Description
Eugène YSAŸE (1858-1931). L.A.S., Bruxelles 4 janvier 1910, au violoniste Jacques Thibaud ; 8 pages in-8.
Magnifique et amusante lettre du grand violoniste à son disciple, sur l’art de jouer le violon.
Il évoque avec humour la situation des sociétés de concert à Bruxelles, regrettant que Thibaud se soit aventuré « dans une maison à courants d’air !... Cette retraite pour concerts borgnes a d’ailleurs disparu ; elle fut emportée à sa naissance par un déficit-infectueux, une diarrhée du capital accompagnée de Perronnithe aiguë ; l’infortuné praticien qui soignait cette loque symphonique évite à l’heure actuelle les “Vents-damnés” dans les prisons de l’état ; le troisième associé, contaminé lui aussi, s’est pendu tout récemment avec votre chanterelle. De plus les propriétaires de Patria ont noyé leur salle des plus puissants désinfectants et, grâce au ciel, nous pûmes échapper à la contagion ; aucun écho ne reste de cette musique épidémique, et notre Beethoven, convalescent mais meurtri, pourra guérir entièrement de ce faux-pas qui faillit lui coûter la santé et la haute considération dont il jouissait avant son… erreur ! Mon affection pour vous, mon bien cher Jacques, est inaltérable […] Pour l’an qui vient de s’ouvrir je souhaite au quatuor aimé la meilleure santé tout d’abord, le reste est dans vos doigts, dans le travail aussi et dans la satisfaction de se sentir en progrès ; plus je vais et plus je sens combien l’art de jouer du violon est difficile, combien il faut de réflexion, de volonté, de ténacité pour que les mains et la tête vivent en parfaite communion, en équilibre stable : la tête, l’esprit, bien sûr doivent dominer la matière ; la tête doit conduire, mais les dix-guerriers doivent être prêts aux assauts, à l’héroïsme, à l’action vive, spontanée ; les doigts commandent, décident l’audace, et c’est merveille lorsque les deux pouvoirs agissent de concert ; – l’esprit est la terre, les doigts sont les fleurs, et je me souviens toujours de la bonne senteur de votre bouquet. Lorsque je joue j’analyse trop et le plaisir se change en âcreté ; lorsque j’écoute, vous, Cazals, Kreisler, il me semble que mes oreilles n’ont que du cœur ; je jouis d’un bonheur sans dureté, sans mélange, – combien j’aime alors le violon ! Comme je comprends qu’il ait le pouvoir d’agir sur l’âme, de broyer les foules !... » Il ne sait quand ils se reverornt ; Thibaud est à Bruxelles quand Ysaÿe est en tournée en Italie et Suisse. « Nous nous reverrons à Paris où je serai heureux d’être à votre disposition pour n’importe quoi qui puisse vous être utile. Si alors nous pouvons réunir les partners du quintette intime qui m’a démoli les mains et le cœur chez vous au mois de mai dernier, ce sera autant de pris sur notre paradis à venir. Si vous voyez Casals, dites-lui combien je l’aime et comme homme et comme artiste, amitiés aussi à Cortot, pour vous mon cher filleul […] mes plus affectueux baisers ».
À propos de la vente
Lettres et manuscrits autographes - Partie II
Lieu de vente
Date
14/10/2026 à 14h00
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