Lot phare sélectionné par la Maison de ventes.
Premium MILLON
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Farid BELKAHIA (Marrakech 1934 - 2014)
Aube, (19)83
Pigments…
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Farid BELKAHIA (Marrakech 1934 - 2014)
Aube, (19)83
Pigments…
Estimation 50 000 € - 60 000 €
Lot volontaire
Description
Farid BELKAHIA (Marrakech 1934 - 2014)
Aube, (19)83
Pigments sur peau
77 x 60 cm
Signé en bas à droite F. Belkahia et daté 83
Contresigné, titré, daté, et localisé au dos F. Belkahia 103 bd de la résidence Casa. Aube, 1983
***
Natural pigments on goat's hide, signed and dated lower right F. Belkahia 83 ; signed, titled, dated and inscribed with the artist's address on the reverse (30⅜ × 23⅝ in.).
Provenance
Collection particulière, Paris, depuis 1987.
L’œuvre de Farid Belkahia reflète l’élaboration d’une approche décoloniale de l’art, affranchie de l’hégémonie académique occidentale ; et qui questionne le rapport entre la tradition et la modernité. Présentée à la vente, l’œuvre intitulée Aube (1983) est un exemple qui répond parfaitement cette question à travers l’adaptation d’un héritage artistique traditionnel dans un langage visuel moderne. Aube s’inscrit dans une période spécifique dans la carrière de l’artiste qui, dans les années 1980, approfondit particulièrement ses recherches sur la matière. En puisant dans la production artisanale marocaine, il se penche vers une exploitation inattendue de la peau et des pigments naturels. La peau animale est utilisée dans la tannerie depuis le XIIème siècle au Maroc notamment à Fès. « La peau, je l’achète crue. Une fois débarrassée de sa lymphe, et c’est une peau très extensible, très souple, qui sent très fort, et je la tends le plus que je peux.”, explique Belkahia . Dans Aube, l’artiste remplace la toile avec la peau de chèvre et y applique du henné : « Le henné, c’est une plante très répandue en Afrique du nord, et c’est l’une des plantes les plus anciennes dans la conscience de l’homme” . L’utilisation de pigments dans le procédé de la teinture et de la laine au Maroc évite d’affecter la nature de la peau. Belkahia rompt ainsi avec les matériaux hérités de la période coloniale, en préférant la peau à la toile et les pigments naturels à la peinture à l’huile. Aube se présente alors comme une célébration de ces différentes pratiques artisanales perpétrées pendant des siècles et qui, dans l’œuvre de Belkahia, répondent à des enjeux contemporains. Le choix d’éléments naturels apporte une texture à la composition ; ce qui amplifie le caractère organique de l’œuvre tout en accentuant sa force symbolique.
Revaloriser l’artisanat local – communément et longtemps considéré comme inférieur aux beaux-arts – permet à Belkahia d’explorer la dimension sensorielle voire spirituelle de la création. Provenant de la célèbre série éponyme, Aube (1983) témoigne de l’exercice assidu et constant du dessin à travers lequel l’artiste développe tout un répertoire visuel comprenant divers motifs et symboles. De manière presque obsessive, il joue sur le mouvement entre les lignes droites et courbes, les formes géométriques, les signes et les symboles qu’il continue de puiser dans l’héritage culturel marocain. Ici, les motifs tracés à l’intérieur du triangle évoquent le style ornemental traditionnel que l’on observe aussi bien dans les bijoux et les tapis que les tatouages amazighs. Aube (1983) représente cet événement sempiternel lors duquel le monde passe de la nuit au jour ; que Belkahia traduit à travers un jeu d’ombre et de lumière en variant les teintes du henné. Elle annonce un passage que signalent les lignes colorées de l’arc-en-ciel ; mais l’artiste ne se limite pas à la simple illustration d’un phénomène naturel. Les premiers rayons du soleil laissent apparaître les formes de la vie : il s’agit d’une naissance. En effet, le triangle – qui matérialise le lien entre la terre et le ciel – est surmonté d’un motif dont la forme érotique suggère l’entre-jambe féminin. La rencontre des éléments célestes et terrestres, apporte à l’œuvre une dimension hautement sensuelle puisqu’elle renvoie à la fécondité, à l’humanité. Dans sa réflexion sur les arts populaires marocains, Belkahia se tourne finalement vers des thèmes plus généraux comme la vie, le corps ou la nature. « L’Homme est toujours resté au centre de mes préoccupations. Il est la source et la finalité de mes recherches. C’est à partir de lui que j’essaie de tout déchiffrer. L’homme est la cellule énergétique de notre monde » . Belkahia envisageait ainsi l’universalité comme la capacité d’un art enraciné dans les traditions locales à exprimer des expériences humaines communes à tous les peuples.
« La tradition est le futur de l’homme » affirmait Farid Belkahia qui envisageait de créer une culture visuelle et une pratique artistique nationale, aussi bien moderne que spécifiquement marocaines. Invitant à la contemplation, Aube (1983) atteste de la maîtrise de l’artiste dans la construction de la relation entre l’image et la matière. Elle est une œuvre emblématique qui s’inscrit dans une vision et une pratique essentiellement liées à l’identité historique, culturelle et artistique du Maroc, mais à laquelle Farid Belkahia offre une portée universelle.
À propos de la vente
Modernités Arabes, Africaines & Indiennes
Lieu de vente
Date
18/06/2026 à 14h30
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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