de la vente
Fonds d'atelier Jean SIGNOVERT (1919-1981) : ses estampes, ses tableaux, ses sculptures et ses amis
Lieu de vente
Date
22/10/2026 à 14h00
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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