Description
Jean-Dominique INGRES (1780-1867). L.A.S., Florence 15 juin 1821, à Jean-François Gilibert fils, avocat à Montauban ; 3 pages in-4 et 2 pages in-8, adresse avec marques postales (petite déchirure par bris de cachet).
Longue lettre de Florence à son ami d’enfance Jean-François Gilibert (1783-1850), au sujet de son tableau du Vœu de Louis XIII.
Il promet d’écrire au moins une fois par mois, « du griffonnage parce que c’est ma manière d’écrire à un ami, avec lequel on doit avoir toute liberté ou mieux, qui vous pardonne toute gêne, qui souffre par amitié toute mauvaise orthographe, obscurité, galimatias même, mais qui sait mieux qu’un autre y démêler ce qu’il veut dire, et exprimer, et ses véritables sentimens ». Gilibert sait qu’il est le « bien cher ami, le seul vrayment que je puisse nommer de ce nom si commun, mais si rare »…
Puis il en vient à la commande (pour la cathédrale de Montauban) de son tableau du Vœu de Louis XIII : « mes réflexions sur l’économie de la composition, des conseils, et une plus mure connaissance du Vœu de Louis XIII m’ont définitivement décidé à l’adopter. Toi, tu sais ce que c’est que l’imagination d’un véritable artiste, qui doit vingt fois sur le métier remettre ses pensées et qui par qonséquent défait aujourd’hui ce qu’il a fait demain »… Après ses hésitations, Ingres prie Gilibert de prévenir le préfet que la chose est « parfaitement arrêtée […] si vous aviez même à Montauban, dans des bibliothèques, ou estampes, ou même bonnes peinture, medaglies, le portrait de ce Roi que l’on pût m’en envoyer en calques ombrées, cela me serait d’un grand secours, même son seul costume royal avec sceptre et couronne, fusse même ceux de son Glorieux Père. […] Tous ces matériaux se trouvent surement à la bibliothèque Royale. Une empreinte du roi en profil sur quelque belle grande médaglie du temps, et sa stature en grand costume dessinés ou calqués avec soin, avec les détails séparés des fleurs de lys couronne et sceptre, me suffiront ». On doit pouvoir trouver à Paris un artiste qui fasse cela avec soin ; « j’en suis très pressé ». Il écrira au ministre « dans le moment nécessaire […] faisons le tableau, et il sera fait et exposé au Salon je t’en réponds, surtout si je suis bien servi en ce que je demande ; sa proportion est belle et adaptée au sujet ».
Il évoque ensuite un article du Moniteur, et son Jésus donnant les clefs à Saint Pierre, « le beau tableau de St Pierre j’ose le dire, en toute conviction, que j’ai peint à Rome pour l’église française de la Trinité du mont, et dont je te fairai l’histoire toujours inconcevable sur le malheur que j’ai de faire de la peinture classique et de la bonne religion ». Puis son tableau de Francesca da Rimini, dont il n’a de nouvelle que par les Vernet « qui le trouvèrent enchanteur et digne d’une belle estampe » ; il en envoie un petit dessin à Gilibert, ainsi que « l’esquisse peinte du St Pierre », en précisant que « ce n’est que la première pensée. Tu sais bien mon cher ami que je ne suis ni un faiseur d’esquisses ni de dessin pour fignoler comme on dit ne reconnaissant dans les œuvres que les beaux résultats et donc lorsque je fais des études ou sur papier ou sur toile c’est qu’ils me servent essentiellement et pas pour être étalé dans des cabinets. […] si la nécessité et le temps me l’avaient permis je t’aurais peint un tableau que tu auras bien sûr que tu auras ».
Il termine par quelques jugements sur des peintres : Gros, qui « a plus de bonne foi que les autres quoique plus rude » ; Landon, « un brigand » et un menteur ; Miel qui « n’est point artiste, et me rend beaucoup de justice et d’une grande générosité, il touche des points très forts sur moi et sur la route malheureuse que prend la peinture »…
À propos de la vente
Lettres et manuscrits autographes - Partie II
Lieu de vente
Date
14/10/2026 à 14h00
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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