une photo en noir et blanc d'un livre ouvert sur lequel figurent des inscriptions
Ader

534 - Gustave SILBERMANN (1801-1876) imprimeur alsacien.

Estimation 1 000 € - 1 500 €
Description
Gustave SILBERMANN (1801-1876) imprimeur alsacien. Manuscrit autographe, Notes journalières sur les événements de 1870 à Strasbourg ; 58 pages in-4 en 2 cahiers. Très intéressant témoignage sur le siège de Strasbourg, au jour le jour. L’imprimeur strasbourgeois Gustave Silbermann fut le témoin direct des événements du siège, qu’il relate dans ce manuscrit, écrit avec soin, avec des notes marginales ajoutées, et quelques coupures de presse (Courrier du Bas-Rhin) insérées. Silbermann relate quotidiennement avec un luxe de détails les bombardements, les destructions, les incendies, les combats, les morts et les blessés, les difficultés du courrier et d’alimentation, etc. De nombreux chefs militaires sont cités, ainsi que de nombreux lieux de Strasbourg et des villages voisins. Le récit commence le 5 août, et il s’achève le 5 octobre. Nous ne pouvons en citer que quelques extraits caractéristiques. Au début d’août, ce sont les combats malheureux dans les environs. « Le 11 la ville est entièrement bloquée. […] Le 13 l’ennemi a lancé quelques obus sur la ville. Ils sont tombés dans le faubourg de Saverne, et ont atteint un bourgeois, sa femme et son enfant qui tous trois ont été blessés ; ils ont aussi brisé un poteau de lanterne. On renvoie de la ville un grand nombre d’étrangers »… Les bombardements s’intensifient : « La nuit du 23 au 24 [août] a été terrible. Vers 9 h. du soir le bombardement a commencé et a duré jusqu’au matin avec une violence extrême. Un très grand nombre de maisons a souffert. Plusieurs incendies ont commencé, mais on a pu s’en rendre maître. Les tours de l’église Saint-Thomas ont été atteintes trois fois par des obus. Sa tour carrée a même pris feu, mais quelques citoyens sont parvenus à l’éteindre. […] La nuit du 24 au 25 est plus terrible encore ; aux obus qui pleuvent par milliers viennent se joindre les bombes incendiaires. Quantité de maisons et d’établissements sont brûlées, entre autres l’Aubette avec le Musée de peinture, l’église du Temple-Neuf, les Bibliothèques de la Ville et du Séminaire protestant, une partie du Gymnase protestant, le Palais de justice avec toutes ses archives, le cercle du Broglie etc. etc. C’est une désolation générale ; ce sont des pertes irréparables, surtout les Bibliothèques qui contenaient des manuscrits précieux, uniques, des ouvrages de grande valeur, tous les dossiers judiciaires, quelques belles toiles au Musée de peinture, plusieurs statues sont perdues, etc. On ne peut comprendre de pareils actes de vandalisme. Les canons de la place tonnent toute la nuit pour tâcher de détruire les formidables batteries que l’ennemi a pu élever ; mais on n’y parvient pas »… Organisation d’une « société de surveillance contre l’incendie », dont Silbermann explique le fonctionnement ; il ajoute : « Indépendamment de cette institution, chaque maison avait encore un certain nombre de veilleurs. Le Courrier du Bas-Rhin du 26 et du 27 n’a pu paraître, les ouvriers compositeurs de ce journal n’étant pas venus aux ateliers. Mais j’avais toujours au moins une vingtaine d’autres ouvriers qui se relevaient afin de ne jamais laisser la maison seule. Ces braves gens étaient pleins de dévouement. » Etc. Le 15 septembre, évacuation de vieillards, femmes et enfants, grâce à « la généreuse intervention de la Suisse […] À 10 h. la Porte de la ville fut ouverte et la colonne se mit en marche. C’était un moment émouvant : que de larmes ont été répandues ! le convoi se composait de 800 personnes »… La femme de Silbermann peut quitter la ville le 16 ; le 17 au matin, « est parti le second convoi de personnes qui vont se réfugier en Suisse. Parmi les vieillards il y en avait bien quelques-uns de postiches. Je me suis rendu au départ de chacun de ces convois »… Le 18 : « Une grande émotion existe en ville ; des réunions nombreuses ont lieu dans lesquelles on discute la possibilité de maintenir encore la place, des brêches commençant à être faites à nos remparts ; on sait qu’un grand nombre de nos canons sont démontés, une plus longue résistance paraît impossible. D’un autre côté des rumeurs de prochains désordres circulent. Au moment de la fermeture de la ville des milliers de gens de toute espèce sont entrés en ville. On estime que la population s’est accrue d’au moins 20,000 personnes parmi lesquelles il y a beaucoup de vagabonds » ; des nouvelles désastreuses arrivent de Paris… La ville capitule enfin le 28 septembre, les Prussiens l’investissent. Le 1er octobre, Silbermann visite la cathédrale : « beaucoup des anciens vitraux, si précieux, on souffert, cependant un certain nombre de ces vitraux ont été démontés à temps et mis en lieu sûr. […] le grand orgue des Silbermann est très endommagé ; les principaux tuyaux sont troués et courbés, tout le haut est fracassé » », etc. Silbermann raille le « régime de douceur » promis par l’occupant ; il fait le bilan des bombardements, évaluant à 200.0000 le nombre de projectiles tombés sur Strasbourg. Il termine ainsi sa relation, le 2 octobre : « Deux énormes drapeaux ont été hissés dans la journée sur les tourelles de la Cathédrale, l’un aux couleurs de l’Allemagne, noir, rouge et blanc ; l’autre aux couleurs prussiennes, noir et blanc. Aujourd’hui dimanche la ville fourmille de monde, c’est à peine si l’on peut circuler dans certaines rues ; ce sont d’abord des milliers de soldats de toute arme ; puis des campagnards alsaciens à l’infini et enfin des Badois en masse qui viennent admirer les hauts faits de leurs compatriotes, c’est-à-dire nos ruines. Quant aux Strasbourgeois ils sont mornes et abattus, mais plus Français que jamais. Que Dieu nous protège ! »
À propos de la vente Lettres et manuscrits autographes - Partie II
Lieu de vente
Date 14/10/2026 à 14h00
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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