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Léon Basile Guerdan (1886-1949), écrivain arménien
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Léon Basile Guerdan (1886-1949), écrivain arménien
Estimation 300 € - 600 €
Lot volontaire
Description
Léon Basile Guerdan (1886-1949), écrivain arménien
Lot de correspondances et 1 publication
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30 L.A.S., 1934-1948, adressées à René Benjamin, demandant régulièrement des conseils d’écrivain, dont :
L.A.S., Paris, 17 juillet 1935 ; organisation de la programmation des Grandes Conférences des Ambassadeurs, l'un des cercles de réflexion et de diplomatie publique, fondé par l'écrivain et journaliste André David, la toute première séance ayant eu lieu le 21 octobre 1933 à Paris au Théâtre des Ambassadeurs, au rythme très soutenu de 8 à 10 sessions par mois. Le concept : une tribune de haute tenue où des personnalités décodaient les enjeux du monde contemporain
L.A.S., Paris, 18 octobre 1938, entête Les Grandes Conférences des Ambassadeurs
L.A.S., Biarritz, Majestic, 12 octobre 1939
L.A.S., Cannes, Hôtel Miramar, 25 juillet 1940 ; en exode
L.A.S., New York, Hôtel Madison, 27 février 1947 ; amitié renouvelée malgré un parcours divergent au lendemain de la défaite de 1940
L.A.S., New York, 10 avril 1948 ; émouvante lettre sur la fracture de la France d’après-guerre et le fait de ne pas détourner le regard de l’horreur absolue cautionnée par Vichy
Mon cher ami Laissez-moi vous dire pour commencer que votre prose ailée m'a enchanté et consolé de tant de lectures indigestes et lourdes qu'on nous sert comme produits de la renaissance littéraire française. J'ai retrouvé dans "Le Divin Visage" tout ce que j'admire depuis longtemps dans votre talent : l'ironie, la sensibilité à fleur de peau, la haine du médiocre et du vulgaire, le culte du grand et du beau, des paysages de la Loire et des vieilles pierres de Paris (quel chef-d'œuvre que le passage sur Rubens !), mais aussi quelque chose de nouveau : un désespoir qui prouve combien vous avez souffert et souffrez encore.
Moi qui ai vécu depuis sept ans loin de France, j'ai entendu les deux sons de cloche et souffert des épreuves des uns et des autres résultat d'une guerre qui, au fond, n'a été qu'une révolution qui, pour le malheur du monde, se poursuit sans qu'on en voie encore la fin. Le fait de vivre à l'étranger n'a diminué en rien mon amour pour la France. J'avais choisi votre pays pour patrie, parce que je le considérais comme le plus humain, le plus beau et le plus cultivé du monde ; j'y avais trouvé le climat de liberté auquel j'aspirais, dès l'âge de raison, après une enfance malheureuse sur les bords du Bosphore, où sévissait le plus abominable des régimes. Mais l'expérience surtout depuis la guerre m'a enseigné qu'entre la France de Molière, de Pascal, des Croisades et des principes de 1789, et les Français, il y avait une différence énorme ! A vous, qui êtes l'indulgence même pour ceux que vous aimez (et je crois que vous m'aimez un peu), je vais essayer de dire franchement, au risque de vous choquer, ce que je pense. J'ai quitté la France, un an après nos désastres, parce que je n'avais nulle confiance en ses gouvernants et que l'atmosphère antisémite et xénophobe qui s'y développait, sous l'œil paternel de Vichy, m'épouvantait. Ma décision de partir fut prise à la suite d'un meeting d'anciens combattants à Cannes, auquel j'eus le malheur d'assister. Les discours de haine ne le cédaient en rien à ceux de Nuremberg ou de Berlin. Je vous avais fait part de mes craintes. Dans une lettre charmante que j'ai conservée, vous essayiez de me prouver que des naturalisés de mon espèce ne sauraient être inquiétés. Malheureusement, les propos entendus à Vichy ne confirmaient guère votre optimisme.
A New York, dans les milieux de l'émigration, ce fut la contrepartie, à peine moins laide, mais peut-être plus excusable, puisque les 7/8 des émigrés étaient des Juifs, dénationalisés et spoliés, bien qu'ils fussent, pour la plupart, d'excellents Français, ayant fait leur devoir sur les champs de bataille. Je fus en butte à leurs attaques, dès la parution de "Je les ai tous connus". Je fus accusé d'être un agent de Vichy, parce que je voulais simplement unir les Français d'ici contre l'Allemagne. Mais comprenant leur état d'âme, je les excusai. Depuis la Libération, j'ai eu l'occasion de voir un grand nombre de nos compatriotes hommes politiques, diplomates, militaires, industriels, écrivains, journalistes, commerçants, étudiants, simples matelots et j'ai .constater avec douleur que les ressentiments, de part et d'autre, étaient demeurés aussi vifs. Plus d'une fois, j'ai eu l'impression de ne plus parler la même langue qu'eux. Sans doute, parce que demeuré en dehors des épreuves, je pouvais me permettre encore le luxe de l'impartialité..."
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À propos de la vente
René Benjamin, le Balzacien du 20e siècle
Lieu de vente
Date
06/10/2026 à 14h00
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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