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Georges Bozonnat (1904-1960), homme de lettres et journalist…
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Georges Bozonnat (1904-1960), homme de lettres et journalist…
Estimation 300 € - 600 €
Lot volontaire
Description
Georges Bozonnat (1904-1960), homme de lettres et journaliste suisse
Réunion de correspondances et tapuscrits
32 L.A.S./P.A.S./L.S., 1932-1941, adressées à René Benjamin, dont
L.A.S., Paris, 2 mars 1932 + Paris, tapuscrit 7 pp. in-4 ; commentaire sur la pièce de théâtre écrite et jouée de René Benjamin
L.A.S., Rueil, 17 décembre 1935 ; longue critique contre le cinéma parlant et sur l’avenir du théâtre
L.A.S., Rueil, 6 avril 1938 + 2 chroniques Aspect du théâtre radiophonique et Grandeurs et misères d’une profession nouvelle , 4 pp. tapuscrites in-4w
L.S., Rueil, 29 juin 1938 ; commentaires du dernier livre de René Benjamin Chronique d’un temps troublé
L.A.S., Paris, 15 janvier 1940
Cher Monsieur Benjamin, (...) Vous me réclamez des nouvelles : rien de plus simple. Je suis, comme vous savez, engagé volontaire pour la durée des hostilités, selon la formule. Et j'ai connu deux ou trois conseils de révision. C'était vers la fin août - et puis ce fut septembre. Et commença cette drôle de guerre - où l'on n'a pas besoin d'hommes. Octobre, novembre : convocation. Je m'attendais chaque jour à partir. Renvoyé jusqu'en Janvier. Enfin le terme arrive et il est temps. Il est temps non par patriotisme seulement. C'est un sentiment plus profond, la sensation de devenir "normal", je veux dire encadré par la foi, l'espérance et la charité. De pouvoir tutoyer (à la condition que son grade ne soit pas trop vertigineux) un Jean-Loup de la ligne Maginot. De juger sereinement un franc-goujon - tous les franc-goujon de ce temps. Et qui sait ? J'aurai peut-être la veine de faire équipe avec Gaspard. Mon père qui fut 8 ou 9 ans soldat rêvait de la revanche probablement. C'est aussi une revanche qui m'est offerte et voilà pourquoi j'ai bondi sur l'occasion. Une belle revanche ! 20 ans de pourriture, de compromis, de pactes, de fallacieuses promesses, d'espérances trompées, un monde qui ne demandait qu'à être trompé - 20 ans effacés d'un seul coup. J'ai fait un doctorat à Genève, entendu Stresemann pérorant à la SDN, travaillé 1 mois à l'Union Interparlementaire, flâné avec Thibaudet dans les multiples organisations genevoises. Oui, comme tout le monde, j'ai subi ce temps de folie, ce "temps trouble", avez-vous dit, et qu'on peut comparer à une pièce dont le texte faux a toujours été récité à contretemps par des acteurs sans talent et qui étaient enrhumés. Voilà de quoi me débarrasse la cruelle guerre. Avouez que cette revanche qui nous est réservée n'est pas à dédaigner. Et Vive la Nation, ajouterait Gaspard. Sans compter que cette explication, tout à fait incomplète, n'est pas exacte. Ce que je voudrais au fond, c'est mériter la France. Lui rendre modestement les dons magnifiques qu'elle m'a faits à elle-même. Faut-il penser qu'entre elle et moi il y a un mariage de raison ? Même pas. J'avais 10 ans en 1914 : je n'ai jamais voulu de service militaire (ô profonde influence de l'adjudant Flick!) Et puis, les guerres - qui ne cessaient jamais d'ailleurs - étaient mortes pour nous. Il a fallu Maurras, vous, Dollfuss et cette amie en peine qu'est Schunnig, il a fallu le glacial Bainville pour nous réveiller. Lentement. Sûrement. La guerre sur l'Alsace et sur la Lorraine ? Tout change alors. Et je suis allé m'engager une semaine avant Munich. C'est alors que cette France magnifique - ce sont des traits comme celui-là qui m'enchantent - m'a refusé mes droits parce que je m'étais dérobé à mon devoir militaire. Tout cela c'est du passé. Mais vous comprendrez mieux peut-être le sentiment de délivrance que j'éprouve maintenant. Je vais à la guerre désintéressé et nu, lavé pour un temps de toute erreur. (...) Je voudrais que votre amitié sache certains faits qui peuvent s'évanouir. J'avais travaillé dur 5 ou 6 ans pour pouvoir vivre raisonnablement. C'est dur de couper provisoirement dans cette terrible solitude qu'est un homme à Paris, sans table de travail, sans livres - sans climat. Je travaillais pour gagner une fenêtre qui aurait eu le droit de voir le Boulevard Saint-Michel, par exemple et vous saurez très bien quelle pièce j'évoque quand vient me trouver la mélancolie. Eh! bien, tout cela, je l'avais gagné. Je l'avais, après avoir changé de vie. Ce qui est ma grande passion - la seule - le théâtre - je la
L.A.S., Paris, 6 août 1941 ; intègre l’équipe de rédaction de Je Suis Partout
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À propos de la vente
René Benjamin, le Balzacien du 20e siècle
Lieu de vente
Date
06/10/2026 à 14h00
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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