Lot phare sélectionné par la Maison de ventes.
Description
Marius Zabinski (né en 1956, Pologne)
Derrière le rideau
Huile sur toile
33 x 41 cm
Signée en bas à droite
Atelier Marius Zabinski (Pologne, 1956)
La peinture comme espace du regard
Chez Marius Zabinski, la peinture ne se contente pas de représenter le monde : elle le recompose dans l’espace du regard. Héritier de la modernité et profondément nourri par la leçon du cubisme, l’artiste fragmente les formes, les déplace et les superpose afin d’en révéler une réalité plus intérieure. Le visage, le corps, l’animal ou le paysage ne sont jamais appréhendés comme des motifs isolés, mais comme les éléments d’une construction où se rencontrent couleur, matière, lumière et mémoire.
Ses compositions semblent ainsi procéder par strates successives. Des fragments de figures surgissent entre des aplats de couleur, des lignes verticales, des formes géométriques ou des surfaces texturées. Le regard est tantôt frontal, tantôt dissimulé, parfois réduit à un seul œil ou à un profil qui paraît émerger d’une architecture abstraite. Cette fragmentation, loin de dissoudre la figure, lui confère au contraire une présence presque mystérieuse : elle suggère ce qui se cache derrière l’apparence et invite le spectateur à reconstruire mentalement ce qu’il ne perçoit qu’en partie.
La couleur joue dans cette recherche un rôle essentiel. Les bleus profonds, les indigos, les ocres, les terres, les noirs et les nuances métalliques s’organisent en rapports de tension et d’équilibre. La surface picturale devient elle-même un territoire : un espace où la matière, les signes et les formes semblent conserver les traces d’un monde vécu, rêvé ou en perpétuelle transformation. Dans certaines œuvres, les silhouettes humaines se côtoient comme des présences silencieuses ; ailleurs, un paysage ou un élément architectural vient ouvrir la composition vers un espace plus vaste. Partout, Zabinski entretient une tension féconde entre figuration et abstraction, ordre géométrique et liberté du geste, réalité et imaginaire.
Les œuvres réunies ici appartiennent à un ensemble d’environ deux cents toiles, réalisé au cours d’une période aujourd’hui achevée dans le parcours de l’artiste. Par sa cohérence plastique, la richesse de ses recherches et l’ambition qui le traverse, cet ensemble constitue l’un des corpus les plus significatifs de la création de Marius Zabinski. C’est également au cours de ces années que l’artiste reçoit, en octobre 2015, le Prix « Lorenzo il Magnifico », catégorie Peinture, décerné à l’occasion de la 10ᵉ Biennale internationale d’art contemporain de Florence.
Ce corpus témoigne ainsi d’un vocabulaire plastique arrivé à pleine maturité. Les œuvres y apparaissent comme autant de variations autour de quelques interrogations fondamentales : l’identité, la rencontre, le rapport à l’autre, la mémoire, le choix, le passage du temps et la possibilité d’un avenir. La figure humaine, souvent réduite à quelques traits essentiels, devient le lieu privilégié de ces questionnements. Un œil, un profil, deux visages qui se font face peuvent suffire à faire naître toute une histoire.
Et cette histoire se poursuit jusque dans les titres. Ils ne sont pas de simples désignations : ils racontent eux aussi une histoire, comme les chapitres d’un récit fragmenté que chaque tableau viendrait compléter. Derrière le rideau, Le Duel, Waiting for Future, Indigo Evolution, Présence des femmes, Élégante, Carmina, Réalité nouvelle, Flying Circus, Les Amants, Les Doutes persistent, Paparazzi, Profil de Lola, The Choice, Les Voiles de la liberté, La Vérité grise, Mise au point, Éternelles questions, Indigo Meeting… Autant de mots, de situations et d’énigmes qui prolongent la peinture au-delà de la surface et invitent le spectateur à imaginer ce qui précède la scène comme ce qui pourrait lui succéder.
Ainsi, derrière la construction savante des plans et la richesse des matières, la peinture de Marius Zabinski demeure profondément narrative et humaine. Elle ne livre jamais tout à fait son sujet. Elle en conserve volontairement une part de secret, celle qui oblige le regard à revenir, à chercher, à rapprocher les fragments et, finalement, à écrire sa propre histoire.
Synthèse du parcours artistique de Marius Zabinski (1980 – 2026)
Après sa formation à l'Académie des beaux-arts de Varsovie, Marius Zabinski s'installe en France en 1980. Selon la documentation biographique diffusée par la Galerie Montmartre, son arrivée est liée à la rencontre avec un marchand parisien qui l'invite à venir travailler et exposer en France. Il exerce d'abord une activité de restauration de tableaux, expérience qui lui permet d'approfondir sa connaissance des techniques anciennes et contemporaines.
1980 – 1989 : Formation d'un réseau européen
Après son installation en France, Zabinski développe rapidement un réseau d'expositions qui s'étend aussi à la Belgique et à la Norvège. La première manifestation précisément documentée est celle d'Oslo en 1983, suivie de Strasbourg (1985), puis de plusieurs galeries bruxelloises (1987–1989).
1990 – 2000 : Consolidation belge et ouverture japonaise
Les années 1990 voient une présence régulière en Belgique : Charleroi, Bruxelles, Genk, Liège. En 1998, Zabinski franchit une nouvelle étape avec la Nishigaoka Gallery de Sendai, au Japon. En 2000, il expose à Monte-Carlo.
2001 – 2008 : Internationalisation et New York
Bruxelles demeure un point d'ancrage, tandis que le réseau s'élargit. La présence à Interart Gallery à New York en 2005, puis la rétrospective annoncée de 2006, constituent un moment important de son parcours international. Honfleur devient parallèlement un autre point de présence française.
2010 – 2016 : Déploiement international et reconnaissance à Florence
Les États-Unis, la Chine, Hong Kong, Singapour, Monaco et Paris apparaissent successivement dans son parcours. L'année 2015 représente un point culminant avec l'exposition américaine de Carmen's Gallery et surtout la participation à la Xᵉ Florence Biennale, où Zabinski obtient le Fifth Award ex aequo en peinture.
2017 – 2026 : Affirmation d'un langage personnel et présence sur le marché
À partir de 2017, les sources disponibles documentent davantage son activité artistique et commerciale : expositions françaises, présence dans les galeries belges, puis retour visible sur le marché polonais en 2022. En 2024, Horus Gallery présente encore ses œuvres en Belgique, dont Évolution, datée de cette même année.
En septembre 2026, l’Étude Vermot et Associé a l’honneur de procéder à la vente de son atelier composé de 211 œuvres avec l’expertise de Virginie Journiac.
Virginie Journiac, Historienne de l’art Experte agréée CECOA, FNEPSA et CEDEA
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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