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Anna de Brancovan comtesse de Noailles (1876-1933), pastelli…
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Anna de Brancovan comtesse de Noailles (1876-1933), pastelli…
Estimation 1 000 € - 1 500 €
Lot volontaire
Description
Anna de Brancovan comtesse de Noailles (1876-1933), pastelliste
Bouquet de fleurs
Pastel sur papier
Signé au monogramme en bas à gauche
62,5 x 48,5 cm à vue
Sous cadre, 70 x 56 cm
Ses pastels fleuris
Derrière son omniprésence de la voix et du verbe, s'est développée à partir des années 1926-1927 une pratique artistique parallèle et silencieuse : le pastel de fleurs.
Ce glissement vers le dessin s'inscrit dans un contexte de déclin physique et d'isolement progressif dû à la maladie. Le pastel n'apparaît pas comme un simple passe-temps de salon, mais comme un véritable projet esthétique de substitution. Alors que l'écrivaine, hantée par la mort et le néant, dépouillait son écriture poétique jusqu'à l'austérité dans son recueil L'Honneur de souffrir (1927), sa production graphique compensait cette perte par une explosion de clarté, de couleurs vives et de lumière. Ses natures mortes florales, composées de bouquets d'hortensias, de coquelicots, de dahlias, de roses et de marguerites, s'imposent ainsi comme le prolongement matériel d'un panthéisme sensoriel qui ne parvenait plus à s'exprimer par les seuls moyens de l'alexandrin classique.
La pratique graphique d'Anna de Noailles se caractérise par un rapport charnel et technique très précis à la matière, largement documenté par l'historien de l'art François Maillet dans ses recherches de référence sous la direction de Claire Barbillon à l'Université de Poitiers. Pour donner corps à ses visions florales, la comtesse s'est tournée vers les meilleurs artisans de son temps, nouant un lien privilégié avec la prestigieuse Maison du Pastel. Noailles manifestait une admiration sans bornes pour la vibration lumineuse de ces pigments purs, dédiant à Henri Roché des mots qui soulignent la parenté intime entre peinture et poésie : A Mr. Henri Roché, qui pour le bonheur des peintres et des poètes, a groupé, avec le talent le plus certain, toutes les nuances de l'univers en ses radieux pastels.
Sur le plan technique, la comtesse n'utilisait pas le pastel pour obtenir les effets d'estompe vaporeux typiques du XVIIIe siècle, mais travaillait par superposition de touches hachurées et par écrasement direct du pigment sec sur des papiers à fort grain. Ce geste vigoureux permettait d'accrocher la lumière et de donner une présence physique, presque tridimensionnelle, à la corolle des fleurs.
Cette frénésie créatrice s'est déployée dans un espace physique contraint : sa célèbre « chambre aux cretonnes » de son appartement de la rue Scheffer, où elle vécut de 1906 à 1933. A l'instar de son ami Marcel Proust, qui rédigeait son œuvre couché dans sa chambre isolée de liège, Anna de Noailles travaillait allongée dans son lit de cuivre. C'est depuis ce lit, devenu son atelier ultime, qu'elle manipulait ses boîtes de pastels achetées principalement chez le revendeur Dupré & Cie au 141, Faubourg Saint-Honoré, ou auprès de la maison Blanchet, couvrant ses draps de poussière de couleur pour conjurer l'obscurité de la maladie.
L'année 1927 marque un moment de bascule critique et de visibilité publique pour les pastels d'Anna de Noailles. En juin de cette année, alors qu'elle commence à éprouver les premiers symptômes d'une affection cérébrale grave, elle prend le risque d'exposer ses peintures à Paris. Le succès est retentissant. L'inauguration officielle, qui se déroule le 22 juin 1927, fait l'objet d'une large couverture médiatique, notamment par le quotidien Le Soir, et est présidée par l'homme d'Etat Edouard Herriot, alors ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, qui pose aux côtés de la poétesse devant ses natures mortes de fleurs.
À propos de la vente
René Benjamin, le Balzacien du 20e siècle
Lieu de vente
Date
06/10/2026 à 14h00
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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