trois vieux papiers sont empilés les uns sur les autres sur une surface blanchePhoto 2/3 du lotPhoto 3/3 du lot
ROUILLAC

166 - Louis Thomas (1885-1962), écrivain, poète, journaliste et es…

Estimation 200 € - 400 €
Description
Louis Thomas (1885-1962), écrivain, poète, journaliste et essayiste Lot de correspondances et 1 publication 21 L.A.S./L.S., 1940-1948, adressées à René Benjamin, dont : L.S., 21 février 1940, lieutenant commandant la 3e Cie du 43e bataillon de pionniers nords-africains Cher Ami Faut-il vous avouer que j'ai une prédilection pour les deux derniers quatrains de la série que voici ? J'ai 200 Tirailleurs sous mes ordres : c'est plus qu'intéressant, et par moments remuant, comme lorsque mon cycliste m'a dit, à Aix-en-Provence, avant que nous ne venions ici : Quand on est Tirailleur, c'est pour aller jusqu'au bout. Et si vous voyez ces guerriers soigner leur fusil... Mais le voyage pour venir ici a été glacial, et le pays dans lequel nous travaillons, est pauvre, crasseux et glacé, avec des tas de fumier laissant couler leur purin dès qu'il pleut : ces ruisseaux couleur bronze de Corinthe sont à vomir. Quelle curieuse époque que la nôtre !... L.S., 10 juin 1940, sur le front Cher Ami Votre lettre m'est arrivée une heure avant l'annonce de l'entrée en guerre de l'Italie. Nous pensons de même, sur ce point encore : Mussolini n'a jamais digéré les sanctions... Il ne nous reste qu'à courir nos chances. Mon point de vue est que nous ne pouvons espérer la victoire que de l'entrée en jeu des Etats-Unis. Ayant cette idée depuis novembre dernier, je me suis acharné à la faire entrer dans la tête d'un certain nombre de personnages consulaires. La période somnifère de cet hiver, où ils étaient en proie à l'opium de la nonchalance, m'a laissé en proie à une fureur que je contenais à peine. Les événements ont parlé : on m'écrit de Paris (Ministère de l'Information) : "On va appliquer votre programme". Ce qui m'abasourdit toujours dans notre curieux pays, c'est que l'on fasse appliquer les idées et programmes à ceux qui ne les ont pas eus... On enverra là-bas des gens qui ignorent les Etats-Unis, et on laissera faire le contremaître en terrassements à ce pauvre couillon de Louis Thomas, classé parmi les irrespectueux qui, que, quoi, dont, etc... Du coup, je demande un corps plus actif que le mien. Ma colère est trop forte pour que je l'endure plus longtemps. Ici, mon secteur s'est apaisé, après quelques bombarderies et avionnades. Cependant, comme ils nous règlent dessus des 105, on peut toujours se demander si... Mais ce n'est pas cela qui m'empêche de dormir : ce qui me réveille, c'est l'angoisse. J'ai le "grand sympathique" d'une émotivité de modiste : c'est étouffant. L'autre guerre, j'étais plus calme. On vieillit, quoique lieutenant. Je pourrais écrire : L'ANGOISSE ET LA RAGE. Je ne m'évade pas de ma fureur contre les idiots. Je rougis de vous entretenir de moi, alors que vous trainez à vous retaper. Vous devez être comme moi : une vieille sentimentale, qui se cache... Comme l'on pense, réfléchit et tremble vite, des soirs comme celui-ci ! Je ne puis plus lire, sauf les quotidiens... ou taper des projets, que j'envoie à Paris, à propos de certaines choses, qui nous manquent, et que les événements semblent imposer. Dites à votre fils qu'il a de la chance, de faire la guerre comme Aspirant : nous autres, à quoi pouvons-nous aspirer ? C'est un bien joli grade. On est jeune. On souffre moins de tout. (...) (Vous ne sauriez croire combien je trouve idiot le crétin de canon qui ébranle la maison de carton où je gite, chaque fois qu'il tire, dans la nuit. Je l'injurie, sans me lasser : preuve d'une invincible jeunesse de caractère, qui confine à la bêtise du caoutchouc... Je veux dire que je rebondis, malgré moi... Ce qui m'enrage, au fond, c'est, sans me battre, de faire un métier d'adjudant : on a de ces prétentions...) Je ne suis pas un résigné. Il faut, toujours, agir. Guérissez-vous ! 11 juin : Vous avouerai-je une folie, qui fut toujours la mienne ? Je suis persuadé que, si j'étais au plus fort de l'affaire, nous gagnerions. J'ai, en effet, toujours fait partie de l'équipe victorieuse, au rugby. Et, à la guerre, mon Bataillon ne perdit jamais un pouce de terrain. Puis je finir la guerre avec la 66éme Division de Chasseurs, toujours victorieuse. Je me demande si je n'apporterai pas la même chance avec moi. (Et dire que je déconseillais la guerre... J'aurais beaucoup à dire, dans ce domaine...)... RETROUVEZ LE DESCRIPTIF COMPLET ET DETAILLE DE CE LOT DANS NOTRE CATALOGUE DE VENTE SUR INTERNET
À propos de la vente René Benjamin, le Balzacien du 20e siècle
Lieu de vente
Date 06/10/2026 à 14h00
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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