trois lettres tirées d'une lettre écrite à l'encre noire sur du papier blancPhoto 2/2 du lot
Premium ROUILLAC

155 - Pierre Drieu la Rochelle (1893-1945), romancier, essayiste e…

Estimation 1 000 € - 2 000 €
Description
Pierre Drieu la Rochelle (1893-1945), romancier, essayiste et journaliste Une correspondance et une publication L.A.S., 29 janvier 1940, adressée à René Benjamin, 5 pp. in-4 ; l'auteur discute de sa perception de Maurice Barrès et de l'expérience de la Grande Guerre, et de la position d'autres intellectuels de son temps comme Péguy, Maurras, Montherlant ou Malraux Monsieur, Que d’ennuis. D’abord, moi qui achète assez régulièrement Candide, je ne l’avais pas fait par malchance cette semaine. Ensuite, je ne souhaitais pas qu’une lettre de vous soudain adressé à moi fit une rebuffade. Je ne puis vous répondre qu’une chose : je tombe des nues. Je n’avais nulle intention de jeter le moindre grain de cendre sur la mémoire de Barrès que j’ai toujours admiré et aimé. Il y a encore deux ans, j’avais écrit dans le journal de Doriot un long article où il n’y avait que du respect et de l’affection. Et j’aime parler de lui avec son fils. Mais il me semble qu’un ancien combattant qui ne craint pas que le franc-parler soit moins riche en éloge profond que tout autre langage ne peut caractériser autrement que je fais le dévouement de Barrès. C’était ainsi qu’à lui-même je m’adressais. En dépit de tout son amour et de toute sa prudence, il lui manquait quelque chose : l’expérience de la guerre. Cela ne se remplace pas au regard de ceux qui la font longuement. Un homme qui est en pleine action ne peut sans doute pas, à ce moment, écrire un roman ou un poème qui parle de la passion. Il y avait quelque chose d’impalpable et d’irréel qui enveloppait tout ce que disait Barrès sur la guerre et qui le rendait étranger, bien légèrement certes mais sensiblement, au combattant dans la tranchée. Combien depuis ai-je entendu des hommes qui étaient les nationalistes et ses admirateurs littéraires, le constater avec gêne et tristesse. Ils souffraient surtout de le voir par là prêter le flanc à des adversaires fort bas qui en abusaient, bien sûr, ignoblement. Voilà ce que j’ai voulu dire par ces mots : "exquisément inadéquats" Il faisait tout ce qu’il pouvait, mais il ne pouvait pas plus. Je dois remarquer que d’autres qui n’avaient pas plus l’expérience de la guerre que lui montraient un instinct plus sûr de la familiarité militaire. Ils n’étaient pas nombreux : je n’en compte même que deux. Péguy était si engagé dans son action prochaine qu’il y trouvait un pressentiment exact. De là qu’on peut relire tout ce qu’il a écrit avant 14 sur la guerre avec une parfaite satisfaction. Et Maurras, plus engagé quotidiennement que Barrès dans l’action politique s’est toujours exprimé avec un tact qui n’offensait le combattant. De là que tant de combattants sont venus vers lui après la guerre. Tandis que Barrès a connu un relatif isolement par rapport à la jeunesse, Montherlant, d’autres, moi, nous venions vers lui avec une pointe de mauvaise humeur emmêlée à tous nos ravissements. Montherlant a laissé éclater cette mauvaise humeur, depuis. Je me suis abstenu. Quand je parle de silence, je veux dire sourdine, profonde sourdine. Mais remarquez le silence complet de Bernanos, de Montherlant, de Malraux (pourtant éloigné du communisme depuis deux ou trois ans). Ces hommes ont en eux une part de Barrès. Mauriac et Duhamel prennent la chose de biais, avec une certaine crainte. Du reste, pourquoi considérer tout cela ? L’analyse délicate que vous faites dans le cours de votre article de l’attitude de Barrès marque toutes ces nuances que j’ai résumées avec la concision que comportait le sujet de mon article dans ces mots : "exquisément inadéquats" votre plaidoyer est exquisément inquiet... Gilles Paris, Nrf, Gallimard, 1939 Edition originale, ex. presse Broché, 21 x 14,5 cm
À propos de la vente René Benjamin, le Balzacien du 20e siècle
Lieu de vente
Date 06/10/2026 à 14h00
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
Vous aimerez aussi