Lot phare sélectionné par la Maison de ventes.
Premium MILLON
89
-
BAYA (Fatma Haddad Mahieddine(Algérie, Bordj el Kiffan 1931 …
89
-
BAYA (Fatma Haddad Mahieddine(Algérie, Bordj el Kiffan 1931 …
Estimation 50 000 € - 80 000 €
Lot volontaire
Description
BAYA (Fatma Haddad Mahieddine(Algérie, Bordj el Kiffan 1931 - Blida 1998)
Sans titre, dite femme et papillons, circa 1945
Gouache et traits de crayon sur papier contrecollé sur carton.
92.5 x 57.3 cm
Non signé.
***
Gouache and pencil on paper laid on card, unsigned (36⅜ × 22½ in.)
Cette oeuvre est accompagnée d’un certificat d’authenticité établi par le Comité Baya.
Provenance :
Collection Frank Turner (1898–1984), figure active du milieu culturel algérois, représentant du British Council, acquis directement auprès de Marguerite Caminat (alors Mme McEwen) à Alger, puis conservé dans la famille.
Dans cette œuvre, Baya déploie une figure féminine dont le visage n'est qu'esquissé au crayon, presque dissous, tandis que la robe occupe l'essentiel de la composition : ses larges bordures concentriques, ponctuées de perles et de points blancs, transforment le vêtement en architecture ornementale. L'œuvre entre en dialogue direct avec Femme en vert (c. 1947, 90,5 × 65 cm, collection particulière), exposée deux ans plus tard à la galerie Maeght, selon un programme formel très proche : même monumentalité de la figure, même effacement du visage au profit du vêtement, même grammaire de points semés sur les surfaces colorées, même présence des papillons. Mais là où Femme en vert affirme une plénitude chromatique, cette composition conserve des zones de respiration qui donnent à voir Baya au seuil de sa première période.
Baya ne titrait pas ses œuvres ; le titre d'usage Femme et papillons, transmis par la famille Turner, désigne cette gouache depuis son acquisition. Elle s'inscrit dans le premier cercle algérois de réception de l'œuvre de Baya, antérieur à sa révélation parisienne de 1947. Frank Turner — pianiste et compositeur né à Alger de parents anglais, formé musicalement à Paris et à Londres, auteur de la partition originale de Prométhée enchaîné au Théâtre du Travail en 1937 — institution que dirigeait alors Albert Camus —, puis directeur de la bibliothèque municipale anglaise et représentant du British Council à Alger de 1944 à 1947 — appartient au cœur du milieu intellectuel et artistique algérois de l'entre-deux-guerres et de l'après-guerre.
C'est par ce réseau que Turner connaît Frank McEwen et Marguerite Caminat, son épouse. Documentaliste installée à Alger après avoir quitté la France occupée, Caminat joue un rôle décisif dans l'émergence de Baya : c'est auprès d'elle que la jeune artiste découvre le dessin et la peinture. Dans un témoignage de 1986, Caminat souligne son passage rapide aux grands formats : « Au début, c'est sur des petits papiers, mais très vite elle est passée au grand format. ». Par ses dimensions exceptionnelles (92,5 cm), réalisée avant que Baya ne signe systématiquement ses œuvres, cette composition témoigne précisément de ce moment fondateur. Le rôle de Turner parmi les premiers amateurs de Baya est attesté par une lettre du cadi Benhoura adressée à Albert Camus le 22 septembre 1947, dans laquelle il est cité — aux côtés de Nelly Marez Darley, Éliane Pérès et Jean de Maisonseule — parmi ceux qui « aiment particulièrement Baya ». Cette mention, contemporaine de la première exposition parisienne de l'artiste, confère à cette œuvre une valeur documentaire majeure, en tant que témoignage d'un regard précoce, informé et durable porté sur l'œuvre de Baya dans les années précédant 1947, au sein des cercles algérois qui ont accompagné et soutenu son émergence.
À propos de la vente
Modernités Arabes, Africaines & Indiennes
Lieu de vente
Date
18/06/2026 à 14h30
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
Vous aimerez aussi