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Louis Ferdinand I ELLE (Paris 1612 – 1689)
Portrait d’Élisab…
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Louis Ferdinand I ELLE (Paris 1612 – 1689)
Portrait d’Élisab…
Estimation 20 000 € - 30 000 €
Lot volontaire
Description
Louis Ferdinand I ELLE (Paris 1612 – 1689)
Portrait d’Élisabeth-Marguerite d’Orléans, mademoiselle d’Alençon, duchesse de Guise (Paris 1646 -1696 Versailles)
Toile
55 x 46 cm
Provenance :
Vente anonyme, Versailles, (Me Blache), 17 juin 1981, n°6 ;
Vente anonyme, Paris, Hôtel Drouot, (Mes Ader, Nordmann), 16 décembre 2016, n°A24, reproduit (attribué à Charles Beaubrun).
Louis Ferdinand I ELLE
Surnommés « Ferdinand » ou « Elle Ferdinand », les Elle sont une famille de peintres d’origine flamande actifs entre 1601 et 1717. Le premier de la lignée, Ferdinand Elle (vers 1580-1637), probablement originaire de Malines, vint en France au tout début du XVIIe siècle. Protestant, il œuvra d’abord à Fontainebleau, avant de s’installer dans le quartier parisien de Saint-Germain-des-Prés dont la maîtrise, profitant des franchises concédées par l’abbaye, accueillait volontiers les peintres étrangers à l’inverse de la corporation parisienne. Son nom manquant d’originalité, il se fit connaître sous son prénom de Ferdinand, repris ensuite par ses descendants pour mieux marquer la continuité de l’atelier : ses deux fils, Louis Elle l’Aîné ou le Père et le graveur Pierre Elle (1617-1665), puis le fils de Louis, Louis Elle le Jeune (1649- 1717).
Portraitiste renommé, maître à la corporation de Saint-Germain, Louis Elle l’Aîné œuvrait pour les grandes familles parisiennes, les courtisans les plus éminents et les membres de la famille royale, parmi lesquels la Grande Mademoiselle, la reine Marie-Thérèse d’Autriche, Philippe, frère de Louis XIV, et le souverain lui-même.
Dès février 1648, l’artiste appartenait à l’Académie de peinture et de sculpture, qui l’élit professeur en 1659. Le durcissement de la politique royale à l’égard des protestants mena cependant à son exclusion le 10 mars 1681, lui faisant perdre une partie de sa clientèle et les commandes officielles. Elle Ferdinand abjura deux mois et demi après la révocation de l’édit de Nantes le 18 octobre 1685, ce qui permit sa réintégration immédiate à l’Académie et un retour en grâce, dont témoigne le Portrait de la marquise de Maintenon accompagnée de sa nièce commandé en 1688 pour la Maison royale de Saint-Cyr (Versailles, inv. MV 2196).
Mademoiselle d’Alençon
D’une beauté rayonnante et pleine qui faisait chavirer les cœurs au milieu du XVIIe siècle, souriante et somptueusement parée, le modèle de notre portrait fascine, tout en conservant une part de mystère. Rien ne permet de percer son anonymat, mais ses riches atours indiquent une personne de qualité, issue sans doute de l’un des meilleurs lignages du royaume. Elle est en effet vêtue avec toute
l’élégance des premières années du règne de Louis XIV d’une robe de soie brodée de fil d’or et d’argent aux manches bouffantes cerclées de parures de rubis, saphirs et perles. Un grand pendant de diamants et de grosses perles orne le devant du corsage, tandis qu’une cape de drap d’or brodée d’argent et doublée de soie cramoisi
recouvre l’épaule droite, donnant davantage d’éclat à cet étalage de richesses digne d’une princesse.
Tout ce luxe ostentatoire n’occupe pourtant que le quart inférieur du portrait et ne dépasse guère la guimpe en fine mousseline couleur brun tanné qui souligne plutôt que recouvre le décolleté. Au-delà, la clarté merveilleuse des carnations « de lys et de roses » rivalise sans peine avec la blancheur des perles qui parent le cou de la jeune femme, ses oreilles et ses cheveux. La lumière froide venant d’en haut à gauche rutile sur les chairs, s’étiole dans les perles, effleure les lèvres carmines, flamboie dans les yeux du modèle bordés d’épais cils soyeux et glisse dans les cheveux qui s’échappent en mèches ondulantes de la coiffure sophistiquée.
Cette lumière vibrante et latérale qui relève les textures, pénètre dans l’épaisseur de l’iris et crée des ombres chaudes et transparentes, mais aussi cette touche fondue et vandyckienne sont caractéristiques de l’un des portraitistes les plus recherchés de
l’époque et distinguent sa manière de l’art des frères Beaubrun qui affectionnaient la description minutieuse et les chairs de porcelaine. Il s’agit de Louis Elle dit Ferdinand, et la confrontation avec ses œuvres contemporaines signées au revers de la toile ne laisse guère de doute quant à la parenté de notre portrait et à son autographie.
Notre tableau que l’on a voulu parfois reconnaître comme celui présumé de Madame de Sévigné, se révèle en fait être un portrait royal, celui d’Elizabeth d’Orléans, mademoiselle d’Alençon, duchesse de Guise (Paris 1646-1696 Versailles).
L’identité du modèle nous est communiquée par Jean-Claude Boyer et dévoilée par le triple portrait dans des encadrements chantournés et représentant trois des quatre filles de Gaston d’Orléans (fig. 1.), Marguerite Louise d’Orléans, MarieMadeleine d’Orléans et Elisabeth d’Orléans (vente Tajan, 18 déc 2018, lot 30, comme dans Le Goût de Pierre Mignard).
Comme le révèlent les inscriptions au verso, le modèle de droite est bien celui d’Elisabeth d’Orléans, mademoiselle d’Alençon, duchesse de Guise (fig.2.). La comparaison avec notre peinture vient donc confirmer l’identité du modèle. Malgré que nous ne l’ayons vu en vrai, tout indique que ce triple portrait ait été peint d’après un original de Louis Ferdinand l’Aîné (Collection Mademoiselle de Montpensier au début du XVIIe siècle). Au revers de la toile, différentes inscriptions donnant le nom des modèles et monogrammes couronnés au LPO (liés), pour Louis-Philippe d’Orléans, C. M (Château de Madrid), décrits ainsi dans le catalogue de la vente :
Provenance :
- Commande et collection du roi Louis-Philippe pour le château d’Eu ; Château de Madrid, d’après un monogramme au revers
Les modèles sont trois des quatre filles de Gaston d’Orléans, qui portait le titre de duc d’Orléans comme Louis-Philippe.
Avec son fond neutre et sombre qui rapproche le modèle du spectateur, notre toile est parmi les plus intimistes de l’artiste, sans rien perdre de sa solennité. Le cadrage serré met plus que jamais l’accent sur le regard pénétrant et plein d’esprit du modèle, d’ailleurs probablement peint In situ. Nous y voyons l’une des plus belles réalisations de Louis Ferdinand l’Aisné, si ce n’est son plus beau morceau d’un corpus en plein développement.
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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