Ader
335
-
Jean COCTEAU. Manuscrit autographe signé, L’Anniversaire des…
335
-
Jean COCTEAU. Manuscrit autographe signé, L’Anniversaire des…
Estimation 1 000 € - 1 500 €
Lot volontaire
Description
Jean COCTEAU. Manuscrit autographe signé, L’Anniversaire des Mamelles de Tirésias, [juin 1957] ; 8 pages in-4.
Hommage à Guillaume Apollinaire, célébrant le 40e anniversaire de l’œuvre de sa pièce Les Mamelles de Tirésias, publié dans le journal Les Lettres françaises (27 juin 1957). Cocteau évoque la création inoubliable de la pièce (24 juin 1917 au Conservatoire Renée Maubel) et célèbre la liberté et la modernité intacte de cette farce espiègle et surréaliste, soulignant l’ambiance explosive de cette mémorable représentation et sa révolte contre le cubisme ambiant.
« Un tableau de musée ou d’exposition est toujours une sorte de pendu. […] La matinée des Mamelles nous demeure inoubliable […]. Comment oublierai-je ce décor de Vlaminck, d’une simplicité grandiose, avec sa dame nue dans un aquarium au milieu des papiers d’emballage, ses petites veuves, et, pendant des cintres, les jambes des aviateurs sur le vide ? Tel était le dogme qui régissait notre groupe de Montparnasse, que ce spectacle de Mamelles opposait un désordre frivole, une grave désobéissance aux règles d’Aristote de cubisme »… Serge Férat, avec le soutien d’Apollinaire, avait passé outre la bouteille d’anis, la pipe, la guitare, le journal, figures si chères aux cubistes. « Dans une exquise préfiguration des managers de Parade, il avait harnaché les acteurs de charmes analogues à ceux du kioske à journaux, des colonnes d’affiches et du marchand de ballons rouges. J’étais, il m’en souvient, dans l’avant-scène de gauche et Guillaume […] m’avait demandé un poème pour le programme. […] nous passâmes à la casserole Apollinaire et moi, et après le spectacle, fumes malmenés par des juges qui ne souriaient pas le moins du monde. Apollinaire était donc coupable d’en avoir pris à son aise avec une discipline dont Juan Gris punissait sa jeunesse de caricaturiste et j’étais accusé d’avoir amené le mot rue dans un poème, par le peintre qui déclarait “J’ai introduit le syphon dans la peinture”. Nous aimions Gris, nous respections cette sévérité olivâtre qu’il opposait à la fougue multicolore des fauves, mais nous le savions fort naïf, […] il poussait à l’extrême économie les objets d’une table que Picasso allait balayer de son cyclone. Les Mamelles de Tirésias furent, avant Le Bœuf sur le toit et Les Mariés de la tour Eiffel, le premier spectacle volontairement anarchiste, j’allais dire le premier acte de libération d’un poète qui ne pouvait plus supporter la sécheresse excluant la surprise : le lapin mécanique jouant du tambour dont il avait fait […] le symbole de l’anticonformisme. Peu avant sa mort, Apollinaire me parlait avec amertume de cette carcasse déshabillée de chair. Son érotisme de moine gourmand se désolait d’une route ingrate prise par les peintres. Ses Mamelles de Tirésias sont […] une révolte contre un culte – révolte inévitable chez les jeunes dont l’injustice condamne tout ce qu’elle rêve de remplacer ».
À propos de la vente
Lettres et manuscrits autographes - Partie II
Lieu de vente
Date
14/10/2026 à 14h00
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
Vous aimerez aussi