une vieille lettre manuscrite d'un homme qui écrit sur un morceau de papierPhoto 2/2 du lot
Ader

214 - Jacques-Louis DAVID (1748-1825).

Estimation 2 500 € - 3 000 €
Description
Jacques-Louis DAVID (1748-1825). L.A., [Bruxelles 1822 ?], à Alexandre Abel de Pujol à Paris ; 3 pages in-8, adresse. Très belle lettre de conseils à son ancien élève. David assure son « cher Monsieur Abel » de son amitié, depuis sa « tendre jeunesse », et donne son avis sur son œuvre : « Votre style est grand, vos lignes sont belles, et vos compositions sont ingénieuses »… Il s’attache particulièrement au tableau de Saint Roch guérissant les pestiférés [fresque pour l’église de Saint-Sulpice] : « En général pour ces sortes d’ouvrages soit à l’huile et principalement pour la fresque il faut des attitudes simples et nettes, que les mouvemens se voyent de loin et qu’on ne doute pas sur leur position, et pour y arriver imités le procédé des grands maîtres de l’art. Andrea del Sarto, avec lequel vous avez du rapport, Fra Bartolomeo, &c &c vous en donnent des exemples dans leurs ouvrages, ils vous diront de ne pas trop multiplier les epysodes, de ne pas boucher les trous qui se trouvent naturellement dans les compositions par des figures qui quoiqu’intéressantes nuisent à l’effet général, et même que plus ils sont interressans ils en doivent être exclus parce qu’ils détournent l’attention de l’objet principal, ils vous diront une grande vérité, c’est que dans les arts ou dans la littérature, il est plus difficile d’ôter que de mettre, et j’ajoute moi, que ce qui peut paroitre stérile à nos yeux français est le point juste qui fait le chef-d’œuvre, nous avons la fureur de trop mettre, nous voulons trop dire, et c’est ce qui fait que l’amateur a moins de plaisir à contempler notre ouvrage parce que nous ne lui laissons rien à deviner pour son amour propre ». Et il fait cette recommandation : « c’est que quand vous aurez fait des figures qui visent au grandiose, vous ne l’atténuiez par des membres rétrécis, ployés vous les allongiés suivant le caractère que vous donnez à votre figure. Par exemple, cette femme qui monte les dégrés et qui va se présenter devant St Roch pour qu’il lui soit favorable, j’aurois voulu un beau développement de ses membres tous les deux bras sont trop rapprochés d’elle, je les aurois voulu plus en avant au moins un des deux ». Il critique aussi « le jeune homme qui secourt cette femme sur la droite du tableau », dont il aurait fallu « étaler le bras droit », quitte à ne pas montrer son genou : « laissons à penser aux amateurs ils s’y connoissent quoi qu’on dise ils sont moins difficiles que nous qui hérissons notre art de trop de difficultés ». C’est parce qu’il connait la modestie d’Abel qu’il lui parle ainsi : « avec votre talent justement acquis votre modestie vous irés loin et je m’applaudirai d’avoir pénétré vos dispositions à travers la mauvaise route qu’on vous avoit laissé prendre ». David est également reconnaissant envers « le ministre qui vous emploie il a pris un systême excellent c’est celui de faire travailler les jeunes artistes de notre pays, je dois le chérir puisqu’il est venu à mon secours, l’école se perdoit »…
À propos de la vente Lettres et manuscrits autographes - Partie II
Lieu de vente
Date 14/10/2026 à 14h00
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