une lettre manuscrite adressée de personne à personne
Ader

404 - Jean-Paul SARTRE (1905-1980). L.

Estimation 1 000 € - 1 500 €
Description
Jean-Paul SARTRE (1905-1980). L.A.S., [Pise 19543 ?], à sa maîtresse Évelyne Rey ; 4 pages in-4. Lettre d’amour passionné à la jeune comédienne Évelyne Rey, devenue sa maîtresse. La jeune et belle comédienne Éveline Lanzmann, dite Évelyne Rey (1930-1966), jouera dans les reprises de Huis clos en 1953 et 1956, et créera le rôle de Johanna des Sequestrés d’Altona en 1959. Elle était la sœur de Claude Lanzmann, lui-même amant de Simone de Beauvoir. Sartre est alors en voyage en Italie en compagnie de Simone de Beauvoir. « Mon cher amour. J’ai bien sommeil et tu n’auras pas une bien longue lettre, mais je l’écris pour que tu ne voies pas, des fenêtres, le facteur repartir sans une lettre pour toi. Et puis c’est naturel que j’écrive à la fin d’une journée où je n’ai pas cessé de penser à toi et d’avoir envie de toi. […] Dans le fond, j’écris par mirage, parce que, en montant l’escalier, je croyais que j’allais te prendre dans mes bras. Mais toute la journée, tu étais là, avec moi, dans cette auto qui cahotait sur des collines en montagnes russes. Je vis dans l’impatience. […] Je suis amoureux de toi. Très fort. […] dès que je sens que tu m’aimes, je n’ai plus aucun scrupule à m’avouer que je t’adore. Je sens bien que je suis plus ombrageux avec toi qu’avec n’importe qui : ça veut dire d’abord que je t’aime ; que tu es la seule que j’aie envie. Et puis c’est ta jeunesse et ta sacrée beauté : comme ce sont des biens que je ne devrais plus avoir, comme je n’ai plus l’âge d’avoir l’amour d’une fille très belle et très jeune, je suis plus exigeant : si cet amour n’est pas de la passion, s’il ne va pas à l’extrême, je me sens misérable, profiteur et je m’accuse de me contenter de peu (touchant tes sentiments) pour pouvoir profiter de toute cette beauté et cette jeunesse qui normalement ne devrait pas être pour moi. Si tu veux, tes dons physiques me font un devoir de n’accepter que l’amour le plus fort, sinon je me tiens pour un vieillard infâme. Si tu ne m’aimes pas plus que tout au monde et spontanément, je profite de toi lâchement ou alors je me résigne (tout aussi lâchement) pour ne plus te perdre, de toute façon je suis à exécuter comme un chien et sur l’heure. Et quand je sens ça, je me cuirasse de honte et fureur. Toi qui es aussi orgueilleuse que moi, tu peux surement le comprendre : tu es trop belle, trop jeune, trop intelligente et trop désirable pour que je puisse rien te passer. […] On est orgueilleux comme des poux tous les deux mais j’ai l’impression qu’on a dépassé ensemble l’orgueil. Et qu’on sera tout simples à présent. […] A présent, je n’ai plus envie de rien que de tes bras, d’être près de toi, de t’embrasser et de te parler. Quand tu m’aimes, je ne me sens plus ni vieux ni jeune, je ne me sens plus du tout, je ne sens plus que toi ; tu dis que ton amour est une chaleur sèche et tu dois avoir raison mais je le sens comme de la tendresse. […] Je sens une douceur forte entre nous. Mon chéri, nous allons être heureux ». Puis il évoque son voyage en Toscane : « J’étais sur des collines, entre des vignes et des oliviers. La terre était un drôle d’argile sec et blanchâtre, par grosses mottes, les oliviers c’étaient des fumées, il y avait des cyprès tout noirs sur les échines des montagnes, isolés, en massifs, en procession, ça faisait des paysages gris, très doux. Si tu prends le gris comme une espèce de couleur noire d’où sortent tous les verts, tous les bleus, tous les argents. La voiture piquait du nez, ou relevait le nez selon la pente, on traversait des petits bourgs paysans, tous pareils, avec une vue sur des vallonnements gris qui viraient au bleu, des rues sombres en pente raide et une seule place, toujours la même, un bout de terrain en pente, entre trois ou quatre palais austères, des quadrilatères de pierre presque sans fenêtres, la lumière a fini par noyer tout cela dans une vapeur égalisatrice qui ne laissait plus que les volumes puis la nuit est venue. Et je t’ai promenée dans tout ça, tout le temps, du midi à la nuit. Tu étais mes yeux qui voyaient, tu étais mon cœur. Les collines et les palais, c’étaient des apparences, des mirages, la seule réalité c’était toi, c’était notre vie future. Je t’aime, je suis heureux de t’aimer si fort ». Il est à Pise, et va rentrer dans sept jours à Paris : « L’absence est finie pour moi. Tu sais, quand on quitte les gens, et les villes, et qu’un moment on est encore là et où on les a déjà quittés ; à présent pour moi c’est le contraire, je ne suis pas encore avec toi et je t’ai déjà rejointe. Je te prends dans mes bras, j’embrasse ta bouche, je la mords, je te serre fort, je regarde tes grands yeux, je te parle, à demain, mon amour ! »
À propos de la vente Lettres et manuscrits autographes - Partie II
Lieu de vente
Date 14/10/2026 à 14h00
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