Lot phare sélectionné par la Maison de ventes.
Premium MILLON
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BAYA (Fatma Haddad Mahieddine(Algérie, Bordj el Kiffan 1931 …
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BAYA (Fatma Haddad Mahieddine(Algérie, Bordj el Kiffan 1931 …
Estimation 30 000 € - 50 000 €
Lot volontaire
Description
BAYA (Fatma Haddad Mahieddine(Algérie, Bordj el Kiffan 1931 - Blida 1998)
Sans titre, dite Femme avec chapeau mauve, circa 1945
Gouache sur papier contrecollé sur carton
41,5 x 55,5 cm à vue
Non signé.
Etat : restauration sur la partie supérieure.
***
Gouache on paper laid on card, unsigned (sight: 16⅜ × 21⅞ in.)
Cette oeuvre est accompagnée d’un certificat d’authenticité établi par le Comité Baya
Provenance :
Par descendance, collection Rosita Wertheimer (1891-1949), qui hébergea Baya lors de sa première exposition chez André Maeght à Paris, en 1947.
Bibliographie :
Reproduit in Alice Kaplan, Baya ou le grand vernissage, ed. Le Bruit du monde, 2024, p. 150 et en couverture.
Cette gouache sur papier, exécutée vers 1945, est l'une des œuvres de jeunesse les plus précoces et les plus abouties de Baya — l'artiste n'a alors qu'une quinzaine d'années. Alice Kaplan en donne la description la plus précise dans son enquête Baya ou le grand vernissage (Le Bruit du monde, 2024), dont l'œuvre illustre la couverture : « un visage de femme européenne, des yeux en demi-lune et des lèvres de poupée, un chapeau violet à franges de la taille d'un abat-jour. À gauche, un oiseau fixe la femme et l'enfant aux cheveux noirs flottants, odalisque heureuse dont la robe à rayures bleues ressemble à un sac de couchage [...]. Autour d'elles, un lavis bleu mousseux évoquant une vague ou une rivière, et, à droite, un buisson stylisé de plusieurs couleurs, reprenant le même motif dont Baya décorait les marges des lettres envoyées à Marguerite en 1947. »
La provenance de l'œuvre s'inscrit au cœur de l'événement fondateur de la carrière de Baya. Baya travaille d'abord à la ferme des Farges, à Fort-de-l'Eau, près d'Alger, avant d'être prise en charge par Marguerite Caminat — sœur de Simone Farges — qui découvre son talent et devient sa tutrice. C'est dans ce cadre que Marcel Wertheimer, fils de Rosita, étudiant à l'Institut agricole d'Algérie en convalescence à la ferme des Farges après avoir perdu une jambe lors d'une manœuvre militaire en 1942, rencontre Baya. Photographe amateur, il la photographie à l'été 1946 selon les notes de Marguerite. Femme avec chapeau mauve lui aurait été offerte par Baya à Alger vers cette même période ; le tableau demeurera avec lui, et restera dans la famille jusqu'à ce jour.
Ce lien algérois précède et éclaire le séjour parisien de novembre 1947, lors duquel Baya est à Paris pour sa première exposition à la galerie Maeght — vernissage auquel assistent André Breton, Georges Braque et Albert Camus. Elle séjourne boulevard Victor-Hugo, à Neuilly, chez Rosita Wertheimer, mère de Marcel, qui l'héberge dans le cadre d'un réseau d'hospitalité tissé depuis l'Algérie : c'est Simone et Henri Farges qui mettent Marguerite en contact avec Mme Wertheimer, laquelle accepte d'héberger la jeune artiste à Neuilly. Ce séjour, abondamment documenté dans les archives de Marguerite Caminat, révèle que, d’abord réservée, Rosita Wertheimer se montre rapidement attentive au bien-être de la jeune artiste et exprime une admiration sincère pour un talent qu’elle perçoit comme exceptionnel et durable.
C'est précisément dans ce contexte que le cadi Benhoura avait confié Baya à Albert Camus par lettre du 7 novembre 1947 — lui demandant de « veiller sur elle pour la mettre à l'abri de toute manœuvre» — et que Camus répondit en des termes restés célèbres : « J'ai beaucoup admiré l'espèce de miracle dont témoigne chacune de ses œuvres. Dans ce Paris noir et apeuré, c'est une joie des yeux et du cœur [...] : c'était la princesse au milieu des barbares. » (Lettre d'Albert Camus au cadi Benhoura, citée in Alice Kaplan, op. cit.)
Dans Femme avec chapeau mauve, Baya révèle un univers pictural déjà pleinement constitué, deux ans avant que ce même langage ne stupéfie Paris. La palette de bleus, de verts et de mauves, les figures enveloppées dans leur cocon, l'oiseau et le buisson stylisé — autant d'éléments d'un monde intérieur que Camus qualifiera, au soir du vernissage Maeght, d'« espèce de miracle ».
À propos de la vente
Modernités Arabes, Africaines & Indiennes
Lieu de vente
Date
18/06/2026 à 14h30
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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