Premium MILLON
117
-
Portrait d'un dignitaire tenant une rose, page d'un muraqqa'…
117
-
Portrait d'un dignitaire tenant une rose, page d'un muraqqa'…
Estimation 15 000 € - 20 000 €
Lot volontaire
Description
Portrait d'un dignitaire tenant une rose, page d'un muraqqa' du colonel Polier
Inde, art moghol, atelier d'Awadh, vers 1785
Calligraphie signée Mirza Muhammad 'Ali, datée 1195 H. (1780–1781 J.-C.)
Pigments opaques rehaussés d'or sur papier, monté en page d'album à larges marges polychromes ornées de bouquets de fleurs bleus et roses. Au recto, portrait en pied d'un dignitaire, représenté de profil dans une vaste plaine ; vêtu de blanc, coiffé d'un turban orné d'une aigrette, paré de colliers de perles, de bazuband, ceint d'une dague et tenant un talwar, il porte à la main une rose. Le cartouche d'identification, en bas de la composition, est resté vide. Au verso, quatrain persan calligraphié en nasta'liq à l'encre noire, signé et daté. Numéro au verso (côté calligraphie), au crayon : « 617 ». Numéro au recto, au crayon en haut au bord de la reliure : « 42 ».
Page : 39,5 × 28 cm (15,6 × 11 in.) ; peinture : 17,6 × 11,5 cm (6,9 × 4,5 in.)
Inscription (verso) Quatrain persan : « Le prédicateur disait : "Une prière n'est pas acceptée De la main qui est souillée par la coupe de vin." Un derviche répondit : "Tant que tu tiens une coupe de vin entre tes mains, À quoi bon prier Dieu ?" » Mirza Muhammad 'Ali, 1195 (1780-1781).
Provenance
« Collection de feu le Dr. Robert Douat (1926-2004), collectionneur de peintures indiennes — son registre mentionnant une attribution à Mihr Chand. ».
Cette peinture apparaît sur un cliché photographique de Enrico Isacco (Galerie Marco Polo), aujourd'hui versé aux Getty Images, où elle est désignée comme « Portrait of a dignitary, official or person from Siraj ud-Daulah's court, miniature from the Mughal School, 1779, India 18th Century ».
Œuvres en rapport
•Folio 24 de l'album Polier du Victoria and Albert Museum, Londres, signé du même calligraphe Mirza Muhammad 'Ali et daté entre 1195 et 1198 H. (1780-1784).
•Bonhams, Londres, vente du 22 mars 2022, lot 311 : page de muraqqa' Polier comprenant une calligraphie de Mirza Muhammad 'Ali et un portrait princier attribué à Mihr Chand.
•British Museum, Londres (inv. 1920,0917,0.133-153), muraqqa' identifié récemment par Malini Roy comme un album Polier produit dans l'atelier de Mihr Chand à Faizabad.
•Muraqqa' i. 4598 et i. 4599, Museum für Islamische Kunst, Berlin ; Indian Drawings 13, John Rylands Library, Université de Manchester — comparables par leurs dimensions au présent folio.
•Portrait du prince Aurangzeb, Inde moghole, c. 1650, Metropolitan Museum of Art, New York (inv. 55.121.10.24, Shah Jahan Album) et Portrait de l’empereur Aurangzeb, Inde moghole, 17e siècle inv. 45.174.28.
Bibliographie
•Malini Roy, « A Newly Identified Muraqqa' Assembled for Antoine-Louis-Henri Polier in the British Museum », in F. Weis (éd.), Eighteenth-Century Indian Muraqqa'as: Audiences – Artists – Patrons and Collectors, Leyde et Boston, Brill, 2024.
•John Seyller, « Mihr Chand's Copies and Adaptations of Earlier Mughal Paintings », ibid.
•Susan Stronge et Behnaz Atighi-Moghaddam, « An Unrecorded Polier Muraqqa' (c. 1785): New Insights into British-Hindustani Cultural Interaction », in Adle Nameh: Studies in Memory of Chahriyar Adle, Téhéran, 2018, pp. 195–228, en part. pp. 195 et 205-207.
Ce folio appartient aux célèbres albums (muraqqa') commandés par le colonel Antoine-Louis Polier (1741–1795), officier d'origine suisse au service de la Compagnie anglaise des Indes orientales puis de la cour d'Awadh sous les nawabs Shuja-ud-Daula et Asaf-ud-Daula. À son retour en Europe en 1788, Polier rapporta plusieurs albums majeurs aujourd'hui dispersés entre la British Library, le Metropolitan Museum of Art, le Victoria and Albert Museum, le Museum für Islamische Kunst de Berlin, le British Museum, la Bibliothèque nationale de France et plusieurs collections privées.
Le calligraphe Mirza Muhammad 'Ali, dont la main signe le quatrain et la date au verso, est actif dans le nord de l'Inde, dans les années 1780, au moment du développement des grands albums assemblés pour Antoine Polier et les élites d'Awadh. Le biographe contemporain Ghulam Muhammad Haft Qalami Dihlavi (m. 1823), qui le rencontra à son domicile de Lucknow vers 1794-1795, lui consacre une notice circonstanciée dans son Tazkira-yi Khushnavisan (p. 65). Son corpus signé connu — sept feuillets dans l'album Polier du V&A et un tiers des feuillets du Polier's Posterior Album offert à Sir William Jones (Rylands Persian ms 10) — inscrit le présent folio sans équivoque dans son œuvre.
Le modèle iconographique. Le cartouche d'identification laissé vide est un trait fréquent des folios Polier, l'identité précise du modèle restant donc ouverte. Le dignitaire présente une parenté avec les portraits du prince Aurangzeb avant son intronisation, tel celui conservé au Metropolitan Museum of Art (Shah Jahan Album, inv. 55.121.10.24, c. 1650). L'absence de nimbe solaire, attribut réservé au souverain régnant, conforte l'hypothèse que le peintre ait travaillé d'après un portrait de Aurangzeb alors encore prince. Cette pratique de réemploi est bien documentée dans l'atelier d'Awadh des années 1770-1785, où les peintres au service de Polier reproduisaient ou adaptaient des modèles moghols canoniques pour la clientèle européenne avide de portraits dynastiques.
Le peintre. La présente peinture est anonyme, mais fut attribuée – dans les registres de son propriétaire - à Mihr Chand (act. c. 1759–1786), fils de Ganga Ram, formé à la cour de Shah 'Alam à Delhi dans les années 1750-1760 puis recruté par Polier vers 1773 pour diriger son atelier de Faizabad. La correspondance conservée entre Polier et Mihr Chand atteste de la place centrale du peintre dans la conception des albums. Mihr Chand n'a signé que deux peintures connues dans le corpus Polier, la grande majorité des œuvres lui étant attribuées sur des bases stylistiques (M. Roy, thèse SOAS, 2009 ; J. Seyller, in Weis 2024). Au-delà des portraits officiels des nawabs d'Awadh, son œuvre est aussi caractérisée par une pratique de réemploi savant et de réinterprétation de modèles plus anciens. Seyller a montré que Mihr Chand et son père avaient inauguré un goût et un marché pour les copies fidèles de portraits moghols du XVIIe siècle, en particulier ceux des souverains (Seyller, in Weis 2024, p. 337).
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
Vous aimerez aussi