Lot phare sélectionné par la Maison de ventes.
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RARE PLAQUE DE RELIURE d'évangéliaire rectangulaire, en cuiv…
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RARE PLAQUE DE RELIURE d'évangéliaire rectangulaire, en cuiv…
Estimation 60 000 € - 80 000 €
Lot volontaire
Description
RARE PLAQUE DE RELIURE
d'évangéliaire rectangulaire, en cuivre doré et émail champlevé représentant une Crucifixion. Au centre, le Christ en croix entre la Sainte Vierge et saint Jean ; en partie supérieure au-dessus de la croix, deux anges, vus à mi-corps, les ailes déployées. Croix à fond vert bouteille ponctué de points rouges. Les personnages sont réservés en cuivre gravé et doré, les cinq têtes en relief appliquées. Fond bleu lapis profond, semé de rosaces polychromes.
France, Limoges, fin du XIIe siècle, début du XIIIème siècle.
Monté postérieurement et adapté en porte de tabernacle.
Hauteur : 23,3 cm - Largeur : 13 cm - Largeur totale : 16 cm
(Petits accidents, usures et manques visibles, trou d'entrée de serrure sur la robe de la Vierge)
Provenance :
– A la Galerie Seligmann, Paris en décembre 1924.
– Collection de la comtesse Antoine Sala, née Laura Kayser (1874-1961), Mrs Edwin Bayer de son premier mariage.
– Vente de la précédente le 19 mai 1933, Baudouin-Ader commissaires-priseurs, Galerie Charpentier Paris, lot n°29 (reproduit, planche XVI).
– Collection Léon Salavin (1886-1976)
– Vente du précédent le 22 novembre 1972, Ader-Picard-Tajan commissaires-priseurs, Drouot Paris, lot n°46 (reproduit)
– Collection Philippe Leclercq (1899-1980), par descendance jusqu'à ce jour.
Notice :
Destinée à orner la reliure précieuse d’un évangéliaire, cette plaque appartient à l’une des productions les plus caractéristiques des ateliers limousins autour de l'an 1200. À cette époque, Limoges s’impose comme l’un des grands foyers européens de l’émail champlevé sur cuivre doré, fournissant aux églises, abbayes et chapelles de tout l'Occident reliquaires, croix, crosses, pyxides et couvertures de livres liturgiques.
La scène représentée, la Crucifixion, répond à une iconographie parfaitement adaptée à la fonction première de l’objet : placée sur la couverture d’un livre des Évangiles, elle faisait de l’ouvrage non seulement le support de la Parole, mais aussi l’image même du sacrifice dont celle-ci porte le récit. Le Christ, réservé en cuivre gravé et doré, se détache sur un fond d’émail bleu lapis d'une rare intensité semé de rosaces polychromes, dont la fraîcheur et la variété font de cette plaque un exemple particulièrement remarquable du genre. La profondeur du bleu, l’éclat des réserves dorées, la ponctuation rouge, blanche, turquoise et verte des fleurettes composent une surface d’une rare vibration chromatique, où la Passion se donne moins comme une scène narrative que comme une apparition précieuse.
Ce type de composition se rencontre sur plusieurs plaques de reliure conservées dans les grandes collections publiques, notamment au Metropolitan Musem de New York [N° inv. 17.190.785] ; le Musée du Louvre [N° inv. OA 941] etc.
La transformation postérieure de notre plaque en porte de tabernacle, avec l’adjonction d’un montage et le percement d’une entrée de serrure dans la robe de la Vierge, témoigne d’un autre moment de son histoire. Détachée de son livre, l’image a continué d’exercer une fonction sacrée : non plus protéger l’Évangile, mais fermer le lieu de la Présence. Cette réutilisation, si elle a modifié l’objet, en a probablement aussi assuré la survie. C’est peut-être parce qu’elle cessa d’être une plaque de reliure qu’elle échappa au démembrement, à la fonte ou à l’oubli ; parce qu’elle fut adaptée à un nouvel usage liturgique, elle demeura visible, utile, vénérée.
La transformation postérieure de notre plaque en porte de tabernacle, avec l’adjonction d’un montage et le percement d’une entrée de serrure dans la robe de la Vierge, témoigne d’un autre moment de son histoire. Détachée de son livre, l’image a continué d’exercer une fonction sacrée : non plus protéger l’Évangile, mais fermer le lieu de la Présence. Cette réutilisation, si elle a modifié l’objet, en a probablement aussi assuré la survie. Mieux encore, le trou de serrure, loin de n’être qu’un accident d’usage, est devenu l’indice déterminant de son identification : cette singularité permit de reconnaître sans équivoque la plaque dans la documentation ancienne et de restituer une provenance inédite, depuis longtemps oubliée. L’altération même de l’objet est ainsi devenue la clef de sa mémoire retrouvée. Et l’on ne peut manquer de relever la résonance presque involontaire de cette transformation : la Vierge, dont la robe porte désormais l’entrée de serrure, devient matériellement la porte d’accès au Fils, prolongeant dans l’objet même l’image spirituelle de sa médiation.
Par son format, sa provenance retrouvée, son iconographie, son état ainsi que la richesse exceptionnelle de son fond émaillé, cette plaque s’inscrit parmi les œuvres les plus éloquentes de la grande tradition des couvertures d’évangéliaires limousines du début du XIIIe siècle : objets de lumière autant que de dévotion, conçus pour faire du livre saint une véritable châsse de la Parole.
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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