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RARE TÊTE DE CROSSE ÉPISCOPALE AU SAINT MICHEL
En cuivre dor…
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RARE TÊTE DE CROSSE ÉPISCOPALE AU SAINT MICHEL
En cuivre dor…
Estimation 40 000 € - 60 000 €
Lot volontaire
Description
RARE TÊTE DE CROSSE ÉPISCOPALE AU SAINT MICHEL
En cuivre doré et émail champlevé, en trois parties : le crosseron, le noeud central et la douille en partie basse. Le crosseron représente la volute en enroulement d'un dragon stylisé dont les pics dorsaux sont visibles sur l'arrête extérieure et toutes les écailles sont traitées en émail champlevé bleu ; au centre de l'enroulement de la volute se trouve la représentation de Saint Michel Archange terrassant le démon sous la forme d'un dragon traités en cuivre ciselé et doré avec les yeux incrustés et des cabochons turquoise sur le dos du dragon. Le nœud central (possiblement rapporté) est fait de l'assemblage de deux hémisphères ajourés représentant un enchevêtrement de huit petits dragons à yeux incrustés en cabochons. La douille est traitée en émail champlevé avec un décor de rinceaux gothique sur fond d'un réémaillage postérieur bleu alternant trois montants accueillant autrefois des éléments d'appliques disparus .
France, Limoges, début du XIIIème siècle.
Hauteur totale : 31,5 cm - Largeur du crosseron : 14 cm - Diamètre douille : 3 cm
(Accidents, restaurations, manques et éléments rapportés)
Dans un écrin adapté.
Provenance :
– Collection de la comtesse Elizaveta Vladimirovna Shuvalova, née Baryatinskaya (1855-1936), au palais Shuvalov, Saint-Pétersbourg.
– Entrée en 1924 dans les collections du Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg [N° inv. Ф.2980]
– Sortie des collection du Musée de l'Ermitage en 1930, vendue lors des ventes des Soviets (vente non retrouvée)
– A la galerie Stora, Paris en avril 1937.
– Collection Julien Chappée (1862-1957), Le Mans.
– Collection Claude Vaudecrane (1915-2002), Le Mans.
– Collection particulière E.B., France (réputé acquis lors d'une vente aux enchères du 18 juin 1974, non retrouvée) puis par descendance jusqu'à ce jour.
Bibliographie :
– Marquet de Vasselot, Les crosses limousines du XIIIe siècle, Paris, Firmin-Didot et Cie, 1941. Répertoriée et décrite au n°155, p.287.
Notice :
Notre crosse appartient au corpus le plus important des crosses limousines, celui représentant le combat de saint Michel contre le dragon. Elle est répertoriée dans la publication de référence Les crosses limousines du XIIIe siècle (Paris, Firmin-Didot et Cie, 1941) de Marquet de Vasselot. Ce dernier en dénombrait quarante-six du genre, contre trente-neuf pour le second groupe en importance, celui de l’Annonciation.
Il faut sans doute voir dans ce déséquilibre l’attrait particulier exercé par la figure de saint Michel, symbole de la victoire sur le démon, auprès des prélats.
Ce groupe, d’une remarquable cohérence formelle, présente néanmoins de légères variantes d’un exemplaire à l’autre. Citons notamment : celle du Walter Art Museum [N° inv. 44.294] ; celle du Victoria & Albert Museum [N° inv. 703-1884] ; celle du Fitzwilliam Museum [N° inv. M.2-1924] ; celle du Metropolitan Museum [N° inv. 17.190.834a, b] ; celle du musée de Picardie [N° inv. M.P.992.4.13] et celle du Musée du Louvre [N° inv. OA 7286].
Si un nombre relativement important de ces crosses limousines en cuivre émaillé est parvenu jusqu’à nous, c’est sans doute parce qu’elles étaient considérées comme d’une valeur monétaire relativement faible et déposées auprès du défunt dans la tombe, contexte dans lequel elles ont souvent été mises au jour. À l’inverse, les crosses d’orfèvrerie, conservées dans les trésors, furent fréquemment fondues lors des périodes de crise.
Notre exemplaire semble bien, lui aussi, provenir d’un contexte archéologique et aura été restauré, il en présente toute les caractéristiques : la douille lacunaire a perdu l’intégralité de son émaillage originel, la volute présente une patine caractéristique des objets de fouille et souffre de lacunes et d’altérations de surface.
Si les documents familiaux mentionnaient une provenance Chappée, la consultation de la documentation des Objets d’art du Musée du Louvre nous a permis d’identifier la prestigieuse provenance originelle de notre rare crosse, alors conservée dans les collections du Musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg [n° inv. Ф.2980], elle est signalée comme perdue à la suite des ventes des Soviets, qui se prolongèrent jusqu’à la fin des années 1930.
Marquet de Vasselot ne fait pas état de cette provenance dans sa notice, ce qui s’explique sans doute par la sensibilité du contexte de cette acquisition ; il se borne à indiquer la collection Chappée et précise également que la douille était encore pourvue d’un reptile aujourd’hui disparu.
C’est à l’issue des ventes des Soviets que Julien Chappée (1862-1957) acquit notre crosse, probablement par l’intermédiaire de la galerie Stora si l'on en croit une photographie ancienne de notre crosse datée de 1937 conservée à la documentation du Musée du Louvre. Chappée fut l’un des plus importants collectionneurs français d’objets médiévaux à la charnière des XIXᵉ et XXᵉ siècles ; il possédait notamment un ensemble significatif de crosses, dont plusieurs sont aujourd’hui conservées dans des collections muséales : l’une, représentant également saint Michel, est au Museum of Fine Arts de Houston [N° inv. 70.38] ; trois autres sont au Musée du Louvre dont deux qui proviennent précisément de contextes archéologiques comparables à celui que suggère notre exemplaire : la crosse de Jean de Chanlais, découverte en 1856 dans son sarcophage [N° inv. OA 10407], et la crosse dite de Saint Pierre de Lisieux, mise au jour en 1865 [N° inv. OA 9593].
Notre crosse passa à la collection de Claude Vaudecrane (1915-2002) ainsi que plusieurs autres objets de la collection Chappée comme d'ailleurs la crosse de Jean de Chanlais du Louvre évoquée ci-dessus.
En définitive, notre crosse se distingue à un triple titre. D’une part, par sa rareté intrinsèque, en tant qu’exemplaire pleinement représentatif du plus vaste et du plus emblématique corpus des crosses limousines du XIIIᵉ siècle, celui de saint Michel terrassant le dragon, dont la cohérence formelle n’exclut ni la qualité d’exécution ni l’intérêt typologique. D’autre part, par une provenance exceptionnelle qui la rattache à un contexte archéologique ancien présumé, aux collections impériale russe du musée de l'Ermitage, aux grandes dispersions issues des ventes des Soviets, puis aux prestigieuses collections de Julien Chappée et Claude Vaudecrane. Et enfin au titre canonique que notre crosse constitue par son référencement dans les travaux de Marquet de Vasselot. Cette trajectoire singulière, croisant histoire de l’art et histoire du collectionnisme, confère à notre exemplaire une valeur historique et patrimoniale de tout premier ordre, bien au-delà de sa seule importance esthétique.
L’établissement de la provenance de cet objet d’art n’aurait pu être mené à bien sans le concours indispensable de l’administration du Musée de l’Ermitage et de Madame Christine Chabod, de la documentation des Objets d’Art du Musée du Louvre que nous remercions sincèrement.
Photos modifiées le 25/06/2026 à 11h38
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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