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Emmanuel Fougerat (1869-1958), artiste peintre et conservate…
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Emmanuel Fougerat (1869-1958), artiste peintre et conservate…
Estimation 300 € - 600 €
Lot volontaire
Description
Emmanuel Fougerat (1869-1958), artiste peintre et conservateur de musée breton
Lot de correspondances, un dessin original et notes manuscrites
19 L.A.S., 1915-1948, adressées à René Benjamin, dont :
P.A.S., Ker Guen, La Baule sur Mer, 2 février 1940
Ah ! vraiment je ne peux vous cacher mon admiration pour votre vitalité d’esprit et votre talent. Votre article sur les rayons et les ombres, celui sur la Parole sont admirables et celui d’aujourd’hui sur l’opinion des mobilisés est tordant. Et combien vrai ! Mais pourquoi diable vous a-t-on coupé 130 lignes ? Parce que votre portrait de la démocratie et de son intelligence des masses était sans doute trop exact. Votre intelligence à vous me plait tellement que vous n’y couperez pas, je suis obligé de faire de vous un jour ou l’autre un dessin senti de votre physionomie « décantée » en quelques traits éloquents...
L.A.S., Paris, 18 décembre 1940
Bien cher ami et conseiller je tiens à vous dire quelle dilatation de rate vous m’avez accordée comme conclusion au petit dîner d’hier au soir. En sortant de Versailles vous avez d’un seul mot (jaillit spontanément de votre esprit toujours si vivant) vous avez résumé complètement une de mes joies de vivre par son intérêt constant, mais vous avez dit : « vous vous croyez au jardin d’Acclimatation ! »
C’est tapé juste ! En effet je regarde toujours avec un étonnement admiratif mes frères les Hommes et j’essai de définir leur espèce et je leur laisserais quelque chose de moi si je puis arriver à exprimer (enfin) une classification la plus approfondie possible, d’après leur extérieur. Absorber la vie des autres ça fortifie. Vous en êtes l’exemple. C’est pourquoi vous pouvez tant me guider, c’est pourquoi je viens ici vous remercier d’avoir écouté si patiemment une de mes passions...
Notes manuscrites de René Benjamin sur feuillets volants, 6 pp. in-8, dont :
Dim. 8 Fév. 42 Je le vois travailler pendant une heure. Il fait la tête d'un petit modèle méridional, un peu sensuel, joli, mais "une tête de cochon". Comme il lui dit avec cette familiarité brusque qui n'a pas l'air affectée. Il prépare sa demi-teinte. Cela, dit-il, c'est tout ! Il a fait un 1er dessin, puis un "1er torchis" puis maintenant : C'est le + important : trouver la demi-teinte sur laquelle s'établira le modelé. Regardez moi, mon cher, ce splendide Velasquez (un portrait d'homme au Prado) il l'a trouvée divinement la demi-teinte sur laquelle après il a mis ses grands traits d'audace géniale mais cela c'est la fin ! Et ce Goya ! Les voilà les maîtres ! Et il fume, écrase ses mégots se recule, s'avance, fait également tourner son modèle pour que le jour, lucide (il fait 12° au dessous de zéro !) l'éclaire d'un meilleur rayon. Il tient sa palette, essaye de faire du blond, du doré. Il me montre ce qu'il a fait huit jours avant par un mauvais jour : "C'était sale !" Le poêle ne chauffe pas. La pièce ne peut pas s'en occuper. Il a les mains très sales, mais... c'est forcé ! Il y a sous une table une sorte de valise crevée d'où s'échappent des manuscrits maculés, des photos jaunies : ça c'est mon livre, attention ! La réflexion de toute ma vie ! Grasset l'attend. Je travaille jusqu'à 11h. du soir. Sa femme, mince, maigre, petit oiseau, dévouée, lui cherche de la nourriture, sans en retenir beaucoup pour elle-même. Lui, il faut qu'il peigne ! Elle, elle oublie la misère avec son piano, de tps en tps. Il dîne souvent au restaurant. Ce n'est pas fameux à son âge. Elle le sait. Il mange tout de suite trop et boit de même. Mais le dilemme est là : ou pas, ou trop. Et il ne comprend rien aux tickets, M. [Monsieur] ! Il me dit : "Eh bien quoi, puisque j'ai mangé au restaurant, tu as les tickets de chez nous !" Je connais cette impossibilité de l'artiste passionné par son art de comprendre quoi que ce soit. Il ne peut pas y attacher sa pensée une seconde. Alors, il ne comprend jamais. Il a épinglé ici ou là sur les murs telle ou telle phrase de gd artiste (de Delacroix par ex.) qui lui plaît. C'est 1 grand passionné. Il fait de petits nus précieux, voluptueux par morceaux de tableaux. Il les vend bien. Mais Mme Fougerat dit : Ce n'est pas cela son oeuvre. Ce sont ses gds portraits. C'est le + qu'il est.
Portrait de René Benjamin
Pierre noire et crayons gras
Signé et daté Paris 1943 en bas à gauche
Envoi autographe A René Benjamin son admirateur et ami
33 x 28 cm
Etc...
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À propos de la vente
René Benjamin, le Balzacien du 20e siècle
Lieu de vente
Date
06/10/2026 à 14h00
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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