ALDE
108
-
RACINE (Jean). Manuscrit autographe signé en latin. Nobiliss…
108
-
RACINE (Jean). Manuscrit autographe signé en latin. Nobiliss…
Estimation 40 000 € - 50 000 €
Lot volontaire
Description
RACINE (Jean). Manuscrit autographe signé en latin. Nobilissimo illustrissimoque Domino D. Arnaldo d’Andilly. Elegia soterica [Au très noble et très illustre seigneur Monsieur Arnauld d’Andilly. Sur sa convalescence. Élégie], s.d. [vers 1655-1657]. 2 pp. in-4 sur un bifeuillet de papier filigrané aux trois annelets, avec une note manuscrite ancienne jointe concernant le présent autographe (1 f. in-12), le tout monté dans un volume in-4, maroquin marron, filets à froid avec points dorés aux angles, titre doré sur le premier plat, dos lisse titré, doublures et gardes de daim gris-brun, étui bordé (Loutrel). Très précieuse œuvre en vers de Jean Racine composée à Port-Royal.
Manuscrit autographe d'une rareté légendaire. La quasi-totalité des papiers du tragédien sont actuellement conservés à la BnF, comme suite aux dons successifs faits par sa famille, depuis son fils Louis Racine en 1756 jusqu'à ses descendants Jacobé de Naurois : il s'agit essentiellement de l’Abrégé de l’histoire de Port-Royal, de manuscrits de jeunesse (correspondances, essais historiques, traductions et copies d'auteurs classiques), et de livres imprimés annotés. Aucun des manuscrits de ses pièces de théâtre ne nous est parvenu.
Un de ses tout premiers essais littéraires, écrits vers ses seize ans : c'est au cours des années 1655 à 1657 que, talentueux élève des Petites écoles de Port-Royal, Jean Racine s'essaya pour la première fois à l'écriture, en latin (comme ici) et en français (comme dans ses odes sur Port-Royal et dans ses billets à Antoine Vitart). La graphie du présent manuscrit de Racine est identique à celle des extraits de Tacite copiés de sa main en 1656 (BnF, ms. fr. 12888).
Avant la découverte de cette élégie, sept poésies latines de Racine étaient connues, d'après copies. L'intérêt de ces pièces a été souligné par Paul Mesnard, le premier éditeur scientifique des œuvres de Racine, en 1865 : « elles montrent combien Racine était déjà familiarisé avec les anciens poètes latins, et donnent une idée de la direction des études à Port-Royal ».
Robert Arnauld d'Andilly (1589-1674), destinataire de la première lettre connue de Racine, du 27 décembre 1657, fit la connaissance du jeune Racine à Port-Royal, où il l'encouragea à persévérer dans la poésie. Fils de l’avocat Antoine Arnauld, il avait d'abord fait carrière dans la haute administration des finances, mais la perte de ses illusions politiques et une série de deuils le conduisirent à prendre sa retraite. Étroitement lié à Port-Royal, proche de l’abbé de Saint-Cyran, Arnauld d'Andilly comptait plusieurs membres de sa famille à l'abbaye, et choisit lui aussi de s'y retirer en 1645.
Un poème de jeunesse composé à Port-Royal.
Orphelin sans fortune, Racine fut élevé à Port-Royal, où plusieurs membres de sa famille s'étaient retirés, dont sa grand-mère et une tante (future abbesse de l'abbaye). Il vécut aux Petites écoles de Port-Royal, puis aux Granges de Port-Royal des Champs, au château de Vaumurier chez le duc de Luynes et probablement aussi au château des Troux chez les Dugué de Bagnols. La présente Élégie joue sur la métaphore du port comme havre. Racine évoque dans son Abrégé de l’histoire de Port-Royal les « Messieurs de Port-Royal » : le théologien et polémiste Pierre Nicole, le grammairien et helléniste Claude Lancelot, l’ancien avocat Antoine Le Maître, le médecin Jean Hamon. Ceux-ci, « les meilleurs pédagogues du XVIIe siècle..., lui offrent la plus solide culture gréco-latine qu’on peut alors posséder », écrit Georges Forestier.
Par la suite, Racine se tourna vers la littérature, connut son premier succès en 1660, et mena une vie libre éloignée des principes de ses anciens maîtres. Il rompit ouvertement avec Port-Royal en 1666-1667, lors de la « querelle des imaginaires ». La réconciliation vint en 1677-1678, quand Racine opéra une véritable conversion sociale et littéraire, écrivant Esther et Athalie dans un esprit janséniste marqué, des hymnes pour Le Bréviaire romain de Le Tourneux, un poème en l’honneur du grand Arnauld, travaillant à un Abrégé de l’Histoire de Port-Royal. Il demanda à être inhumé à Port-Royal des Champs.
Le texte a été publié d'après le présent manuscrit dans Jean Racine, Correspondance, éd. Jean Lesaulnier, Paris, Honoré Champion, 2017, pp. 660-662, avec une traduction française par Pierre Gheno (traduction disponible sur demande).
À propos de la vente
Livres anciens du XVe au XIXe siècle - Astronomie
Lieu de vente
Date
24/06/2026 à 14h00
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
Vous aimerez aussi